À quelle sauce mange-t-on les chocolatines à Toulouse ?

Ils ont voulu la guerre, ils l’ont eue ! Parce que quelques septentrionaux parisianistes ont contesté la légitimité de l’appellation “chocolatine”, l’armée sudiste s’est retroussée les manches pour défendre son exception culturelle. La chocolatine se revisite désormais à toutes les sauces.

BQE Chocolatine

Glace et bière à la chocolatine, championnats du monde ou compétition de fitness placé sous le signe de la chocolatine… Le touriste en visite dans la Ville rose n’y coupera pas. Sous une forme ou une autre, il devra goûter à la version méridionale de cette délicieuse viennoiserie. Qu’il la relègue au rang de “pain au chocolat”, comme 84 % des Français selon un sondage Ifop, ou qu’il lui préfère le vocable belge de “couque”. Si l’origine de la controverse est immémoriale, elle trouve, depuis peu, un second souffle. Pour preuve, le succès de l’article du “Gorafi’’ titré “Toulouse: il se fait abattre de 46 balles dans le corps pour avoir demandé un pain au chocolat”, deuxième papier le plus lu du vrai-faux journal satirique.

Depuis, les plus éminentes personnalités pâtissières ont ajouté leur grain de sel. Et des sommités locales comme Michel Sadran sont même montées au créneau pour s’opposer au centralisme culinaire du cuistre cuistot de l’Élysée. Celui-ci ayant eu l’impudence de trancher en faveur du pain au chocolat. Face à ces attaques, la résistance s’organise en Occitanie.

Chocolatine, capitole et cassoulet

Le 27 avril, à un mois des premiers championnats du monde de la chocolatine, l’artisan toulousain Moustache lançait une crème glacée originale au parfum de la viennoiserie. Dans son sillage, le Hopschotch Pub, une micro-brasserie à deux pas du Capitole, élaborait le premier brassin à la chocolatine. « Nous aimons relever des défis. Le but était de réaliser une véritable bière de dégustation. Pas juste de proposer un truc fou », explique Anne-Sophie Bigot, cofondatrice de ce pub écossais qui avait déjà créé une bière au cassoulet. Un pari réussi. Toute la production de cette Imperial Milk stout a été consommée en deux jours. « C’est vrai que le côté chauvin favorise la curiosité », concède-t-elle. « Ce qui nous différencie est aussi ce qui nous caractérise. Et cette opposition lexicale entre Toulouse et le Nord renforce cet attachement. Le client vient d’abord chercher un sentiment d’appartenance », analyse Corinne Chauveau, professeur de marketing.

« Les réseaux sociaux sont friands de ce genre de débats. Ce qui leur donne une grande visibilité. C’est ce caractère très engageant qui intéresse les marques », complète Laurent Busca, également enseignant en marketing. Pour lui, le phénomène est aussi alimenté par une forme d’autodérision. « C’est le cliché du Toulousain prêt à manger n’importe quoi, tant que cela provient de sa ville », ajoute-t-il. « Si le produit est trop dérivé, les gens s’en détourneront et reviendront à une chocolatine plus tranquille », augure sa collègue qui se méfie de l’aspect capricieux de ces effets de mode.

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