[#LeBQE] Pourquoi l’église Saint-Aubin n’a-t-elle pas de clocher ?

Parmi les monuments remarquables de la Ville rose, l’église Saint-Aubin est parfaitement unique en son genre. Dépourvu de clocher, le bâtiment religieux le plus vaste que l’on ait construit à Toulouse au XIXe siècle est aussi le plus… inachevé.

BQE clocher Saint Aubin Toulouse

« Mais si ! L’église Saint-Aubin a bel et bien un clocher », s’agace Marie-Antoinette Sanyas, une septuagénaire qui a toujours fréquenté cette paroisse et n’y compte plus ses années de bénévolat. En effet, lorsque l’on prend du recul, en tournant le dos au Canal du midi, on aperçoit sur le toit de l’édifice une coupole surmontée de deux petites tours. Une excroissance de quelques mètres qui fait donc office de clocher sur ce qui fut le plus grand chantier religieux du XIXe siècle à Toulouse.

Pour ce monument de 100 mètres de long sur 32 mètres de large, on avait vu les choses en grand. Et mis les moyens, avec un appel à projets, une consultation publique et le choix d’un des architectes les plus respectés de l’époque, Jean-Marie-Thérèse-Auguste Delort, à qui l’on doit aussi le dôme de l’hôpital La Grave de Toulouse. « En faisant du ménage dans les archives de l’église, j’ai retrouvé un vieux croquis selon ses plans originaux… Le clocher avait de l’allure ! » reconnaît Marie-Antoinette Sanyas. Affiché sur un des piliers de l’entrée, le dessin montre une tour de plus de trente mètres qui surplombe l’édifice et lui confère la physionomie classique d’une église.

Lorsque l’archevêque de Toulouse et futur cardinal d’Astros en pose la première pierre, le 4 mars 1847, il ne se doute pas que les travaux tourneront vite court. Car une dizaine d’années plus tard seulement, le budget est épuisé et Saint-Aubin inaugurée sans voûte, ni façade, ni clocher. « Ils avaient eu les yeux plus gros que le ventre », résume la dévote. Les archives de la ville révèlent que le projet, dont le coût était évalué à 400 000 francs de l’époque, n’en avait reçu que le quart du conseil municipal, maître d’œuvre et principal financeur. Les aménagements effectués ensuite ne parviennent pas à ôter le goût d’inachevé : « Quand j’étais petite, on aurait dit un temple. Il n’y avait pas encore de dôme ni de croix », se souvient Marie-Antoinette, qui a gardé toute sa tête.

C’est à partir de la fin des années 1950 que l’Association des amis de Saint-Aubin la restaure, la consolide et l’aménage. « À 15 ans, j’ai assisté à la bénédiction et à la montée d’une dizaine de cloches. De quoi jouer tous les airs, ce qui est peu courant ! » Autre consolation pour les mélomanes : « La voûte, construite en bois plutôt qu’en pierre, offre une acoustique excellente lors des concerts », indique Bernard Allène, qui fait visiter l’église. Rares sont ceux qui l’interrogent sur l’absence d’un clocher digne de ce nom : « C’est un monument dont les Toulousains ne se disent pas qu’il pourrait être différent. Dans notre imaginaire visuel collectif, il est tel quel. »



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