Le BBC sera-t-il vraiment roi ?

Depuis le 1er janvier 2013 la nouvelle règlementation thermique (RT) 2012 s’applique à la construction de tous les bâtiments à usage d’habitation. Cette norme qui remplace la RT 2005 impose une performance thermique équivalente à l’ancien label BBC (Bâtiment basse consommation). Dans les faits ces contraintes seront-elles systématiquement respectées ?

« La règlementation thermique 2012 prévoit que les constructions neuves ne doivent pas dépasser une consommation de 45kwh/an/m2 en Midi-Pyrénées (les valeurs dépendent de la zone climatique ndlr) », explique Nathalie Gonthiez de l’Ademe, « jusqu’alors l’exigence stagnait à environ 150kwh/an/m2, soit une division par trois de la consommation. » Un objectif qui régentait déjà l’obtention du label BBC, mis en place en 2008 par Effinergie (collectif associatif français de promotion des constructions à basse consommation). « Il y a toujours un label de performance énergétique qui sort pour aller plus loin que la règlementation thermique du moment, puis il inspire la RT suivante et ainsi de suite» poursuit-elle.

Un objectif pour les professionnels : travailler à l’unisson

Sur le papier, la règlementation thermique implique que Effinergie ne délivre plus de label, le BBC étant la norme en vigueur pour tous depuis le 1er janvier 2013. En théorie une belle avancée qui prévoit la construction exclusive de bâtiments basse consommation sur tout le territoire. En réalité il faut modérer un peu la situation. Dans un premier temps car « théoriquement on est sensé consommer deux à trois fois moins mais dans les faits, cela dépend de beaucoup de choses qui ne sont pas prises en compte dans le calcul, notamment la température du logement -qui est estimée à 19°, mais est souvent bien au-delà, mais aussi la consommation des installations branchées dans l’habitation : au final c’est assez rare que la consommation soit vraiment équivalente à 45kwh/an/m2 », termine Nathalie Gonthiez.

La clef du BBC ? La coordination entre les différents corps de métiers. L’objectif thermique est plus facilement atteint lorsqu’une équipe travaille de concert : un constructeur formé et ses différents corps de métiers par exemple. Evidemment lorsqu’il n’y a pas de maître d’ouvrage mais plusieurs artisans indépendants sur le chantier, les messages sont plus difficiles à faire passer, en particulier dans ce domaine où la sous-traitance est souvent utilisée. « Si l’électricien fait un trou pour passer une gaine, il « perce » le bâtiment et sabote le travail des autres, chacun doit travailler avec et autour de l’autre afin d’atteindre l’objectif BBC. Tout le monde est responsable, jusqu’au peintre qui voit un trou et doit, soit le reboucher, soit faire circuler l’information.» C’est un peu le défi 2013. « Pour nos entreprises c’est une grande nouveauté, il faut créer une interface entre les différents corps de métiers pour assurer la qualité BBC » explique-t-on à la FFB. D’autant que nous avons déjà un retard énorme en termes de formation explique Nathalie Gonthiez : « il faudra bien un ou deux ans avant que tout le monde soit opérationnel ».

