Romain Mesnil; «C’est le bordel à la Fédération !»

Le perchiste français, vice-champion du monde 2007, évoque sa déception aux derniers Jeux et sa remise en question. Il parle également, en tant que président du syndicat des athlètes, de la refonte nécessaire du système fédéral à l’heure où la FFA doit élire ses dirigeants.

 
Romain Mesnil, les Jeux de Pékin et votre contre-performance ont-ils été l’occasion de vous remettre en question ?
Oui, ça a été très dur, j’ai pris une véritable claque. Aux Jeux, il me manquait trop de compétitions car j’ai galéré toute la saison à cause des blessures. Aujourd’hui, j’ai la technique et la tête, et il faut que j’évite d’être gêné lors des grandes compétitions. C’est pourquoi j’ai changé ma préparation pour cette année.

Dans quelle direction ?
J’ai repris l’entraînement il y a un mois et la phase la plus difficile est passée. J’ai allégé les séances pour mieux prévenir les blessures, vu mes 31 ans. Je fais le même nombre de séances mais moins de sauts techniques. Je repose mes jambes au maximum.

Vous prévoyez également un stage en Floride dans quelques semaines. On a l’habitude de voir les sprinters français partir aux Etats-Unis pour s’entraîner mais plus rarement les perchistes. Pourquoi ce choix ?
Tous les ans, on part au soleil au mois de décembre pour pourvoir faire de la vitesse en extérieur. D’habitude, je vais en Martinique mais cette année j’ai l’opportunité d’aller à Orlando où un centre de saut à la perche a été créé avec quatre sautoirs en parallèle. Les moyens techniques sont intéressants. Pour nous, ce qui n’est pas évident c’est le transport du matériel. Un perchiste est parti avec Ladji Doucouré une année et il attend encore ses perches ! Mais la discipline s’est bien développée aux Etats-Unis et je souhaite découvrir leur façon de travailler.

 

«Je me projette en 2012»

Quels sont votre programme et vos objectifs cette saison ?
Je commence le 7 décembre à Aulnay-sous-Bois avec une compétition hors saison pour prendre des sensations avant de partir en stage, sur une prise d’élan assez réduite. Ensuite, les compétitions vont commencer en janvier avec des meetings nationaux en salle et à l’étranger. Les championnats d’Europe en salle vont aussi être importants mais je n’irai que pour le côté ludique si ma saison s’est bien passée. C’est une compétition de moins en moins reconnue mais elle constitue un bon entraînement car les qualifications et la finale se déroulent sur deux jours, sans récupération. Ce serait donc pour moi un challenge, l’objectif principal restant bien sûr les championnats du monde à Berlin l’année prochaine. Je me projette également jusqu’en 2012 car j’ai encore envie de progresser, j’ai la passion. Même si je ne peux pas tailler des plans sur la comète !

En tant que président du syndicat des athlètes, vous avez alerté les candidats au poste de président de la Fédération Française d’Athlétisme. Cette nouvelle mandature qui débutera le 6 décembre est-elle pour vous un tournant ?
Il le faut en tout cas ! Je les ai alertés car je pense qu’il faut prendre les choses en main maintenant. Il faut avoir l’honnêteté de dire que c’est le bordel dans la Fédération car les résultats des athlètes ne sont pas si catastrophiques mais le retour d’image après les Jeux n’est pas bon.

Quelles sont les raisons de cette mauvaise image selon vous ?
Les médias se sont focalisés sur la mésentente des relayeurs français qui ont réglé leurs comptes par caméras interposées. Le fait divers a pris le pas sur la performance. Le soupçon du dopage a également joué dans cette mauvaise image en gommant les valeurs essentielles de l’athlétisme. Il suffit de se rendre sur des centres d’entraînement pour voir des gamins et des adultes qui prennent plaisir à se dépasser. D’autre part, les médias communiquent sur des athlètes reconnus, qu’on attendait aux Jeux et qui n’ont pas confirmé alors qu’on aurait dû mettre en avant des sportifs qui sont arrivés en finale.

 

Favorable au passeport biologique

Avez-vous des propositions concrètes à faire valoir ?
J’ai reçu les programmes de deux candidats, Richard Descoux et Bernard Amsalem (respectivement ancien Directeur Technique National, et actuel Président de la Fédération, ndlr). Des idées me conviennent et d’autres non. Je suis en train de préparer un dossier pour leur donner une vision d’un athlète et leur proposer certaines choses. Il existe un gros service marketing à la Fédération mais les sportifs n’en profitent pas. Les informations ne parviennent pas jusqu’à eux. C’est le rôle de la Fédé de guider les athlètes et de monter une stratégie de communication centrée sur les valeurs et non sur les guerres de chapelles et la prétention. Pour moi, l’esprit de l’athlétisme se résume à un savant mélange d’humilité et d’orgueil.

Faut-il agir sur les jeunes, notamment à l’école ?
On perd des jeunes licenciés tous les ans donc il faut développer le lien entre les clubs et l’école. Mais il faut également s’occuper des athlètes qui sortent du lot assez tôt. Suivant leur milieu d’origine, leur éducation, ils peuvent vite “se prendre le chou”. Et les entraîneurs, de peur de perdre un talent, laissent faire les choses. Il faut être rigoureux sur ce point et donc, une politique fédérale de formation des coachs.

Vous êtes également favorable au passeport biologique comme en cyclisme. En quoi consiste-il ?
On prélève le sang d’un sportif régulièrement afin de dresser une courbe et de lui attribuer un profil. Cela permet de détecter les anomalies. Il ne s’agit pas d’un contrôle anti-dopage puisqu’on ne recherche pas de substance particulière, mais le médecin peut ainsi saisir le président de la Fédération qui prendra des mesures. Les athlètes sont globalement pour ce dispositif même s’ils ne sont pas unanimes. Par contre, le passeport biologique est beaucoup plus difficile à mettre en place car l’athlétisme englobe des disciplines très différentes contrairement au cyclisme. Mais la Fédération internationale travaille sur ce dispositif qui constitue une bonne arme de dissuasion.

Propos recueillis
par Sophie Orus


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