Livre ; « Le football, nouvel opium du peuple »

Le football et la politique sont les deux grands sujets préférés des Français : que ce soit au bureau, dans les cafés, dans la rue, mais aussi dans les dîners, ils déchaînent toutes les passions. C’est à partir de ce postulat que les journalistes sportifs Antoine Grynbaum et Romain Schneider (l’un en tant qu’indépendant et l’autre pour Le Figaro), ont enquêté sur les liens étroits qu’entretiennent football et politique (Foot et politique, les liaisons dangereuses, éditions Jean-Claude Gawsewitch). Retour avec Romain Schneider sur les liaisons les plus dangereuses du sport.

 
“Foot et politique, les liaisons dangereuses”. Romain Schneider, ce phénomène a-t-il explosé en France en 1998 ?
Oui, car avant le Mondial 1998, peu de politiques manifestaient leur passion du foot. Ce n’était pas bien vu à l’époque. Après le Mondial, beaucoup d’élus ont fait leur “coming out” en matière de football. Ils ont compris que le foot est un sport qui fédère l’ensemble d’une nation. C’est le nouvel opium du peuple. Quand tout va bien, on s’affiche avec les héros. Quand tout va mal, on hurle avec les loups. On stigmatise l’argent fou du foot.

L’ingérence du politique dans ce sport a-t-elle atteint son paroxysme lors de la dernière coupe du monde en Afrique du Sud ?
Oui, clairement. On montre aussi dans le livre comment le président de l’époque, Jean-Pierre Escalettes, a été poussé vers la sortie par le pouvoir. Un membre de la mission d’information nous a dit que Roselyne Bachelot avait interdit à Escalettes d’entrer dans les vestiaires après France/Afrique du Sud. C’était un ordre présidentiel. Nicolas Sarkozy s’est clairement posé en sauveur du foot français, convoquant Thierry Henry le jour d’une manifestation contre la réforme des retraites. Il y a eu aussi les auditions en commission parlementaire de Domenech et Escalettes.

Vous dites qu’une élection se gagne aussi sur une pelouse. Auriez-vous un exemple significatif à donner à nos lecteurs ?
L’exemple le plus célèbre est probablement celui de Jean-Louis Borloo. En 1986, c’est un avocat d’affaires riche qui a réussi. Il sauve alors le club de Valenciennes qui avait déposé le bilan. Lui le Parisien, s’implante dans le club, donc à Valenciennes. Il devient un président de club populaire. Il s’enracine dans cette ville. Ce qui lui permet de se lancer en politique. Il se présente aux Municipales de 1988, qu’il remporte.

 

 
Sadran est un proche de Cohen

Les Etats Généraux du football apporteront-ils quelque chose selon vous ? Est-ce à l’Etat de réformer le football ?
Les Etats Généraux qui se sont déroulés fin octobre ont permis un rééquilibrage entre le monde amateur et le monde pro au sein de la Fédération Française de Football. Ces Etats Généraux ont été initiés par le président Sarkozy mais l’Etat a fait profil bas au moment où ils se sont déroulés. Il faut dire que l’Etat s’était fait taper sur les doigts par la Fifa lors du dernier Mondial. Cette dernière l’a rappelé à l’ordre en brandissant la menace d’exclure la Fédération des Etats membres. Donc on l’a compris, ce n’est pas à l’Etat de réformer le football.

Le football ne fait-il pas le jeu des extrêmes ? En 1998, on vantait la France black/blanc/beur. Aujourd’hui, cette même France est celle de la honte et de l’irrespect…

Les politiques prennent en otage le foot avec des commentaires opportunistes quand ça va bien et quand ça va mal. Quand Marine Le Pen, par exemple, stigmatises les joueurs de l’équipe de France qui ne chantent pas la Marseillaise, elle utilise le football pour faire passer ses messages.

Vous évoquez les liens étroits entre municipalités et clubs de foot. Pouvez-vous revenir sur ce point et auriez-vous des anecdotes sur Toulouse ?
C’est important pour un maire d’aller au stade car on est vu par ses électeurs. On revient dans le livre sur les sulfureux mélanges des genres entre clubs et municipalités. Ils étaient encore plus forts par le passé. Jusque dans les années 80, les clubs et les municipalités étaient en effet très proches car plus de 50 % des recettes des clubs émanaient de leur mairie. Les clubs se sont ensuite progressivement privatisés. Et aujourd’hui, ce sont surtout les droits de retransmissions TV qui donnent des ressources. La part des subventions est devenue minime. Mais il y a toujours un lien, notamment au niveau des stades puisque tous, à part Auxerre et Ajaccio, appartiennent à l’Etat. Celui-ci joue donc un rôle important sur leur évolution. Le principal enjeu est d’ailleurs là, car il engendre de nombreux conflits dès qu’il faut restaurer, agrandir ou construire un stade. A Lyon, le maire Gérard Collomb et le président Jean-Michel Aulas sont pieds et poings liés pour obtenir le complexe “OL Land”. Concernant Toulouse, nous n’en parlons pas dans le livre, mais ce que l’on sait, c’est que le président du TFC Olivier Sadran est un proche du maire Pierre Cohen. C’est toujours mieux d’être bien avec son maire…

 

Tapie refuse de témoigner

Aujourd’hui, les footballeurs font également de la politique. Ont-ils un réel pouvoir auprès des dirigeants et du public ?
Il y a peu de footballeurs qui s’aventurent sur le terrain politique. Pour les rares qui ont tenté l’expérience, elle a un goût amer comme pour Fabien Cool engagé au Nouveau Centre ou pour Sylvain Kastendeuch qui a été l’adjoint du maire à Metz. Quand Kastendeuch a fait montre d’intérêt pour se présenter aux élections municipales, les barons locaux lui ont barré la route… En clair, les politiques aiment bien s’afficher avec des sportifs lors des campagnes électorales. Mais après que chacun reste à sa place…

Avez-vous subi des pressions durant l’écriture du livre ?
Non pas spécialement. On a eu une cinquantaine d’intervenants du monde du football et du monde politique. On a contacté Bernard Tapie et il nous a dit sans rire qu’il ne voulait pas parler puisqu’il ne voyait pas en quoi son parcours avait un rapport direct avec le sujet : football et politique !

Dans le monde politique, qui aujourd’hui est sincèrement fan de football ?
Il y a des amateurs éclairés à gauche comme à droite. A gauche il y a François Hollande, Daniel Cohn-Bendit ou encore Olivier Besancenot. Jean-Luc Bennahmias du MoDem est aussi un mordu. A droite, on note Eric Besson ou le regretté Philippe Seguin, et bien sûr Nicolas Sarkozy qui reste avant tout un fan du PSG.

Propos recueillis
par Sophie Orus


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