Médard a des fourmis dans les jambes

En pleine convalescence, le trois-quart du Stade Toulousain Maxime Médard n’a plus joué un match de rugby depuis un certain Ecosse-France le 26 février dernier. Blessé gravement au genou*, il prend son mal en patience en attendant de retrouver les pelouses. A 25 ans, l’ailier international a quasiment tout gagné, il n’en demeure pas moins revanchard. Rencontre avec cet homme de défi dans son contre-la-montre.

Maxime, comment vous sentez-vous physiquement, deux mois après votre blessure contractée lors du Tournoi des six nations ?

Ca fait deux mois que je suis en phase de rééducation et j’ai encore du mal à plier le genou. Le médecin du Médipôle et celui du Stade, Christophe Prat, me disent que tout est en ordre et de ne pas m’inquiéter. C’est une blessure délicate qui nécessite entre six et neuf mois d’indisponibilité. Certes cela va être encore très long, mais ça aurait pu être pire alors je relativise. Lorsque je me suis blessé face à l’Écosse, j’ai cru que je m’étais rompu les ligaments croisés et j’ai immédiatement pensé à ma famille. J’étais triste, car à ce moment-là de la saison, je commençais à bien revenir. J’avais bien débuté la rencontre en plus, j’y avais même inscrit un essai.

D’un point de vue mental, ça ne doit pas être facile ? Évoluer sans cesse au milieu du collectif et là, se retrouver seul face à son destin…

Bizarrement, j’ai toujours pensé à cette fameuse grosse blessure que j’aurais pu avoir au cours de ma carrière. Depuis tout jeune, je suis toujours passé dans les mailles du filet, malgré quelques petits pépins de temps en temps. Du coup, j’ai su prendre le recul nécessaire afin de me pas m’affoler. Il y a forcément des périodes où le sort te sourit moins. J’essaie donc de positiver et de me dire que j’ai débuté un combat contre moi-même. Il faut que je me fasse mal tout en gardant le sourire. Ce n’est pas facile mais ma famille est présente au quotidien, ça me donne toujours le coup de fouet suffisant pour foncer. Ici à Médipôle, mon quotidien est totalement bouleversé, ceci dit je rencontre des personnes blessées comme moi. On est très solidaire.

«Ma seule priorité, c’est le rugby»

Donc à moyen terme, votre quotidien se situe au Médipôle ?

Effectivement, j’y suis toute la journée et rentre chez moi le soir. Je fais du vélo pour me muscler autour de genou blessé et des massages. Si vous saviez la hâte que j’ai de recourir, ne serait que cinq minutes ! Parfois j’en bave ici, il n’y a pas de répit. En tout cas, les dirigeants du Stade ne se sont pas trompés en m’envoyant ici, je ne m’ennuie pas la moindre seconde. Logiquement, dès la semaine prochaine, je vais travailler le physique au club en parallèle. Plus tard, je me rendrai au centre de rééducation de Capbreton. En gros, me préparer sereinement, sans préoccuper mon staff, qui a d’autres soucis à gérer. J’ai parfois mes partenaires au téléphone, mais j’ai su prendre le recul nécessaire par rapport au Stade Toulousain et à l’actualité sportive. Toutefois le Stade me manque, je ne cache pas le contraire.

En profitez-vous pour vous occuper autrement et penser à d’autres choses qu’au sport ?

Disons que je discute avec mon frère et mon réseau d’éventuels projets d’avenir. Mais je ne veux rien concrétiser pour l’instant, ma seule priorité c’est le rugby. Je sais que le temps passe très vite, je vais donc savourer les années qui me restent. Je vais faire 26 ans en fin d’année, je peux jouer jusqu’à 31-32 ans, je suis encore loin d’être cuit. J’ai tout le temps de songer à retravailler certains aspects de mon jeu. Dès que cela sera possible, je vais privilégier l’athlétisme et la musculation.

Que représente le rugby à vos yeux ?

Beaucoup de choses. Avant tout, il m’équilibre, me rend heureux et me donne envie de me surpasser. Depuis que j’ai 16 ans, j’ai pour habitude de m’entraîner chaque jour et là je dois respecter des délais… Ça me fait drôle. A mes débuts, je prenais ce sport un peu trop à la légère et j’ai dû me recentrer sur des véritables objectifs. En 2007, j’ai décidé de tout changer pour faire la Coupe du Monde en 2011. A partir de là, je suis devenu sérieux et j’ai surmonté tous les défis que je m’étais fixé. Le club m’a fait confiance et m’a protégé, surtout dans ma période d’insouciance. Je voulais jouer, Guy Novès m’a donné du temps de jeu. Petit à petit à force de travail, je me suis rendu compte que mon potentiel pouvait m’amener plus loin encore. A 18 ans, je voulais partir m’exprimer ailleurs. A 20, c’en était fini, je savais que mon avenir était à Toulouse, l’endroit idéal pour progresser.

«On n’a pas le droit de se louper»

Plus loin comme ce titre de vice-Champion du Monde l’an dernier, conquis avec les Bleus. Un aboutissement personnel et collectif. Vous réalisez parfois l’ampleur de l’événement ?

Tout à fait, cette aventure exceptionnelle dont rêve quasiment chaque joueur de rugby, a failli se transformer en conte de fées. Malheureusement, cette défaite en finale d’un tout petit point contre la Nouvelle-Zélande nous a ramenés à la réalité.

Justement comment jugez-vous les performances de l’équipe cette saison ?

On voit que l’équipe prend un peu moins de plaisir, mais elle s’accroche. Je ne suis pas inquiet car l’envie de gagner perdure et perdurera. On n’a pas été épargné par les blessures cette année. Même pour un effectif comme celui de Toulouse, ça peut compter. Bien entendu, il y a des regrets par rapport à la H-Cup et à ce quart-de-finale perdu à Édimbourg. On s’est mis nous-mêmes des bâtons dans les roues. On avait largement les moyens de passer mais on n’a pas élevé notre niveau comme ce genre de match l’impose. Dans cette ambiance particulière, nous aurions pu faire quelque chose de grand. A présent, les gars se focalisent uniquement sur le Top14. On est devant depuis le début et on a travaillé de manière à être au top physiquement en fin de saison. Ce qui peut nous porter préjudice, c’est d’arriver trop détendus en demi-finale. En plus, tout se joue à Toulouse, on n’a pas le droit de se louper.

Quel pourrait être le scénario idéal pour accéder au Bouclier de Brennus ? Une saison blanche serait-elle mal perçue au club ?

J’aimerais bien qu’on prenne Toulon en demi-finale. Après on verra. En finale, c’est très souvent du 50-50. La tendance voudrait qu’on affronte Clermont au Stade de France, mais tout peut basculer.
Ne pas ramener le Brennus serait évidemment une grosse déception, mais il y a des choses plus graves. Chaque année, nos objectifs sont les mêmes : gagner les deux compétitions dans lesquelles nous sommes engagés. On se renforce toujours en vue d’un éventuel doublé, mais personne ne nous fait de cadeaux. Toutes les équipes veulent le scalp du Stade Toulousain. C’est comme ça, ça fait partie du jeu. Si on ne gagne rien cette année, on reviendra l’année prochaine encore plus déterminés. Nous avons un entraîneur exigeant, cela se véhicule sur le reste du groupe.

* Maxime Médard souffre d’une distension du ligament croisé antérieur ainsi que d’une entorse du ligament latéral interne du genou. Son absence a été évaluée entre 6 et 9 mois.

Mehdi Djebbari



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