[#LeBQE]Pourquoi a-t-il été interdit de mourir à Cugnaux ?

Il y a une douzaine d’années, le maire de Cugnaux, en Haute-Garonne, a pris un arrêté interdisant que l’on meure sur sa commune. Sous peine de sévères sanctions.

Interdit de mourir à Cugnaux BQE

Article 1 : « Il est interdit à toutes personnes ne disposant pas d’un caveau de mourir sur le territoire de la commune ». Article 2 : « Les contrevenants seront sévèrement sanctionnés pour leurs actes ». En prenant cet arrêté municipal inédit, le 16 novembre 2007, le maire de Cugnaux Philippe Guérin fait bigrement sensation. « Évidemment, interdire de mourir, ça m’intéresse beaucoup, parce que ça me fait du travail en moins », déclare à l’époque, très prosaïquement, le père Sébastien Vauvillier, prêtre de la ville, face à la caméra de “France 3 Sud”.

Les grands médias nationaux, mais aussi “La Tribune de Genève”, “Le Soir de Bruxelles”, “Le Soleil de Dakar” se rendent sur les lieux… « Jusqu’à la chaîne japonaise “NHK”, qui avait tenu à réaliser une interview devant le cimetière », se souvient l’ancien édile, aujourd’hui élu de Toulouse Métropole. « Même si nous le cherchions, je ne m’attendais pas à un tel emballement. C’est ce qui a permis de résoudre rapidement notre souci ».

A savoir un problème d’engorgement des deux nécropoles de cette commune à la population vieillissante, qui ne comptent alors plus qu’une centaine de places. Des études géologiques ont été effectuées pour en construire un nouveau et le seul endroit où la nappe phréatique est suffisamment profonde est un terrain militaire, en plein dans le « polygone d’isolement induit par la présence du dépôt de munitions de la base aérienne 101 de Francazal ». Le ministère de la Défense émet un avis défavorable, « là même où il venait d’autoriser l’implantation d’un centre commercial. Face à ce refus absurde, nous avons décidé de répondre par l’absurde », lance Philippe Guérin.

Un référé « pour la liberté de mourir à Cugnaux »

Le scénario surréaliste d’une commune qui n’enterrerait plus ses morts bénéficie à ce moment-là de l’appui involontaire de la préfecture de la Haute-Garonne, qui n’aurait jamais dû valider le texte : « Le préfet Jean-François Carenco m’a appelé à 8h du matin pour me dire que son service de contrôle de la légalité avait fait une grosse bêtise en le laissant passer. C’est grâce à ce sceau officiel et inespéré que nous avons pu le diffuser. » Le représentant de l’État dans le département envisage, non sans humour, de déposer un référé « pour la liberté de mourir à Cugnaux ».

Et le tribunal administratif ne casse l’insolent arrêté qu’après plusieurs semaines. Le temps de faire céder le ministère de la Défense, qui accorde une « réduction très significative du polygone de sécurité ». Autrement dit, l’autorisation de construire le nouveau cimetière. Celui-ci ne sera finalement inauguré qu’une décennie plus tard, en mars 2017, sans que personne n’ait eu à être inhumé ailleurs.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.