Avec Fernandez, les «Fenix» renaissent de leurs cendres

Jérôme Fernandez

Arrivé il y a dix mois avec la ferme intention de relancer son club de cœur, Jérôme Fernandez apporte chaque jour son expérience du plus haut niveau. Les Fenix jouent désormais la première partie du classement et son apport n’y est pas anodin. Rencontre avec le capitaine de l’équipe de France de handball, un trentenaire au palmarès hors norme, qui tente de mener les siens vers le haut de l’affiche. 

 

Jérôme, on vous sent heureux d’être revenu à Toulouse. Le challenge est-il à la hauteur de ce que vous attendiez ?

Je suis super content car on a des structures de grande qualité et un staff dirigeant ambitieux. Notre salle est fantastique et le public nous est fidèle. D’ailleurs nous avons la quatrième meilleure affluence de France, c’est une excellente chose. Après sportivement, c’est vrai que cette année ressemble plus à une année de transition. Avec nos forces, nous avons pu accrocher quelques équipes, et notre classement actuel (6e), reflète de la bonne forme du moment après une période de février-mars très compliquée pour le mental de chacun. Jamais dans ma carrière, je n’avais connu autant de défaites d’affilée. Mais on s’est accroché, les anciens ont fait parler l’expérience auprès des jeunes et tout le monde a adhéré aux propos de Joël Da Silva notre coach. Là, il nous reste trois matchs, l’objectif qui était de terminer 6e, semble possible à atteindre. A l’heure actuelle, on est satisfait de la situation. Mais bon, faire un bilan dix mois seulement après mon arrivée, c’est compliqué. Notre projet ne donnera ses fruits que d’ici trois-quatre ans.

 

Avez-vous retrouvé le cadre de vie toulousain que vous aviez quitté en 1999, l’année de votre départ pour le grand Montpellier ?

Oui, ma famille s’est bien installée, personne ne connaissait Toulouse mais ils s’y sont acclimatés sans le moindre souci. On est à Toulouse, je peux travailler de manière sereine, sans me tracasser envers mon épouse et mes enfants qui sont très bien ici. Cela me permet de me concentrer uniquement sur le terrain, de pouvoir me lâcher aussi avec mon équipe en vue des dernières années qu’il me reste à jouer.

 

«Nous ne voulons pas nous brûler les ailes»

 

Doit-on comprendre que vous allez énormément vous investir dans le projet de croissance du club ?

En réalité, nous nous projetons déjà vers la saison prochaine. Nous avons quasiment bouclé notre recrutement avec l’arrivée d’un arrière en provenance de Nantes : le puissant Rock Feliho qui viendra stabiliser notre défense, éventuellement me relayer en arrière gauche, ainsi que du pivot qu’on souhaitait engager et qui nous aurait dit «oui» apparemment. Cela nous permettra de posséder les armes pour rattraper des équipes comme Nantes et St-Raphaël qui sont un cran en-dessous de Montpellier, Chambéry et Dunkerque, les très grosses écuries du handball français.

Nous ne voulons surtout pas nous brûler les ailes, y aller doucement et sûrement. Il y a tant d’exemples de clubs qui ont coulé malgré des recrutements extraordinaires. Les paramètres peuvent parfois se situer ailleurs que dans le jeu. En ce qui me concerne, je joue et je prends du plaisir. Le plus possible, je communique avec ceux qui en ressentent le besoin.

 

Pensez-vous qu’avec des joueurs de votre calibre, sans oublier l’international Daouda Karaboué, les Fenix bénéficient de davantage de respect désormais ?

Au niveau des médias, oui, on sent que le projet toulousain attire la curiosité puisque Canal + a diffusé sept ou huit de nos matchs. Les gens aussi commencent à croire en nos chances, surtout depuis qu’ils voient que cela prend forme petit à petit sur le terrain. Mais c’est à double tranchant car parfois cela joue en notre défaveur. Je veux évidemment parler de la Ligue et de l’arbitrage qui nous favorisent rarement. Ils nous mettent quelques bâtons dans les roues, sans doute pour éviter qu’on se brûle les ailes et que ce soit trop facile tout de suite. Cela nous servira plus tard, mais aujourd’hui, si tu ne fais pas partie du Top4, tu n’as pas de quoi être surpris. Sur certains matchs, être en haut peut entraîner un peu plus de clémence.

 

«Le banc ? Pourquoi pas…»

 

 

Dans quels domaines, les Fenix peuvent-ils encore progresser ?

Sur la qualité des membres de l’effectif dans certains postes. Nous n’avons pas le budget pour doubler chaque élément, donc forcément il y aura pas mal de jeunes qui intègreront le groupe la saison prochaine. L’objectif prioritaire, c’était d’intégrer un bon pivot et un pilier en défense (Feliho). Ce matin (lundi), le joueur que nous ciblions, aurait donné son accord, mais ce n’est pas à moi de vous en dire plus. Je laisse le soin au président de l’annoncer quand viendra le moment.

 

Justement, le président Patrick Salles semble être en totale harmonie avec vous. Peut-on imaginer un Jérôme Fernandez au sein du bureau, voire du staff toulousain à l’avenir ?

Mon contrat court jusqu’en 2015. Après si je peux rester joueur une ou deux saisons de plus, je ne m’en priverai pas. A 35 ans, je suis obligé de modérer mes ardeurs à ce niveau-là. Tant que je peux apporter à l’équipe sur le terrain ! Après j’essaierai de rendre service dans d’autres circonstances. Le banc pourquoi pas, mais ça peut être aussi en tant directeur sportif de manière à rester disponible envers le staff déjà en place. Nous verrons bien quand il sera question d’aborder ce sujet, selon nos besoins du moment.

 

Sitôt la saison terminée avec Toulouse, il faudra se profiler vers Londres, où vous serez capitaine et fer de lance de l’équipe de France de handball aux Jeux Olympiques…

Je fais partie d’une génération qui a plus connu l’échec que le triomphe. Dernièrement, nous avons remporté beaucoup de titres mais comme vous l’avez vu, on s’est planté à l’Euro en janvier dernier. Le passé de certains, qui parfois ont quinze ans d’expérience, nous a permis de relativiser sur cet épisode et cet été, je peux vous dire que certains vont arriver avec les dents sur le parquet. Le 18 juin, on sera 17 ou 18 à pouvoir prétendre à partir à Londres. Quelques jours plus tard après la préparation, il ne restera plus que quatorze gars qui auront résisté à la concurrence. Ils iront là-bas avec une médaille en ligne de mire, et rien d’autre.

 

Mehdi Djebbari



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