La formation : là ou le bât blesse 

Il n’existe aucune obligation de formation pour la RT 2012, mais « c’est à l’avantage de chacun » explique Fabien Loaec, responsable environnement et métier à la FFB (Fédération française du bâtiment), « de plus les fournisseurs sortent de nouveaux produits plus adaptés qu’il faut savoir manipuler. » D‘après lui, les entreprises sont prêtes, grâce à de nombreuses formations proposées et suivies depuis 2010 par les entrepreneurs de la région, en anticipation. « Ceci dit les règlementations s’additionnent : RT 2012, règlementation sismique en vigueur dans la région, règlementation accessibilité : le cahier des charges commence à être épais ! » termine-t-il. Ces nouvelles compétences ne semblent pas si simples à acquérir aux yeux de tous et à en écouter Bernard Reynier, vice-président du Cluster bâtiment économe : « ça va être très dur, car les entreprises n’avaient déjà pas été capables de s’approprier la RT 2005 ! Or la RT 2012 impose -entre autres- le calfeutrage systématique des prises et interrupteurs : soit les artisans ne savent pas le faire, soit ils le font mal. On va au-devant de gros ennuis. » D’après lui, les étapes qui poseront le plus de problèmes sont ceux de l’isolation, de la pose d’ouvrants, de la connexion électrique et de l’aspect thermique. « Aujourd’hui le secteur du bâtiment ne s’est pas adapté aux nouvelles normes : pour preuve on propose constamment aux clients des chaudières deux à trois fois trop puissantes pour leur installation, ce qui fait que le matériel fait sans cesse de courts cycles et casse au bout de trois ans… » Le problème ? La formation : « elles sont beaucoup trop courtes, deux jours c’est ridicule! Je préconise quinze jours de formation sur douze mois », lance Bernard Reynier.

La mesure de la discorde

Pour atteindre la performance thermique 2012 le critère fondamental reste l’étanchéité du bâti, soumise à deux tests lors de la construction : l’un facultatif quand le bâtiment est hors d’eau/hors d’air, l’autre obligatoire à la fin du chantier. « Ce sont des entreprises formées par Qualibat qui mesurent les éventuelles fuites d’un bâtiment », entend-on à la FFB, « mais nous n’en sommes qu’aux prémices, on découvre au fur et à mesure comment cela va se passer : si le test n’est pas positif et que le bâtiment est terminé que va-t-il se passer ? »  Bien sûr, le test intermédiaire est largement conseillé afin de pouvoir ensuite rapidement rectifier les erreurs, mais il n’est choisi que dans 60% des cas. « Il est déjà arrivé qu’il y ait tant de fuites que les personnes abandonnent le projet BBC », ajoute Samuel Garnier opérateur d’essai chez Maxann spécialisée dans la mesure d’étanchéité. Que faire lorsque le label devient la règlementation en vigueur ? « Ceci dit lorsqu’il n’y a pas de problème majeur on laisse passer des bricoles, car une maison sans fuite n’existe pas. » Chaque test coûte entre 400 et 600 euros. Pour mesurer l’étanchéité, des sociétés mettent le logement en dépression à l’aide d’un ventilateur, l’air extérieur tente alors de rentrer dans le logement, s’il y parvient, il y a des fuites. « Pour les pister on passe tout simplement la main devant les fuites, ou on répand un fumigène à l’extérieur pour voir la fumée qui pénètre à l’intérieur. Ce métier est récent, il est apparu avec le label BBC. Pour l’instant ça va mais cela devrait prochainement se compliquer car beaucoup n’ont pas l’habitude de ces nouvelles méthodes, ça va être brutal ! » termine Samuel Garnier. En Midi-Pyrénées, une trentaine d’entreprises de mesure se partage le travail qui tend à « augmenter brutalement à partir de septembre.» Qualibat, préconise qu’à terme, le pays compte 3000 entreprises spécialisées (contre 500 aujourd’hui). La crainte ? Voir grandir une concurrence malsaine qui a fait du mal à bien des secteurs, à commencer par les diagnostiqueurs immobiliers, dont les pratiques sont aujourd’hui largement décriées.

Quand le label perd de son prestige

« Attention à ce que la qualité qu’avait apportée ce label ne soit pas bradée par l’obligation imposée par la RT », explique Nathalie Gonthiez. « Aujourd’hui plus personne ne viendra vérifier que tout est bien fait, alors qu’initialement un contrôleur venait délivrer la certification… » De plus il y avait un intérêt financier à obtenir ce label, qui motivait beaucoup. Aujourd’hui l’obligation relève de la contrainte et non plus du choix personnel. « Nous sommes dans une période transitoire un peu délicate, en attendant la sortie du prochain label, qui devrait voir le jour au printemps 2013 », termine-t-elle. Bernard Reynier de son côté, craint la livraison de « maisons bricolées, colmatées pour passer leur test d’étanchéité la tête haute ».

 

Aurélie Renne



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.