Laurent Roux : « Ce qui arrive à Jalabert m’a fait mal au cœur »

Devenu agriculteur depuis sa retraite sportive en 2003, le Lotois Laurent Roux a redécouvert le Tour de France tel un guide, le temps de l’étape Castres – Ax 3 Domaines. Entretien avec un homme passionné par le vélo, un grimpeur qui s’est véritablement sacrifié pour son métier, quitte à en payer les pois cassés.

 

Laurent, quel plaisir de vous revoir. Que retenez-vous de cette journée ?

Avant toute chose, je tenais à remercier mon partenaire Vittel, qui m’a permis de me retrouver là. Je n’étais pas revenu sur le Tour depuis 2001. Grâce à l’initiative des Géants de la Route, j’ai guidé quelques privilégiés à travers la 8e étape. Cela m’a permis de retrouver toute cette ambiance, de recroiser d’anciens partenaires de l’équipe Casino à l’image de Pascal Chanteur et de Christophe Agnolutto entre autres. Tout s’est vraiment bien passé, même si certaines personnes ont été désagréablement surprises de ma visite…

 

Que représente le Tour pour vous ?

Tellement de souvenirs mitigés à la fois, qu’il est compliqué d’en mettre un de côté. Je garde en mémoire l’année 2001, où je finis 3e au classement de la montagne, 50e au général avec l’équipe Jean Delatour. Cette année-là, lors de la 10e étape, je me suis échappé en compagnie de deux coureurs et j’ai été rattrapé par Lance Armstrong dans la rude ascension de l’Alpe d’Huez, alors que je me dirigeais vers le sommet en solo. Grâce à cela, j’avais gardé trois jours le maillot à pois. Un moment exceptionnel pour le grimpeur que j’étais.

 

Est-il vrai qu’on vous avait attribué le rôle du vilain petit canard ?

A un moment donné, j’ai trop parlé. En 1998, alors que j’étais considéré comme le troisième cycliste français, après Richard Virenque et Laurent Jalabert, j’ai fait des bêtises et je le regrette. Les histoires de dopage ont pris le dessus dans le milieu. L’Union Cycliste Internationale (UCI) m’avait dans le collimateur et m’a contrôlé deux fois positif aux amphétamines, un produit totalement incohérent avec le vélo. A l’époque, c’était l’EPO qui faisait l’unanimité. Il y avait ceux qui se protégeaient via leur équipe, moi j’ai décidé de dénoncer cela. J’ai été condamné, j’ai connu la toxicomanie, la prison pendant des mois. Je suis conscient de m’être fait du mal tout seul. A présent, je suis passé à autre chose. Je n’ai rien oublié, mais j’ai rebondi depuis.

 

Les récentes histoires qui ont concerné Lance Armstrong et Laurent Jalabert vous ont-elles affecté ?

Aujourd’hui les langues se délient. Pendant que d’autres étaient protégés et remportaient les trophées, certains à mon image, payaient cher le prix, alors que nous ne faisions rien de pire. En ce qui concerne Jalabert, bien entendu cela m’a fait mal au cœur. Cela ne sert à rien de ressortir ces vieilles histoires. Son image en prend un coup, celle du vélo aussi, et ça ne changera rien au problème. D’ailleurs, le 18 juillet prochain, une liste d’autres coureurs positifs à l’EPO en 1998 va sortir au grand jour. Je me demande à quoi ça sert de faire ça. Si mon nom y figure, je ne serai même pas étonné.

 

Quel regard portez-vous sur le cyclisme français ? Estimez-vous qu’il manque de résultats ?

Même s’il faut tirer un grand chapeau aux équipes françaises, qui font ce qu’elles peuvent financièrement, je vois beaucoup de coureurs français qui n’arrivent pas à voir le jour. Mon fils fait du cyclisme en cadets, j’ai beaucoup d’espoir en lui. Mais dans ce pays, les cyclistes sont trop surveillés. Ce sport avance à deux vitesses. En 1991, j’ai connu également cette période où nous les Français, n’étions considérés que comme des mangeurs de fromage, incapables de bien grimper un col. Tant que les équipes étrangères ne sont pas logées à la même enseigne, nos coureurs auront du mal à exister. Il faudrait réguler tout cela. A mon avis, le problème vient de l’UCI (Union Cycliste Internationale, ndlr), qui agit trop selon ses intérêts.

 

Le Tour de France 2013, vous le suivez un peu ?

Oui bien sûr, mais je trouve que ça ressemble un peu à Dallas. L’équipe Sky sème la zizanie et sans elle, tout serait plus équitable. Leurs agissements récents* ressemblent davantage à un grand scénario plutôt qu’à autre chose. Cela rend l’événement lassant et joué d’avance, malheureusement. Il serait grand temps de réfléchir à d’autres idées. Que tout le monde avance dans le même sens et que chacun se foute la paix, ça irait beaucoup mieux.

 

Pouvez-vous nous parler de votre reconversion d’agriculteur ?

Dans la pure tradition familiale, j’ai retrouvé la ferme du Lot. Depuis 2008, j’élève un troupeau de vaches limousines. Je possède également quelques hectares de céréales, et j’exerce d’autres travaux agricoles, comme les moissons par exemple. Enfin, je m’occupe d’une entreprise de négoce de paille, un monde bien différent de celui que j’ai pu côtoyer par le passé. Le vélo m’a apporté le confort financier, c’était mon métier à part entière. A présent, je ressens comme un manque. D’ailleurs, si Vittel me sollicite de nouveau les années qui arrivent, je foncerai sans hésiter.

 par Mehdi Djebbari

* Laurent reproche à l’équipe anglo-saxonne d’établir une stratégie totalement contrôlée à l’image de ce que faisait l’US Postal sous l’ère Lance Armstrong.



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