Mais qui a volé le fourgon de la Poste ?

#LeBQE – C’est le casse du début du siècle dernier à Toulouse. Un fourgon postal qu’on dévalise, sans un coup de feu et en un éclair. L’histoire d’un fait divers oublié, qui a pourtant défrayé la chronique et tenu en haleine les Toulousains.

BQE-fourgon1906

« Une nouvelle stupéfiante se répandait en ville hier soir vers neuf heures : La voiture de la Poste a été enlevée ! » annonce “La Dépêche du Midi” du 2 décembre 1906. D’audacieux malfaiteurs ont mis la main sur 21 sacs et 125 coffres, remplis d’objets divers et de billets, en volant un fourgon postal, rue Bayard. Le butin est estimé à 700 000 francs, soit 2 millions de nos euros. « Les auteurs de ce coup inouï ont-ils été inspirés par le récit des prouesses analogues dont la Russie est depuis quelque temps le théâtre ? En ce cas, les élèves français ont égalé d’emblée leurs maîtres slaves », reprend le quotidien. L’affaire est en effet pliée en deux minutes, sans cri ni coup de feu : « Ils ont pensé à tout. Ce vol a été exécuté avec une sûreté de coup d’œil, un sang froid merveilleux. C’est une manière de chef d’œuvre », dont la presse va faire ses choux gras, tout au long de l’enquête.

Très vite, on retrouve le fourgon, au fond de l’écurie d’une certaine madame Michon, au 61 rue des Chalets, « ce quartier silencieux et presque désert la nuit ». Trois jours plus tard, dans la cave du domicile de monsieur Lavergnes, un bijoutier de la rue Bayard, les agents de la sûreté découvrent des montres en or, des bagues serties de diamants et des titres de valeur mobilière. Tous ont été dérobés dans le fourgon, l’homme est mis sous les verrous.

Une fourrure de mouflon autour du cou…

Pendant ce temps, la traque d’un autre suspect, du nom de Taillefer, est lancée. Les deux sous-brigadiers Lanusse et Maurette suivent ses traces à Montpellier, Toulon, Nice, Manton, Monte-Carlo et Vintimille… « Peut-être Taillefer, avec une jolie femme au bras, se promène sous le beau soleil de la Riviera, parmi les œillets, les mimosas et les roses », poétise La Dépêche du Midi. Le 13 décembre, l’homme est finalement arrêté à Alger. « À ses côtés, sa maîtresse portait un costume noir très chic, avec une pelisse grise et une fourrure de mouflon autour du cou. Les billets de banque du fourgon postal avaient, comme on voit, dansé une ronde folle ! » Dans le même temps, on annonce l’arrestation d’un troisième complice à Montpellier. Celui que les journaux ont tantôt nommé Fabre, Patrici, Forcada, Puccineri, ou l’homme à la barre, s’appelle en réalité Giniès.

Le 17 décembre, en descendant de l’omnibus pénitentiaire qui dépose les filous à la prison Saint-Michel, « les gendarmes doivent se fâcher ». On entend les cris de la foule : “Les voilà ! Les voleurs de la Poste” ». « Car c’est peu dire que les Toulousains se sont passionnés pour ce feuilleton médiatique inédit, d’un autre siècle, mais digne des meilleures séries policières.

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