Bahain dans la peau d’un explorateur


49 jours, 2 heures, 59 minutes, voici le temps qu’il aura fallu au rameur toulousain Julien Bahain, pour rallier le Maroc à la Martinique à bord d’un bi-place. A travers un challenge où l’homme doit sans cesse repousser ses limites, le spécialiste de l’aviron s’est transformé en coéquipier idéal pour Patrick Favre, son récidiviste partenaire et désormais, frère de galère.

 

Julien, vous l’habitué de l’aviron, comment avez-vous vécu cette aventure extraordinaire à la rame ?

 

Plutôt bien. Mais je suis surtout satisfait de ne pas l’avoir fait pour rien. Au bout, il y a ce record de France et la 8e performance de tous les temps. Avec Patrick, on a franchi la barre des moins de cinquante jours. Pour rentrer dans les détails, il a fallu se glisser dans la peau d’un explorateur, prêt à affronter le moindre caprice de l’océan. La mer c’est incertain, on a eu de tout ! Des creux de six mètres, du vent en rafale, des moments sans le moindre courant. Par chance, on a évité la catastrophe. En quarante-neuf jours, j’ai eu le temps de gamberger, mais nous nous sommes toujours serrés les coudes. C’était la quatrième tentative de mon coéquipier, son expérience me fut essentielle.

 

Quelles furent vos  premières sensations au moment où vous avez aperçu les côtes ?

 

Un grand sentiment de soulagement en premier lieu. L’aventure ne laisse pas le corps indifférent. J’ai dû perdre une dizaine de kilos et mes muscles jambiers sont devenus tout mous. En revenant de Martinique jusqu’en métropole, je me disais : « En avion c’est si rapide, et nous, on l’a fait à la rame ! » En se relayant douze heures par jour, en dormant par cycle de cinq heures et demie, on a trouvé un rythme de croisière. Maintenant, je vais prendre un peu de recul par rapport à l’exploit. J’ai besoin de me reposer, de reprendre un peu de poids.

 

Si vous deviez retenir des moments forts dans cette traversée ?

 

Outre les conditions météorologiques qui peuvent parfois prendre des tournures extrêmes, je retiens aussi ces beaux couchers de soleil, où vous êtes tout seul au monde. Je n’oublie pas également les périodes où le soleil est au beau fixe, où le vent vous facilite la prise de vitesse, où vous avez envie d’une glace ou d’un bon verre d’eau fraîche, alors que celle que nous buvions, avait goût à sel (…) Il faut savoir que la nourriture lyophilisée a ses limites. Même s’il y a des trucs très bons, on n’a pas touché un légume frais pendant tout ce temps. Nos seules douceurs : une boîte de sardines et une canette de soda le dimanche. Plusieurs fois, je me suis demandé ce que je faisais là, à subir les  atroces escarres aux fesses et à souffrir physiquement par moment. Je ne sais pas si je rééditerai ce genre de transatlantique. En tout cas, ça m’a remis en harmonie avec moi-même.

 

Est-ce l’échec à Londres, en compagnie de votre compère Cédric Berrest, qui vous a déterminé à passer à autre chose ?

 

Pas directement, même si cette traversée n’a rien d’un hasard. Patrick, que je connaissais d’une association, m’avait sollicité avant les Jeux Olympiques. A l’époque, j’étais concentré sur l’événement et malheureusement, avec Cédric nous n’avons pas eu les résultats escomptés. Le 11 septembre 2012, je suis revenu sur ma décision. Tout est allé si vite d’un point de vue logistique. Nous sommes arrivés à Tartane en Martinique le 26 février. Entre temps, nous sommes parvenus à mettre en place la transatlantique en place, à trouver les fonds nécessaires à la réalisation, sans oublier la période de rame qui a duré presque deux mois. Maintenant que je suis satisfait de ma performance, je vais aborder l’aviron d’une autre manière. Dans un premier temps, je vais me recentrer sur mon club, participer à des compétitions plus modestes. Revenir plus humblement en rendant une copie encore plus propre.

 

Mais avant cela, place au repos et à une vie plus normale ?

 

Oui même si j’avoue que le vieux loup de mer qu’est Patrick, va me manquer. Il a été mon miroir, mon confident expérimenté. Sa vision des choses m’a permis de progresser en tant qu’homme (…) Toutefois, je vais prendre plaisir à revoir tous mes amis. J’ai envie de partir au ski avec Cédric (Berrest), de me changer les idées. Je vais devoir faire attention à ne pas trop en faire, car je suis très éprouvé encore. A bord de notre coque de noix, j’ai écrit tous les jours le récit de notre odyssée. Il y a aussi plein de questionnements personnels, de remises en question. Une fois à la maison, je vais faire la synthèse de tout ça, de toutes les vidéos et photos que nous avons immortalisées au large. Ce ne sont pas les souvenirs qui vont me faire défaut en tout cas.

par Mehdi Djebbari



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