Novès a encore de l’appétit


En place depuis 1989, Guy Novès vient tout juste de franchir la barre des mille rencontres avec le Stade Toulousain. A travers ces vingt-quatre années où la victoire a pris le pas sur le reste, il  lui reste encore cet amour pour le rugby, éternel. Focus sur cet homme d’exception, ce Toulousain qui a métamorphosé la réputation ovale de la Ville Rose.

 

 

Il s’en serait bien passé de cet énième coup de sang, Guy Novès, à l’issue de la rencontre perdue face à Perpignan. A l’occasion de sa millième symbolique avec le Stade, ses joueurs ne lui ont pas fait de cadeau, ils sont même passés complètement à travers, laissant filer au passage une invincibilité datant de trois ans à Ernest Wallon. Dès la 20e minute de jeu, le coach toulousain perdait deux éléments importants sur blessure et Monsieur Gauzère, l’arbitre de la rencontre s’est chargé d’annihiler les rares velléités stadistes : « Plusieurs décisions arbitrales sont absurdes, je peux le prouver vidéo à l’appui. Si l’on additionne les fautes de tous les acteurs, nous n’étions pas dans des circonstances favorables aujourd’hui », pestait-il en conférence de presse d’après match. Car Guy Novès n’aime pas perdre. C’est ainsi depuis qu’il a pris les rênes de l’équipe vitrine, quelques jours après un titre obtenu en 1988 avec les Juniors Reichel toulousains qu’il entraînait juste avant de rejoindre le tandem Pierre Villepreux-Jean-Claude Skréla, soi-disant pour ressouder les liens entre le staff et les joueurs. Dès l’année suivante, il devient seul maître à bord. Vingt-quatre années plus tard, l’homme est toujours là, il est même devenu un exemple à suivre pour beaucoup. Vu qu’il a beaucoup gagné, chaque défaite lui laisse un goût  amer et à chaque fois, Novès ne mâche pas ses mots. Peu importe les conséquences.

 

Novès, l’ailier supersonique

 

1975, le monde du rugby découvre un ailier tout feu tout flamme, auréolé d’un record de France universitaire sur la distance de 1200m. Au sein d’un Stade peu habitué aux victoires, il s’inscrit rapidement parmi les cadres, ne rechignant jamais sur le moindre effort. Il devient rapidement international (7 sélections entre 1977 et 1979). Au fil des saisons, Toulouse devient une place forte du championnat hexagonal. En 1980, les Rouge-et-Noir s’inclineront en finale face au grand Béziers. A l’époque, Guy déçu, découvre le Parc des Princes et son ambiance féerique. Il n’est pas encore au courant qu’il y reviendra cinq ans plus tard,  pour soulever son premier Bouclier de Brennus, au terme d’une finale épique remportée contre Toulon. L’année suivante, plus aguerrie, l’équipe conservera son titre en imposant sa tactique face à des Agenais empruntés : « Le premier titre, il était extraordinaire car nous étions revenus de nulle part en prolongations. Nous aurions très bien pu perdre dans le temps réglementaire (…) La fois suivante, notre équipe n’avait plus cette pression d’obtenir absolument un titre. Nous nous devions de marquer les esprits », se souvient minutieusement l’ancien professeur d’éducation physique du lycée Jolimont. Guy n’aura jamais connu le monde du rugby professionnel, puisqu’il rendra définitivement sa licence en 1988, juste après une ultime pige en finale du Challenge Yves-du-Manoir, gagnée bien évidemment.

 

Il tire la quintessence de ses joueurs

 

Les superlatifs ne manquent pas, lorsqu’il s’agit d’évoquer les maintes qualités de  l’entraîneur Novès. Vainqueur du Brennus dès sa première année sur le banc (1989), il va connaître une période de creux et reviendra armé jusqu’aux dents cinq ans plus tard, fort d’une génération sans complexe. En compagnie d’un groupe au potentiel immense, dirigé sur le pré par l’emblématique capitaine Albert Cigagna, il va truster un quadruplé exceptionnel (de 1994 à 1997). La France découvre toute une génération de joueurs internationaux (Christian Califano, Emile N’tamack, David Berty, Christophe Deylaud…). Son Stade devient une machine à tout rafler, sa propre machine. Même dos au mur, son effectif réagit toujours. Lors des finales au Parc des Princes, devenu entre-temps son jardin, le buteur Deylaud récompense à chaque fois le travail de toute une saison. Sa manière de taper les pénalités dos au but, rend l’intensité d’un match toujours plus belle. A ce moment-là, toute une ville retrouve un véritable engouement autour de ce club qui gagne. C’est le moment de crier haut et fort : « Qui ne saute pas n’est pas Toulou….sain », ritournelle devenue incontournable désormais. Guy savoure les titres qui s’accumulent, il boucle le second millénaire sur un énième titre, cette fois lors d’une finale délocalisée contre Bourgoin, dans le tout récent Stade de France de Saint-Denis (1999). Entre-temps, excusez du peu, il s’est permis le luxe de conquérir sa première Coupe d’Europe de l’histoire (en 1996). Sans les clubs anglais certes, car ils boycottaient l’initiative, mais avec de rugueux gallois de Cardiff, qui furent punis par la botte de Deylaud. Encore lui…

