Sport; Le football se fait violence

L’Observatoire des Comportements mis en place par la Ligue de Football Amateur a rencontré la semaine dernière les dirigeants de Midi-Pyrénées. L’occasion de faire le bilan sur la violence des terrains tous les week-ends dans notre région.

 
«L’arbitre, si tu y touches, t’es sur la touche. La frappe, c’est dans le ballon». Ces deux avertissements donnés aux plus jeunes apparaissent sur une campagne publicitaire de la Ligue de Football Amateur en faveur de la protection des arbitres. Si les instances du sport le plus populaire de France se mobilisent, c’est que le constat est alarmant sur les terrains le week-end. La violence y est banalisée, les injures fusent, et parents et spectateurs s’en mêlent pour des rixes qui tendent à dégénérer. D’ailleurs, les professionnels ne sont pas à l’abri de bagarres générales, à l’image de la triste fin de match entre Reims et Nîmes le week-end dernier en Ligue 2. Devant cette brutalité, la Fédération Nationale a décidé de créer un Observatoire des Comportements il y a trois ans afin d’aider petits clubs et écoles de foot dans leur démarche citoyenne : «Jusque-là, nous n’avions que des ressentis et aucun outil pour mesurer la violence sur les stades, chez les amateurs», explique Patrick Wincke, conseiller technique national en charge des actions citoyennes et sociales. «Nous ne pouvions recenser que les actes les plus graves dans le jeu par le biais de la Commission de Discipline mais pas ce qui pouvait se passer en dehors du jeu ou des terrains.»
Aujourd’hui, les ligues et districts peuvent consigner au fur et à mesure ce qui se passe lors des rencontres de football amateur. Tout est pris en compte : les feuilles de match, les rapports d’arbitres, les courriers des différentes collectivités… Et le résultat n’est pas rassurant, même si Patrick Wincke affirme que les violences sont «en baisse de 10 % sur le plan national par rapport à la saison 2007/ 2008». On recense 3 198 propos injurieux, toutes catégories confondues, plus de 3 000 coups échangés et même 9 agressions par arme, 5 vols et 32 dégradations. En Midi-Pyrénées, région qui compte 104 000 licenciés, 95 joueurs sont passés en Commission de Discipline dont 19 dossiers concernent les 16/18 ans. Parmi eux, 4 joueurs ont été suspendus pendant plus de 6 mois, les peines allant jusqu’à 2 ans d’interdiction de terrain.

Féminines, arbitres et partenariats : les priorités

Cette catégorie des 16/18 ans est aujourd’hui la plus touchée par les violences, suivie de près par les séniors. La grande surprise des chiffres rendus par l’Observatoire des Comportements reste la hausse des actes répréhensibles chez les féminines : «On parle toujours des filles en évoquant un football technique mais proportionnellement aux matchs joués, la violence est très présente. Nos études cassent les idées reçues et le football féminin sera dans les quatre prochaines années une priorité», annonce Patrick Wincke. Dans la région, 4 joueuses sont passées devant la Commission de Discipline cette année, dont l’une est ressortie avec 6 mois de sus- pension. Pour l’Observatoire, si les violences baissent, la gravité des actes persiste, notamment dans les agressions physiques. Et la première cible reste l’homme en noir : «230 arbitres ont été frappés en France l’an dernier, c’est intolérable !», explique Patrick Wincke. «La protection de l’arbitre est une priorité. De plus, la loi a changé en lui donnant une mission de service public et on risque de la prison si on l’agresse. Les études en cours montrent un turn-over de trois ans et un problème de recrutement. Il y a une crise des vocations.» Protéger l’arbitre n’est pas toujours facile quand ce sont des éléments extérieurs qui s’en mêlent comme les parents ou les spectateurs. Car quand une bagarre éclate chez les moins de 13 ans, il s’agit rarement d’un problème d’enfant. «Nous sommes confrontés aux limites de l’institution : la Ligue n’est pas responsable de tout ce qui se passe sur le terrain et en dehors. C’est au club d’expliquer aux parents que ce n’est pas la Coupe du Monde tous les dimanches ! Il faut un partenariat le plus large possible car plus on règle le problème, plus il se déplace. Nous assistons parfois à des règlements de compte entre collégiens ou lycéens sur des terrains de foot alors que l’incident ne relève pas du match.»

 

Pas que dans le foot…

Un partenariat qui fonctionne avec les collectivités mais é-galement la police et la gendarmerie afin de démystifier le dépôt de plainte. La Ligue de Football Amateur organise aussi des stages, des réunions et des formations pour les dirigeants de club et travaille sur des actions de prévention pour les matchs à risques. Chez les jeunes, elle a mis en place des protocoles d’avant-matchs, ou encore un système expérimental de licences à points. Les résultats de l’Observatoire des Comportements a déjà permis de modifier le code disciplinaire au niveau national : les injures racistes sont désormais définies et prises en compte. Mais pourquoi tant de violence dans le football ? «On stigmatise ce sport car c’est le plus populaire. L’erreur du foot est de ne plus mettre en avant les valeurs essentielles ou ses bénévoles. L’image négative liée aux salaires scandaleux des professionnels et à leur starification prend le pas sur le reste à cause des médias. Or, la réalité est différente et les autres disciplines sportives ne sont pas à l’abri.»
En effet, la violence est sur tous les terrains de sport et même le rugby, bien connu pour ses valeurs de solidarité, n’échappe pas à la règle. Il y a quelques semaines, l’équipe 1 de Jules Julien XIII en a fait l’amère expérience alors qu’elle se déplaçait à Marseille avec les féminines de Toulouse Ovalie. Lors de la rencontre opposant les filles, une joueuse du Toulouse Ovalie a eu une vive altercation avec l’une de ses adversaires. Résultat : des coups ont fusé, une bagarre a éclaté sur le terrain et dans les tribunes, et les joueurs de Jules Julien ont dû s’interposer. Ces incidents sont devenus banals pour tous les jeunes et, dans le milieu du sport, on estime que deux matchs sur dix posent problème. Lors des Etats Généraux de l’Arbitrage en mai dernier, le secrétaire d’Etat Bernard Laporte avait promis de prendre exemple sur le foot amateur et de créer un Observatoire Multisports afin d’aider toutes les disciplines. Les dirigeants de clubs attendent toujours le coup d’envoi de cet outil indispensable…

Sophie Orus


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