Carlos Zalduendo ; Les ambitions du TO

Le Toulouse Olympique XIII a échoué cette année aux portes des play off du Championship. Mais le club croit en l’avenir et prépare déjà 2011 qui marquera sa troisième saison outre-Manche, sa participation à la Northern Rail Cup et surtout le verdict quant à son admission en Super League. Le point avec le président emblématique du TO, Carlos Zalduendo.

 
Carlos, quel bilan sportif tirez-vous de votre deuxième saison en Championship ?
Nous avons été qualifiables jusqu’à deux journées de la fin. Mais nous avons eu beaucoup de malchance cette année avec jusqu’à 11 blessés pour certains matchs. Des blessures lourdes dues à des traumatismes. Nous avons joué toute la saison sans véritable demi d’ouverture suite à la nouvelle blessure de Constant Villegas. Par ailleurs, notre travail de formation a très bien fonctionné avec des jeunes qui ont passé un cap, notamment grâce à notre entente avec Saint-Gaudens qui a pu les faire jouer et grandir. Nous y avons cru jusqu’à la fin sans prendre non plus de risque sur le plan de la gestion. Dans le contexte économique actuel, nous avons tiré le meilleur de ce qui pouvait être fait.

Concernant le public, avez-vous maintenu le même nombre d’entrées que la saison précédente ?
Notre public reste réceptif et il y a une très bonne ambiance. Nous avions très bien commencé avec 4 500 spectateurs contre les Dragons Catalans en match de préparation. Mais par la suite nous avons connu des soucis : grève des aiguilleurs du ciel, nuage du volcan islandais, matchs décalés, France/Grande-Bretagne et les rencontres de Heineken Cup du Stade Toulousain en même temps que nous… Nous n’avons pas pu drainer le public souhaité. Ça a été également dur pour nous au niveau des déplacements car nous avons fait des voyages en bus très lourds. Il y a eu un concours de circonstances très particulier.

Et sur un plan financier ?
Les recettes n’ont pas baissé. Au contraire, elles ont augmenté mais peut-être pas autant qu’on l’aurait souhaité. On n’a pas pu passer le cap voulu. Mais en participant au championnat anglais, on se rend compte que les enjeux ne sont pas les mêmes. Financièrement, nous prenons une nouvelle envergure.

 

Les Anglais nous respectent

Vous êtes-vous imposé dans l’esprit des Anglais ? Avez-vous gagné leur respect ?
C’est très clair avec les Anglais. Nous avons été invités à la grande soirée de Championship où le sponsor principal a vanté les mérites du TO et de la ville de Toulouse. Les Anglais tirent un bilan très positif de notre présence. Le niveau a augmenté sportivement cette année avec la mise en place de licences “dual” pour les joueurs : en clair, un joueur de Super League peut être prêté le temps d’un match à une équipe de Championship. Mais cette mesure ne nous concerne pas donc, en nous maintenant dans le haut du tableau toute la saison, notre club a gagné en crédibilité. De plus, nous sommes invités à la Northern Rail Cup, ce qui montre le respect des Anglais à notre égard. On va donc pouvoir proposer 13 matchs à domicile cette saison.

Justement, comment s’annonce cette nouvelle année en Championship ?

Le pari sur les jeunes a bien fonctionné et nous les avons intégrés plus tôt que prévu à notre effectif suite aux blessures des titulaires. Du coup, on a proposé quatre contrats en équipe 1 pour la prochaine saison à Clément Bienes, Yohann Gigord, Andrei Olari et Kevin Larroyer. Nous avons perdu Martin Mitchell au talonnage, qui est reparti en Australie pour raisons familiales. Craig Cook des Sheffield Eagles, qui a terminé dans l’équipe-type de l’année, nous rejoint pour le remplacer. Du coup, nous allons pouvoir recruter un demi d’ouverture assez polyvalent, ce qui nous a manqué la saison dernière. Mais globalement, l’effectif reste le même.

