[#LeBQE] Qu’est-ce que la gauche cassoulet ?

Il évoque le terroir, les tablées chaleureuses… et une certaine gauche. Emblème de la gastronomie du Sud-Ouest, le cassoulet réalise aussi une belle carrière politique.

BQE gauche cassoulet

Politique et gastronomie font bon ménage et il y en a pour tous les goûts. Bien avant la gauche caviar parisienne, existait la gauche cassoulet du Sud-Ouest. Elle qualifie le plus vieux parti de France, né au début du siècle dernier, celui des Radicaux. On n’est jamais mieux servi que par soi-même : c’est Édouard Hériot, son président durant l’entre-deux-guerre, qui a créé l’expression, en comparant les recettes : « Il désignait une façon de mélanger les restes et de marier les contraires – à l’image du mouvement qui n’avait pas vraiment d’idéologie propre. Et un très fort ancrage dans les terroirs ruraux de l’Aquitaine et de Midi-Pyrénées, avec l’idée que les Radicaux sont des notables très proches de leurs électeurs », définit l’historien Frédéric Fogacci, directeur des études à la fondation Charles-de-Gaulle.

Les Landes, la Haute-Garonne, la Dordogne ou l’Ariège, bien connus pour leur goût de la bonne chère, sont depuis toujours des bastions indéboulonnables du radicalisme.
Les “cassouléïstes”, comme les appelle le politologue toulousain Stéphane Beaumont, occupent ainsi régulièrement la présidence du Conseil et tiennent d’une main de fer le Sénat de cette IIIe République parlementariste. « La République cassoulet, c’est celle des grands électeurs. Celle des idées non dogmatiques et humanistes. Celle des banquets, qui rassemblaient des radicaux de gauche comme de droite », décrit-il.

Des courants qui ont fini par se séparer en 1972. « A partir du moment où Mitterrand a pris le pouvoir, la gauche cassoulet s’est peu à peu effacée. Au temps du numérique et des médias, elle n’existe plus. Aujourd’hui, on lui rend hommage, comme aux grands disparus et toujours avec un sourire nostalgique », s’exécute Stéphane Beaumont.

L’expression est encore parfois entendue de la bouche des commentateurs de tous bords afin de désigner les Radicaux de gauche, incarnés depuis plus de deux décennies par Jean-Michel Baylet. Un label que celui-ci refuse catégoriquement de porter. En septembre 2015, après que le terme fut employé par des journalistes de France Inter, le patron de la radicalement orientée “Dépêche du Midi” avait décidé de boycotter tout média jusqu’à nouvel ordre. L’historien Frédéric Fogacci comprend son exaspération :« C’est aujourd’hui un abus de langage d’assimiler la gauche cassoulet aux seuls Radicaux de gauche, étant donné qu’ils partagent désormais leur place à table et leurs recettes avec le Parti socialiste. »

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