Roland Garros ; «Ma plus grande fierté»

Lionnel Barthez

Lionnel Barthez est entraîneur de tennis au Stade Toulousain (voir portrait en encadré). Alors que Roland Garros se termine, il nous apporte son éclairage sur le tennis français et international. Rencontre.

 

Lionnel Barthez, Djokovic a battu Federer en demi-finale. Est-ce le début du déclin pour le Suisse ?

Non. J’ai toujours apprécié les attaquants tels que Sempras ou Connors : des personnes qui font le spectacle, qui vont vers l’avant. Je n’ai jamais vu quelqu’un jouer au tennis comme ça ! On a tendance à le mettre aux oubliettes à cause de son âge mais il est toujours là. Roger a une grande science de son corps et son expérience est un grand atout. Il n’y a que des «extra-terrestres» comme Nadal ou Djokovic qui arrivent à le contrer. Djokovic a élevé son niveau de jeu cette année mais il n’arrive pas à «me faire vibrer» comme Roger.

 

Nadal égale le record de Borg avec une 7e victoire. Est-ce pour autant votre joueur favori ?

J’ai beaucoup de respect pour Nadal : c’est un «monstre», il n’y a pas d’autre mot ! J’apprécie son charisme, sa combativité et il semble posséder de belles qualités sur le plan humain. Mais je n’aime pas sa façon de jouer et son attitude sur le terrain. C’est un «rouleau compresseur» qui massacre.

 

Djokovic termine finaliste du tournoi. Est-il de la même trempe que Nadal ou Federer ?

Je pense que son ascension est passagère. Je ne comprends pas comment du jour au lendemain, ce joueur est devenu imbattable. Il a montré un mental d’acier face à Tsonga en quart de finale : on sait pourquoi il est numéro un mais je ne retrouve pas en lui le même génie que chez Nadal ou Federer.

 

On n’a jamais eu autant de Français dans le Top 20 : Gasquet, Simon, Monfils et Tsonga qui a failli accomplir l’exploit face à Djokovic. Même Benneteau, Mahut et Mathieu qui a suscité la surprise, ont fait un bon tournoi. L’avenir s’annonce-t-il prometteur pour ces jeunes français ? Après sa mémorable victoire en 1983, peut-on espérer un nouvel exploit français dans les années à venir ?

Tant qu’il y aura sur le circuit ces trois «tenors», Djokovic, Nadal et Federer, je ne crois pas à une victoire française. On peut faire l’exploit d’en battre un mais deux jours après, il faut en battre un autre. Actuellement, un quart ou une demi-finale à Roland Garros satisfait les joueurs français. On l’a bien vu lors de la rencontre Djokovic/Tsonga, le Français était complètement «rôti» physiquement. S’il avait gagné, il aurait été intéressant de voir s’il était capable d’enchaîner par la suite face à Federer ou Nadal.

 Des géantes qui envoient des caramels !

 Du côté féminin, aucune personnalité ne sort du lot : les gagnantes du tournoi se «suivent et se ressemblent», comment expliquez-vous ce contraste hommes/femmes ?

A mon avis, Bartoli va régresser progressivement : elle commence à être âgée et risque de se faire dominer sur le plan physique. Le tennis féminin se cherche, il n’y a pas de vraie numéro un mondial. Il faudrait retrouver une Henin ou une Steffi Graff ! On le voit bien dans les écoles de tennis : il y a très peu de filles. Les filles de l’Europe de l’est ont faim, elles partent de rien et essaient de sortir de leur situation précaire. Ce sont de véritables géantes : 1m75 et envoient des «cartouches» dans tous les sens ! Le niveau féminin est très faible : trop d’agressivité et pas assez de composition de style. Elles jouent toutes de la même façon : je reste au fond et je n’envoie que des «caramels» ! On sent que les sœurs Williams peuvent être les patronnes malgré leur élimination au premier tour mais elles sont sur le circuit depuis l’âge de 16 ans ! Elles y ont tout gagné et c’est dur de rester au Top : on n’a plus de motivation, tous les objectifs ont déjà été atteints. C’est pour cela que Federer est incroyable, il a tout gagné et continue à jouer.

 

Quel souvenir gardez-vous de votre participation à Roland Garros ? En quoi le tournoi a-t-il évolué depuis ?

C’est ma plus grande fierté, on n’est plus considéré comme un «joueur fantôme» mais mieux reconnu. En tant que Français, cette participation m’a procuré plus de plaisir que Wimbledon : c’est un événement incroyable, magique, il faut l’avoir vécu pour le comprendre. A mon époque, il y avait davantage de variation entre les joueurs : certains avaient plus de points faibles que d’autres. Aujourd’hui, tous les joueurs jouent bien.

 Jérémy Chardy, «une puissance de feu»

 Jérémy Chardy, 55ème mondial, a porté les couleurs du Stade Toulousain cette année jusqu’au deuxième tour de Roland Garros et s’était hissé jusqu’au huitième de finale en 2008. Comment appréciez-vous l’évolution de sa carrière ?

Je connais Jérémy depuis qu’il a 10 ans. Je l’ai incité à rentrer au club et certains de ses matchs sont gravés dans ma mémoire. Il a un bras «hallucinant» et une puissance «de feu». Il avait le talent nécessaire pour rentrer dans le Top 10 et pourrait battre l’un d’eux mais malheureusement, je crois qu’il restera dans les cinquantièmes mondiaux.

 

Le Stade Toulousain tennis peut-il espérer atteindre la même notoriété que le rugby ?

Le tennis ne peut pas lutter face à des sports collectifs comme le foot ou le rugby. Le public a du mal à apprécier des matchs qu’il considère parfois trop longs ou monotones. Ils ne se lassent pas du rugby qui est un sport de contact et donc plus attrayant.

Propos recueillis par Amélie Rastoul



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