Guy Lacombe : «Nous avons failli ne jamais aller à Los Angeles !»

 

Après Christophe Kempé la semaine passée, c’est au tour de l’Aveyronnais Guy Lacombe de nous parler de son aventure olympique, auréolée de la médaille d’or. En 1984, l’ancien joueur et entraîneur du TFC faisait partie de la fantastique aventure de Los Angeles, lieu où la sélection douée d’Henri Michel, avait triomphée sans la moindre contestation. Flashback.

Cela fait certes vingt-huit ans que l’aventure exceptionnelle s’est déroulée, toutefois Guy Lacombe n’a rien oublié de l’épopée des Bleus aux Jeux Olympiques de 1984. A l’époque, la France de Michel Platini s’était enfin décomplexée en remportant dans un premier temps, l’Euro 84 sur son propre sol. Dans la continuité de ce premier titre officiel chez les professionnels, Henri Michel va se charger de créer une équipe olympique. Savait-il qu’elle serait capable de ramener l’or quelque temps après ? Quoiqu’il arrive, Lacombe, milieu droit du TFC à ce moment, a eu la chance de figurer dans cette liste de privilégiés, aux côtés de François Brisson, de Daniel Xuereb et consorts*. «Avec Toulouse, nous avions réalisé un très bon parcours en championnat. On avait marqué les esprits en faisant une superbe série. Dans l’équipe, il y avait Jean-François Domergue, Jean-Marc Ferratge et Philippe Bergeroo qui étaient tous des internationaux. Henri Michel nous connaissait bien et il savait comment m’utiliser avec l’équipe de France. Il était mon capitaine lorsque j’ai débuté en première division avec Nantes. Un meneur d’hommes hors pair», précisait-il, lui qui fut aussi entraîneur de 1990 à 2011.

Qualification acquise en Allemagne

Même si ce fut l’équipe B qui fut envoyée aux États-Unis, la France ne s’est pas retrouvée aux JO par hasard. Avant de traverser l’océan, il a fallu obtenir sa qualification aux dépens de l’Allemagne, en match aller-retour. Match nul au Parc des Princes (1-1), c’est à Bochum que tout s’est joué : «Je me rappelle encore de ce match piège. J’en parlais régulièrement avec le regretté Thierry Gilardi, qui était à l’époque journaliste pour RTL et qui était le seul à couvrir l’événement pour un média français. En tout cas, on s’était imposé sur le plus petit des scores grâce à un but inscrit à un quart d’heure de la fin. Un vrai miracle !» Guy Lacombe, unique buteur ce jour-là, revoit encore le moindre détail. Direction Los Angeles pour tout le monde, enfin presque. Dans un souci de médiatiser le soccer auprès de sa population, les USA avait décidé d’organiser les matchs de poule dans d’autres villes. Ainsi, la France va se retrouver dans le Maryland, dans le Massachusetts, à quelques fuseaux horaires de la Californie : «C’est rigolo car on aurait très bien pu être éliminé en première phase et ne jamais avoir vu Los Angeles, alors que nous disputions des Jeux organisés dans cette ville. Sans être brillant (nul contre le Qatar et le Chili, succès face à la Norvège), on est finalement passé en quarts, c’est là que tout a vraiment débuté pour nous. La découverte du village olympique, les rencontres multiples avec de grands champions, l’émulation générée par cet événement. Tout le monde n’avait d’yeux que pour Carl Lewis. On avait eu le droit d’assister à la finale du 100m. Grandiose !»

Les Yougoslaves n’ont rien lâché

  A partir des quarts de finale, changement d’ambiance au programme. La pression se faisant ressentir, la bande à Lacombe se cloîtrait dans le campus qu’on lui mit à disposition. En tant qu’ancien, Guy se devait de canaliser les ardeurs diverses des autres. Parmi ceux-là, l’attaquant du RC Lens : Daniel Xuereb se préparait à se révéler aux yeux de tous. Meilleur buteur du tournoi olympique, il scorait deux fois face à l’Égypte (2-0), enfonçait le clou contre de rugueux Yougoslaves (4-2 en prolongations) et parachevait le succès final, avec en face un Brésil de Dunga impuissant (2-0). Sérieux, appliqués, les Français remportaient l’or et entraient dans l’histoire : «Le match le plus marquant restera celui contre les Yougoslaves au Rose Bowl de Pasadena, en demies. Rapidement, nous prenons le jeu à notre compte et marquons deux fois. Puis au fil du temps, ils se rebiffent et reviennent dans la rencontre. Malgré deux expulsions, ils nous poussent à disputer la prolongation. Ils ne cessaient de contester, d’essayer de nous déstabiliser. Il y avait des joueurs sacrément doués, ce n’était pas l’équipe B contrairement à nous, où il y avait seulement A. Rust qui était présent à l’Euro, en second ou troisième gardien. On ne s’est pas désunis pour autant, j’ai marqué le troisième but, Xuéreb le quatrième. En finale, après quinze minutes de souffrance, on a déroulé face aux Brésiliens».

Une médaille d’or et un titre de champion de France

Lors de son retour à Toulouse, Guy Lacombe reçut un accueil tout ce qu’il y a de plus normal. Il se rappelle bien entendu de ces gens, qui s’étaient levés très tôt pour encourager l’équipe de France olympique et qui l’avaient félicité. Une année 1984 mémorable, où notre Nation réalisa un triplé historique : Euro, J.O, Tournoi de Toulon (espoirs). Dans son malingre palmarès de joueur, l’Aveyronnais aura finalement été récompensé pour tous les services rendus au football. Lacombe, un enfant destiné au rugby à XIII et qui finalement se sera pris en mains : «Remporter une médaille dans le sport que j’ai toujours aimé, pour lequel j’ai tout sacrifié, ça restera gravé à jamais. A 20 ans, je jouais encore à Villefranche-de-Rouergue à un niveau plus que modeste. Puis il y a eu Albi, mes essais fructueux au FC Nantes et ce titre de champion de France de 1ère division en 1977. Après Tours, puis le TFC pendant deux saisons où nous avions fait de belles choses…», détaillait-il avec précision. Lui qui s’est retiré du monde du football depuis janvier 2011, après avoir tenté plusieurs expériences d’entraîneur (1 Coupe de France avec le PSG, 1 Coupe de la Ligue avec Sochaux), prend désormais le temps d’apprécier la vie. Longtemps absent auprès des siens, il a choisi la Bretagne comme point de chute. Et quand on lui évoque un éventuel retour aux affaires, il répond : «On ne sait jamais ! Dans le football, rien n’est jamais figé». Affaire à suivre…

Mehdi Djebbari 

* La sélection française championne olympique:
 William Ayache, Michel Bensoussan, Michel Bibard, Dominique Bijotat, François Brisson,
Patrick Cubaynes, Patrice Garande, Philippe Jeannol, Guy Lacombe, Jean-Claude Lemoult,
Jean-Philippe Rohr, Albert Rust, Didier Sénac, Jean-Christophe Thouvenel, José Touré,
Daniel Xuereb, Jean-Louis Zanon, Entraîneur : Henri Michel


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