France – Irlande Le rugby est-il vraiment professionnel ?


Samedi dernier avait lieu… pardon… aurait dû avoir lieu la rencontre France – Irlande pour le compte de la deuxième journée du Tournoi des VI Nations. Non seulement l’annulation de celle-ci a fait grand bruit mais se sont surtout les conditions du report qui, à juste titre, font le plus de remous. Retour sur une soirée… inexistante !

Il faut se donner les moyens de ses ambitions ! C’est ce que l’on pourra retenir de cette soirée qui restera longtemps dans les mémoires de tous les afficionados de rugby qui ont fait le déplacement à Paris, le week-end dernier. Depuis des années, les instances du rugby français soulèvent des montagnes pour permettre à ce sport d’intégrer les plus hautes strates du sport, au même rang que le football. Mais aux vues de la gestion et des décisions prises samedi, c’est loin d’être gagné !
Près de 80 000 personnes s’étaient donc donné rendez-vous pour cette grande fête du rugby. Des Français et des Irlandais bien sûr, mais aussi des Argentins venus admirer le XV finaliste face aux All-Blacks lors de la Coupe du Monde. Des gens qui ont fait des kilomètres et des kilomètres en voiture, en train, en avion ou même en bus, qui ont bravé le froid… parce que oui, il faisait froid pour tout le monde mais les supporters avaient prévus, eux. France Télévision, en la personne de Daniel Bilallian avait proposé d’avancer le match à 15 heures pour offrir les meilleures conditions possible, mais le Comité des VI Nations, trop optimistes, a souhaité maintenir la rencontre à 21h. Ce n’est pas comme si MétéoFrance n’avait pas prévu ce temps polaire…

Vu de l’intérieur

De nombreux supporters se sont tenus au courant, via internet et la presse, quant à une possible avancée du match dans l’après-midi jusqu’à ce que la décision de maintenir la rencontre à 21h tombe. Enfilant couche sur couche, pull sur pull, sortant les combinaisons de ski pour certains, les détenteurs du billet France-Irlande se sont rendus au Stade de France enchantés de pouvoir assister à une rencontre internationale. Pour beaucoup, il s’agissait de leur premier match de cette intensité et pour d’autres, la première fois qu’ils passaient les portes du SdF. Et certains détails auraient dû mettre la puce à l’oreille mais dans l’excitation de l’évènement, personne n’a prêté attention au fait, par exemple que les billets n’ont pas été déchirés à l’entrée comme c’est la règle afin de prouver que vous êtes passés par les entrées officielles. Une fois dans l’antre du stade, les supporters venus de toute la France et d’outre-Manche se sont mêlés, les Irlandais lançant des Marseillaises, et les Français scandant « Ireland, Ireland ». Une bonne ambiance… bien vite annihilée.
Sur la pelouse, le XV du poireaux s’échauffe, redoublant les passes et les coups de pied, les écrans géant diffusent les publicités comme d’habitude, puis les l’annonce des compositions d’équipe est annoncée par le speaker et les applaudissements redoublent d’intensité. La fanfare entre sur le terrain pour lancer les hymnes… mais les joueurs de rentrent pas. On attend, on attend… mais ce qui arrive n’est pas ce qui était espéré. Les premiers sms font sonner les téléphones portables, les premiers « désolé… match annulé… ils l’ont dit à la télévision… ». Les télespectateurs étaient donc au courant, toutes les instances du rugby l’étaient aussi, excepté les 80 000 pauvres pèlerins venus braver le froid… pour rien. A l’annonce de la responsable de communication du Comité des VI Nations, tout le monde prend conscience que, non, ce n’est pas une blague… il n’y aura pas de match. Certains pleurent, d’autres hurlent, certains même en restent sans voix. En tous les cas si les membres du Comité des VI Nations n’ont pas osé sortir pour annoncer la décision tant redoutée, peut-être à cause du froid, les voilà habillés pour l’hiver aux vues des noms d’oiseaux dont ils ont été qualifiés. Comment est-ce possible ? Comment peut-on laisser 80 000 personnes entrer dans un stade pour leur annoncer qu’ils sont venus pour rien ? Comment ne pouvait-on pas prévoir qu’il ferait si froid ? Comment un stade comme le Stade de France n’a pas les moyens de pallier à ce genre de situation ? Comment peut-on prendre ainsi des gens pour des imbéciles ?

La faute à qui ?

Les raisons d’une telle débâcle ne sont pas à chercher du côté de France Télévision qui, avait proposé un autre horaire pour la tenue du match. Pas non plus du côté de l’arbitre qui a pris une décision de dernière minute dans l’intérêt des joueurs qui eux-mêmes soulignaient que certains endroits de la pelouse restaient impraticables. Encore moins des joueurs qui sont sortis du tunnel pour faire un tour d’honneur, prenant même en pleine figure des sifflets et des insultes qui ne leur étaient pas destinés. Reste le fameux Comité des VI Nations et la Fédération. Pourtant chacun se renvoie la balle… ironie du sort… Pour le Comité, seule la Fédération hôte peut remettre ou annuler un match, comprendre la FFR, qui, il est vrai a annulé toutes les rencontres de Fédérales pensant peut-être que, quand même au SdF, on avait les moyens techniques que n’ont pas les petits clubs. Quant à la Fédération, elle explique, par l’intervention de Pierre Camou, son président, que « nous ne sommes qu’acteur et pas décisionnaires ». Mais, aussi triste à dire que cela puisse être, il faudra un coupable. Il en faudra un pour tous les provinciaux comme Benoît, venus exprès de Toulouse en voiture : « j’ai fait 7 heures de voitures pour venir voir ce match et faire la fête avec les autres supporters. Heureusement, j’ai des amis sur Paris qui m’ont hébergé mais d’autres ont dû payer l’hôtel, personnellement j’ai des frais de bouches que personne ne me remboursera. Au final, je n’ai pas vu de match et je n’ai pas fait la fête… pour la peine j’ai quand même été boire une Guinness dans un bar irlandais » (Rire).

Séverine Sarrat



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