Sister Act dans le désert marocain

Alice et Claire Brunet débarquent au Maroc pour la 24e édition du Rallye et les autres gazelles n’ont qu’à bien se tenir. Ces deux sœurs originaires du sud-ouest, Toulousaines d’adoption s’engagent dans le rallye Aicha des gazelles 2014. En plein préparatifs, elles partagent les clefs de ce projet un peu fou. Rencontre.

Le Rallye Aicha des Gazelle, c’est quoi ?

Premier rallye en son genre, c’est une course exclusivement féminine dans la désert marocain, dont le but n’est pas d’aller le plus vite mais de faire le moins de kilomètres. Il faut savoir se servir de sa boussole et de sa carte. On n’a pas droit au GPS ni au téléphone portable, cela représente beaucoup de navigation : l’équivalent d’un minimum d’une heure de travail sur les cartes chaque matin pour faire son trajet. Et comme ce n’est pas une course de vitesse, les équipages peuvent s’arrêter aider les autres etc. il y a beaucoup d’entraide et de solidarité sur le terrain. Ce sont des valeurs qui nous plaisent. Le rallye dure quinze jours avec une semaine d’étapes.

Ce rallye, c’est un rêve ?

Oui, on en parlait depuis si longtemps ! Nous sommes très proches depuis toujours et c’est un projet que l’on a évoqué des dizaines de fois un peu comme un défi, un but presque imaginaire. Et puis récemment j’ai (Claire, ndlr) rencontré quelqu’un qui m’a dit que c’était vraiment accessible aux amatrices. Alors on s’est tapé dans la main, c’est maintenant ou jamais ! En plus notre papa fait de la moto, alors on est un peu initié à ce genre de discipline.

Vous avez chacune votre vie, comment parvenez-vous à cumuler tout ça ?

C’est vrai nous avons un peu la sensation d’avoir des vies parallèles. Je suis enseignante en sciences économique et sociale (Alice) et Claire travaille dans les ressources humaines dans un laboratoire du CNRS. Nous sommes toutes les deux en couple, Claire attend son deuxième enfant et nous avons plein d’autres projets à côté : nous sommes des baroudeuses et adorons voyager ! L’idée n’est pas d’arrêter de vivre pour faire ce rallye en 2014 à tout prix.  Les inscriptions commencent dès la fin du rallye 2013. Si d’ici septembre/octobre on voit que l’on n’a pas assez de sponsors, on remet à l’année suivante ! L’idée n’est pas de se mettre la pression… cela doit rester un plaisir.

Comment prépare-t-on un tel rallye ?

Au début, on a créé l’association Sœurs et Gazelles comme base à notre projet. Puis le site internet a suivi, ainsi que l’organisation d’une journée avec notre réseau proche pour parler de la mise en place de notre projet. En décembre 2012 nous avons lancé un Ulule (outil de financement participatif) pour réunir des fonds. Cela représentait beaucoup de travail de relance surtout par internet, car il a fallu contacter notre réseau proche puis un peu plus éloigné et enfin les amis d’amis, d’amis, etc. Au final nous avons récolté 1700 €, qui nous permettront de payer le stage de préparation obligatoire au rallye.

Au total, participer au rallye des Gazelles, ça coûte combien ?

Le budget global est de 26 000 euros. 14 000 € de frais d’inscriptions, comprenant sur quinze jours la nourriture, le bivouac, l’eau, l’essence mais aussi les mécaniciens, photographes, médecins etc. Le reste ira dans les déplacements jusqu’au Maroc et dans la location du 4×4. C’est un gros budget. On doit aujourd’hui vendre de la pub, trouver des sponsors pour nous soutenir ! A ce jour, nous avons déjà trois partenaires. Mais les gens sont assez intrigués par notre idée, ils posent beaucoup de questions, le retour est positif, car c’est un projet qui sort du commun. Ca plaît beaucoup ! Heureusement d’ailleurs car on a besoin d’entreprises motivées pour nous aider à avancer. Mais on a d’autres idées pour promouvoir le projet d’une autre manière comme l’organisation de concerts par exemple.

La difficulté finalement c’est avant le départ ?

Oui c’est presque une petite entreprise à mener ! Il faut que les gens croient en nous, nous devons démarcher sans cesse. Cela nous prend beaucoup de temps. Mais on se partage le boulot, selon nos disponibilités. Je suis actuellement enceinte de huit mois (Claire) alors en ce moment hors de question pour moi de me déplacer en rendez-vous : je ne suis pas très crédible pour un rallye auto avec mon gros ventre ! Alice prend le relais…

Qu’est-ce que cela vous apporte à toutes les deux ?

Outre le temps que nous partagerons pendant le rallye pour réaliser notre rêve, cela nous permet en amont de faire beaucoup de rencontres et cela nous pousse à parler et soutenir un projet. Finalement on s’est créé un réseau étendu et cela nous amène à faire de nouvelles choses comme aller enregistrer une émission en studio radio, par exemple.

Techniquement, comment préparez-vous le rallye en lui-même ?

On a fait les scouts toutes les deux, et beaucoup de raids de nuit, à pied avec la boussole, mais on avait 15 ans ! Et aucune de nous n’a encore fait de rallye. On a rencontré des gazelles en septembre dernier. Ce sont des filles qui sortent de tous les milieux et le retour général, c’est que si on est motivé, on peut y arriver ! On n’appréhende pas vraiment, le stage de préparation nous apprendra ce que nous ne savons pas encore faire, mais on devrait s’en sortir ! Et puis les voitures sont équipées de balises en cas de problème. On est seules mais les gens savent où on est.

Le côté féminin est très important pour vous ?

Nous ne sommes pas des Femen ! Mais on a un côté féministe dans le sens égalité hommes/femmes. Le côté rallye féminin est important car on se dit que l’on part toutes sur un pied d’égalité, cela nous plaît. L’intérêt n’est pas non plus de faire un rallye pour faire un rallye, on veut soutenir le droit des femmes en même temps via des partenariats avec des associations et plusieurs actions pendant et après le rallye. D’ailleurs nous avons un projet pour la suite du rallye : on aimerait faire une expo photo sur les femmes au Maroc.

 

Aurélie Renne



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