À quel jeu dangereux s’adonnaient les Toulousains ?

On connaît la soule, un âpre ancêtre du rugby qui se pratiquait dans la région. Mais c’est au XVIIIe siècle que les jeunes Toulousains, réputés depuis le Moyen-âge pour leur impulsivité, ont porté à son comble leur goût pour les passe-temps brutaux.

bqe campe

C’est peut-être au détour d’une chronique sur les loisirs et divertissements de la jeunesse toulousaine au XVIIIe siècle que Louis Pergaud a trouvé l’inspiration pour écrire ”La Guerre des boutons”. En effet, même si la pratique est tombée en désuétude, les Toulousains se sont adonnés, un temps, à un jeu particulièrement brutal : la campe.

« Le mot est dérivé du terme occitan “acampa” qui signifie chasser, faire décamper. C’était un exercice guerrier, souvent meurtrier, qui faisait les délices d’une foule de Toulousains de tout état et de tout âge. Une espèce de combat à coups de pierre, dans lequel on ne se servait que de la fronde et de la main », relate Joseph Maillot dans un manuscrit sur l’histoire de Toulouse, publié autour de 1810. Ce jeu, qui se pratiquait les dimanches et jours de fête, consistait à se rendre maître du territoire d’une bande rivale.

L’auteur rapporte même que « les écoliers des collèges de l’Esquille et des Jésuites se faisaient la campe à la fin de chaque année académique ». Si l’on ignore son origine, cette tradition repéra un terreau fertile dans l’animosité qui régnait entre les gens de la banlieue et ceux du bourg. « Un des principaux lieux fréquentés par les campeurs se trouvait hors les murs, près des portes d’Arnaud-Bernard et du Bazacle », pouvait-on lire dans “Les Heures perdues” de Pierre Barthès, maître répétiteur à l’époque.

Un divertissement sans règles ni arbitre

« Le jeu ne comporte ni règles ni arbitre et tous les coups sont permis. (…) Le combat prend parfois des proportions exagérées et dégénère en véritable bataille », décrivait feu Marc Miguet, ancien secrétaire de l’Association des amis des archives de la Haute-Garonne, dans un article sur le sujet. Et pour animer les participants, le public n’hésitait pas à scander « Aban, aban », qui se traduit par “en-avant”, et à conspuer les vaincus au cri de « à l’oustal », c’est-à-dire à la maison.

Pendant les affrontements, les accidents et dégradations volontaires étaient monnaie courante. Les Capitouls tentèrent régulièrement d’y mettre fin par de lourdes sanctions. Les contrevenants s’exposaient ainsi a de fortes amendes, des coups de fouet distribués par dizaines, voire, en cas de récidive, aux galères à perpétuité.

Mais les interventions de la maréchaussée pouvaient s’avérer périlleuses. « Il arrive souvent que les deux parties fassent bloc et forcent le guet et les magistrats municipaux à se retirer. Le Capitoul Pierre de Saint-Martin, qui s’acharne à les poursuivre y perdra même un œil », relate Marc Miguet. Toutefois, à force de sévérité, les enfants de bonne famille se détournèrent de la campe qui sombra dans l’oubli à partir de 1750.

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