 

Novès préfère le Stade aux Bleus

 

Les années 2000 repartent sur des bases similaires. Toulouse est champion en 2001 et récupère deux nouveaux trophées continentaux supplémentaires (2003 et 2005), et les Anglais ces fois-là, ne peuvent que constater l’ampleur de la chose. Guy n’est jamais rassasié lui. On imagine alors, qu’il va naturellement prendre la tête de la sélection tricolore, en espérant tous que cela fonctionne comme au Stade. Malheureusement pour certains membres de la fédération, Novès refusera poliment chaque sollicitation, prétextant toujours d’autres chats à fouetter. Avec ce rugby qui se construit dans un professionnalisme bien assimilé, les cartes sont redistribuées. Toulouse ne possède plus la meilleure équipe du pays, même si son budget est conséquent. Cette adversité excite Guy. Du coup, il reste aux manettes pour la plus grande joie du président Jean-René Bouscatel, qui n’aurait pas su par qui le remplacer. Il justifiera cette confiance et son amour éternel envers le club, en s’octroyant un huitième titre en dix-neuf saisons (2008), puis en récupérant encore une H-Cup en 2010.

Les joueurs partent à l’image d’un Byron Kelleher, dont le CV se sera étoffé en l’espace de deux saisons. Guy lui, reste et trouvera encore des solutions. Dans la foulée, il fera signer l’ouvreur All-Black, Luke Mc Alister, qu’il courtisait depuis quelque temps. Entouré d’une énième formidable génération d’internationaux**, dont la plupart est toujours au club à ce jour, la mayonnaise a bon goût et telle une rengaine, Toulouse remportera deux titres consécutifs (2011 et 2012), série en cours.

 

Sa succession, pas encore décidée

 

Les rumeurs vont bon train quant au nom du futur successeur de Guy Novès à la tête du club de la Ville Rose. Yannick Bru et Émile N’tamack, deux de ses anciens adjoints, n’avaient pas résisté à l’appel de la fédération au moment de la nomination de Marc Lièvremont, puis de Philippe St-André chez les Bleus. Pour pallier cela, Guy s’était entouré de deux de ses anciens cadres sur le terrain : William Servat pour s’occuper des avants, Jean-Baptiste Elissalde, des arrières. L’émulation fonctionne bien, mais pose problème, surtout dès lors que William doit remettre le maillot afin de compenser des carences énormes au poste de talonneur. En effet, le Stade Toulousain de l’année 2012-2013 piétine un peu. Il a du mal à enchaîner les performances, il n’est même pas parvenu à se qualifier en phase finale de la H-Cup. Devancé par Toulon et par Clermont au classement du Top14, il vient même d’enregistrer deux défaites consécutives (à Agen et contre Perpignan) ; fait assez rare pour être souligné. D’ici la fin de la saison, où Toulouse tentera tout de même d’accrocher au minimum les barrages, afin de tenter la passe de trois titres d’affilée, Novès se retrouve face à un casse-tête. Son équipe affiche d’étranges limites dans le jeu. De nombreux internationaux sont indisponibles, comme chaque année lors du Tournoi des 6 Nations : « Le Stade est souvent critiqué à cette période de l’année, j’en ai l’habitude », répétait-il, lui qui en profite pour donner du temps de jeu à d’autres moins sollicités. Qu’en sera-t-il entre-temps ? Réponse dès ce week-end, lors de la réception de Bayonne, où cette fois, ce sera l’occasion de faire la fête. 1001 matchs, ça laisse des traces, forcément.

 

**Vincent Clerc, Florian Fritz, Yannick Jauzion, Lionel Beauxis, Yohan Maestri, Maxime Médard, Clément Poitrenaud, Jean-Baptiste Poux, Jean-Baptiste Elissalde, Fabien Pelous…

 

par Mehdi Djebbari

Mille matchs mais encore aucun de Challenge Européen

 

Comme quoi, on a beau s’appeler Guy Novès et posséder une expérience hors norme, l’entraîneur toulousain va découvrir une nouvelle compétition cette saison : Le Challenge Européen. Malheureusement éliminés de la phase de poule en H-Cup, les Stadistes ont été reversés dans la petite Coupe d’Europe, en quarts-de-finale directement. Le 5 avril prochain, ils iront défier leurs homologues de Perpignan et tenteront, de rejoindre le vainqueur de l’opposition Bath-stade Français, lors de la demie.

 



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