Paris sportifs; « L’image du sport est en jeu »

D’ici un an, les accros de la mise pourront parier sur les compétions sportives, les courses hippiques et certains jeux de casino. L’Association Nationale des Ligues de Sport Professionnel, par le biais de son directeur Frédéric Besnier, appelle à la vigilance et espère que les bénéfices financiers seront bien redistribués.

 


Frédéric Besnier, pouvez-vous nous présenter l’Association Nationale des Ligues de Sport Professionnel ?
Il s’agit d’une association créée en mars 2006 qui regroupe cinq ligues professionnelles : football, handball, basket-ball, rugby et volley-ball. Elle a vu le jour à l’occasion du décret Lamour qui revenait sur les prérogatives des fédérations en termes d’enceintes sportives. Dès lors, les fédérations se sont dit qu’elles avaient intérêt à se regrouper pour définir des positions communes à défendre face aux pouvoirs publics. Je pense par exemple à l’Agence Française de Lutte contre le Dopage où nous intervenons d’une seule et même voix. C’est un avantage pour ces institutions d’avoir affaire à un interlocuteur unique sur des problématiques qui concernent les cinq sports.

Concrètement, sentez-vous une influence de l’ANLSP sur les décisions ?
On ressent que quand on demande un rendez-vous auprès des institutions et des ministères, l’association est facilement reçue et écoutée car sa force est d’être interdisciplinaire. Tout en respectant l’identité de chaque ligue qui se gère en toute autonomie, l’ANLSP a pris une autre dimension et une légitimité. L’autre grand intérêt de l’association est le système de mutualisation entre les ligues par un échange d’informations sur le fonctionnement comme le règlement, les rapports avec les prestataires…

 

Quid des droits d’exploitation

Quelles sont votre position et vos revendications concernant l’ouverture du marché des paris sportifs en France ?
En ce qui concerne les paris sportifs, les ligues interviennent avec leur casquette d’organisateurs de compétitions. En ce sens, leur position est commune aux fédérations et autres organisateurs comme la Fédération Française de Tennis pour Roland Garros : cette ouverture du marché va donner lieu à une nouvelle réglementation des paris sportifs et mettre fin au monopôle de la Française des Jeux. Jusqu’à maintenant, ce monopôle ne donnait pas lieu à une quelconque rétribution des organisateurs de manifestations sportives. Aujourd’hui, les cartes sont redistribuées suite à une décision de Bruxelles. Se pose dès lors la question de la concurrence et de la protection de nos compétitions. Les organisateurs estiment qu’ils sont propriétaires des droits d’exploitation de leurs manifestations et il est donc normal qu’on mette en place une rétribution. On veut reconnaître que les organisateurs sont les propriétaires des droits d’exploitation, comme pour les droits télévisés, ce qui est inscrit dans le code du sport mais qui doit être confirmé par la loi. On n’imaginerait pas au-jourd’hui qu’une télévision puisse aller filmer gratuitement et sans autorisation une manifestation sportive.

Pour ce faire, vous vous appuyez sur une décision de justice récente…
Tout à fait. Le 30 mai dernier, le TGI de Paris a rendu son jugement sur une affaire où les organisateurs de Roland Garros avaient attaqué deux opérateurs privés. Ce jugement a confirmé qu’ils étaient propriétaires des droits d’exploitation et donc des paris mis en jeu sur cette compétition. Cette décision devrait faire jurisprudence.

Quel est le plus gros enjeu : récupérer de l’argent ou éviter les fraudes et tricheries ?
Les deux. Effectivement, aujourd’hui le sport professionnel est en concurrence avec les championnats européens et on sait qu’il existe un fossé en termes de mesures fiscales et sociales, toutes disciplines confondues. Le seul moyen pour lutter est de valoriser les compétitions. Il faut donc que les organisateurs puissent tirer des moyens des manifestations qu’ils mettent en place. De plus, cet argent pourrait contribuer au développement du sport amateur. D’autre part, il faut une protection éthique des compétitions car l’image même du sport est en jeu. Demain, toute performance d’un sportif peut être sujette à suspicion à cause d’un pari. Ce serait une catastrophe pour le sport. Quand on regarde ce qui se passe sur les sites illégaux, tous les types de paris sont possibles, même en cours de match. Pour lutter de manière préventive contre la fraude, la corruption et le blanchiment d’argent, il faut travailler sur la définition des types de paris autorisés.

Mutualisation et centralisation

L’association a-t-elle été consultée pour ce projet de loi ?
On travaille en étroite collaboration avec les ministères mais c’est un dossier tellement vaste aux multiples enjeux. Ce qu’il faut défendre au niveau du système français, c’est la mutualisation et la centralisation des droits. Par exemple, on sait que pour les droits télévisés, c’est la ligue qui s’occupe de les vendre entièrement pour un championnat. Les clubs n’interviennent pas individuellement, ce qui permet de garantir la solidarité et la redistribution équitable de l’argent. Ce système de régularisation serait utile pour les marchés sportifs.

Quels sont les autres dossiers sur lesquels vous travaillez ?
Il existe des gros dossiers comme les paris sportifs ou le droit à l’image collective qui sont en prise avec l’évolution du droit. Cette dernière est une mesure actuellement remise en cause mais qui permet aux clubs français d’être plus compétitifs et d’offrir des salaires plus ambitieux. Il n’existe pas d’uniformité et de contrôle financier et de gestion des clubs en Europe. Ainsi, dans certains pays, un club déficitaire peut continuer à acheter des joueurs et à investir dans la masse salariale, ce qui est interdit en France. Mais de nombreux sujets sont également importants pour le quotidien des ligues comme l’utilisation de la nouvelle carte de séjour “talents et compétences” appliquée aux sportifs. Nous allons aussi discuter pour la mise en place de circulaires afin que les frais engagés par les clubs dans leurs centres de formation, comme l’hébergement ou la restauration des jeunes, ne soient pas assujettis à cotisation sociale.

Propos recueillis
par Sophie Orus



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