Quels sont vos objectifs sportifs ?
Nous visons la qualification pour les play off du championnat, en espérant terminer dans les quatre premiers pour recevoir les prochains matchs. Concernant la Northern Rail Cup, nous espérons aller le plus loin possible, ce qui est jouable compte tenu du niveau sportif. Cette coupe va donner des rencontres de préparation qu’on n’avait pas, à part le traditionnel match contre les Dragons. Cette fois, nous allons commencer le Championship avec dans les jambes quatre rencontres compétitives. Ça va également remotiver les joueurs.

 

Le dossier Super League mal engagé

2011 va également marquer le verdict des Anglais concernant votre participation à la Super League 2012. Où en est le dossier et êtes-vous optimiste ?
Cela devient très compliqué pour nous car il n’y a pas eu de geste fort de la part de la mairie concernant la rénovation de notre stade, alors qu’il s’agit du critère incontournable de notre dossier de candidature. Cela remet en question notre engagement en Super League. La municipalité tente de capitaliser au maximum donc elle est hésitante. Ceci dit, le TO est le seul club toulousain de haut niveau qui ne dispose pas d’un outil de travail correct. Nous n’avons pas de loges ni de salle de réception. Les tribunes ne nous permettent pas d’accueillir le public voulu et elles ne sont pas vraiment esthétiques. On n’est pas dans les clous au niveau des vestiaires, pour les arbitres, et en matière de sécurité. Cette faiblesse ne nous permet pas de signer les partenariats souhaités avec certaines entreprises ou de monter des offres promotionnelles intéressantes. Le stade reste l’outil de développement de demain pour le club. De plus, nous ne recevons pas beaucoup de subventions, seulement 17 % de notre budget alors que nous sommes le troisième club de la ville. Pourtant, il faut qu’on génère du business. Aujourd’hui, l’association du club est bien structurée, l’école de rugby et la formation fonctionnent, la Table Ovale est bien organisée… Nous sommes arrivés au maximum de nos capacités et si on ne nous donne pas les outils pour nous développer, à moyen terme cela risque de se compliquer. Quand nous sommes allés nous installer à Blagnac, nous avons fait 1 500 spectateurs mais on n’y va plus car ce serait la solution de facilité pour la mairie. Il ne faut pas oublier que les Anglais nous invitent et nous offrent les droits télé. Ils ne vont pas le faire si nous ne remplissons pas tous les critères.

Pourtant, votre participation en Super League serait une belle opportunité pour Toulouse sur un plan touristique et financier…

Depuis notre entrée en Championship, ce sont entre 100 et 300 Anglais qui débarquent à chaque match et je peux vous dire qu’on leur a fait découvrir Toulouse ! 1 500 supporters sont susceptibles de se déplacer à chaque match si nous intégrons la Super League. Les Dragons Catalans ont fêté leur 100 000ème supporter ! Donc cette compétition génère du business à la fois pour le club et pour la ville. Les élus veulent soi-disant développer le tourisme sportif : le TO leur propose un projet clé en main avec des étrangers qui viennent d’eux-mêmes ! 1 500 Anglais qui débarquent pour 3 nuits et consomment, ça peut rapporter à Toulouse ! Une saison est estimée à 6 millions d’euros de bénéfices.

N’est-ce pas finalement le sort du rugby à XIII en France ?
Je ne veux pas rentrer dans cette discrimination car je ne peux pas me résoudre à penser cela. Même si c’est loin d’être faux… Il faut faire avancer les mentalités. Le fait de passer à la télévision actuellement, avec les matchs de l’équipe de France sur la TNT, est une vitrine pour notre sport. Aujourd’hui, nous sommes dans l’ère de la médiatisation et les sports qui marchent sont ceux qui ont des droits télé. La fédération française a sa propre politique de développement mais c’est dommage que le championnat d’Elite ne soit pas diffusé. En France il y a le football, le rugby à XV et les autres : c’est le fait du prince.

Propos recueillis
par Sophie Orus


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