Yvon Parayre «Avoir une vue sur l’avenir»

Face au changement climatique et au déficit pluviométrique, les agriculteurs s’organisent. Pour le secteur, des solutions existent mais «encore faut-il s’en donner les moyens» comme l’explique Yvon Parayre, Président de la Chambre d’Agriculture de la Haute-Garonne.

Yvon Parayre, le changement climatique est-il une réalité en Haute-Garonne ?

Oui et la grosse problématique ici, ce sont les températures qui ont tendance à augmenter. Mais il se crée surtout un climat qui s’il persistait, pourrait aboutir à la désertification de la région. Ce manque d’eau devient récurrent à certaines périodes critiques, notamment estivales et là, il resurgit de manière cruciale parce que les médias mettent bien souvent les agriculteurs sur le banc des accusés. Or ce ne sont les seuls utilisateurs de l’eau. Les grandes métropoles dont Toulouse et Bordeaux en consomment énormément sans compter les milliers de nouveaux habitants qui arrivent sur Toulouse chaque année. Sur dix ans, une utilisation moyenne de 150 litres d’eau représente cent millions de mètres cube. C’est important.

Quelle a été la situation dans notre région ces mois derniers ?

Depuis le mois d’avril il pleut. Malheureusement, l’eau est tombée sur un cercle qui part de Montréjeau jusqu’à la moitié du Gers, qui revient sur Montauban pour partir sur le Tarn vers Albi. Mais sur la Haute-Garonne, il tombe juste de l’eau pour alimenter les cultures en place. Le problème est que l’on ne reconstitue pas les réserves dans les lacs existants ou les retenues collectives de la Haute-Garonne ni dans la nappe phréatique qui se reconstitue par les pluies hivernales. L’hiver dernier, elle était déjà en niveau d’alerte, donc s’il ne pleut pas de façon abondante d’ici fin mai et en juin, on aura certainement des problèmes. La situation est critique.

«Le pétrole du sud-ouest»

Comment vous, professionnels de l’agriculture faites face ?

Nous avons fait de gros efforts pour réduire nos besoins en diminuant pratiquement par deux les surfaces irriguées depuis une vingtaine d’années. De même en ce qui concerne les quantités d’eau apportées à l’hectare cultivé. Tout cela est permis par une meilleure efficience de l’utilisation de l’eau. Des progrès ont été faits, nous apprenons à mieux connaître les plantes et avons des outillages qui nous permettent de mesurer l’évapotranspiration de nos plantes. Nous leur apportons juste ce qu’il faut au moment où elles en ont besoin.

Que préconisez-vous pour retenir l’eau ?

Il serait beaucoup plus intelligent de retenir l’eau quand elle tombe en hiver pour la stocker et la remettre à disposition des grandes villes, du monde agricole et du secteur industriel. A l’heure actuelle, rien qu’1% de l’eau de pluie est retenu. Tout le restant qui tombe sur les Pyrénées repart dans la Garonne jusqu’à Bordeaux.

De quelle manière ?

En créant des barrages ou des retenues dans le Piémont pyrénéen. Ce serait l’idéal. Face à cette problématique, les Espagnols ne se sont pas posés de questions : ils ont installé de petits canaux qui alimentent la plupart des régions les plus sèches de leur pays.

Les pouvoirs publics sont au courant ?

Bien sûr. Le déficit en mètre cube sur l’axe Garonne Adour qui part des Pyrénées jusqu’à Bordeaux est de 250 millions de mètres cube. C’est énorme. Et dans le cadre de la dernière loi cadre sur l’eau, il est prévu grand maximum la création de retenues de 30 millions de mètres cube. Ce n’est pas suffisant. On se doit d’avoir une vue sur l’avenir car l’eau est l’enjeu de demain. Il est de notre mission de prévoir comment mieux l’utiliser, faire comprendre que c’est «le pétrole du sud-ouest» pour paraphraser Jean-Louis Chauzy (président du CESER de Midi-Pyrénées, ndlr). Les civilisations précédentes, les Egyptiens, les Grecs, ont fait des choses remarquables. C’est incroyable qu’à notre époque, on n’y arrive pas, bien souvent à cause de pressions environnementalistes.

«Les trois quarts du pays ne se sentent pas concernés»

Quel coût pour ces retenues ?

Cela se compte en millions d’euros. Il y a des fonds prévus au niveau de l’Agence de l’eau, interministériels et la profession aussi mettrait la main à la patte. Mais il aurait fallu le faire il y a 10 ou 15 ans quand la situation économique de notre pays était bonne. Maintenant les budgets sont en restriction partout et dans le cadre de la négociation sur la future loi cadre sur l’eau, on a bien vu que les trois quarts du pays ne se sentent pas concernés.

Comment les agriculteurs s’organisent-ils ?

Souvent par le choix des cultures, comme le sorgo, et l’abandon de certaines autres un peu trop gourmandes. Mais prenez la culture du maïs, elle reste ici très prépondérante car tout ce qui gravite autour du foie gras est très prisé des consommateurs. A ce propos, il est dommage que l’on ne puisse pas utiliser les OGM. On pourrait réduire encore plus de façon drastique les besoins.

Vous êtes pour les OGM ?

Je fais confiance à la recherche et suis partisan du progrès qui apporte du confort à nos concitoyens. Je ne voudrais pas que l’on soit le pays qui fait de la résistance et qui voit ses agriculteurs disparaître en raison de la perte de leur compétitivité, face à d’autres qui utilisent ces techniques et risquent de nous couler.

Ce changement climatique met-il en péril le secteur ?

Oui, il y a des zones où rien ne peut être fait sans irrigation, dans la vallée de la Garonne par exemple. Pensons aussi aux maraîchers qui utilisent l’eau pour leurs légumes. Ils seraient les premiers touchés et par voie de conséquence, notre alimentation. Déjà que nous avons du mal à alimenter avec nos produits locaux la plateforme toulousaine, nous serions dépendants de produits venant de l’extérieur. Et là niveau traçabilité, c’est une autre histoire.

Cela vous inquiète ?

Oui. Surtout si on ne prend pas les mesures adéquates. Mais encore faut-il s’en donner les moyens.

Propos recueillis par Claire Manaud



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