Yves Lignon : «Ce qui m’intéresse, c’est l’individu !»

Ce petit bonhomme barbu au sourire farceur cache bien son jeu. Mathématicien de formation et spécialisé dans les statistiques, c’est à des calculs bien particuliers qu’il se prête depuis plus de quarante ans. Rencontre avec notre Sherlock Holmes local.

Yves Lignon, comment la parapsychologie a-t-elle fait irruption dans votre vie ?

A l’époque je croyais que la voyance et les prophéties n’étaient que du matériel pour scénaristes. Pour moi cela tenait de la création artistique. Mais j’ai découvert en 1970 en Grande Bretagne que ces phénomènes « dit paranormaux » posaient un véritable problème scientifique et que des recherches existaient. En rentrant en France j’ai voulu les importer.

A quels thèmes, vous êtes-vous intéressés en particulier ? 

J’ai commencé par refaire les expériences américaines sur la voyance, qui consistent à proposer de la divination de symbole géométrique via des cartes. Un calcul statistique permet ensuite de savoir si le nombre de succès s’explique par le hasard. J’en ai fait plus de 10 000, tous sur papier, stockés à la cave, dans l’attente de jours meilleurs… L’éternel problème, c’est que très peu de voyants ont accepté de se prêter au jeu. Ensuite je me suis intéressé aux guérisseurs, mais ce sont eux qui sont venus me chercher car ils avaient envie de comprendre leur don. J’ai fait des tests de détection : celui dit de la «momification». On coupe un agrume ou un morceau de viande en deux, puis le guérisseur agit sur une moitié et on laisse les deux morceaux dans les mêmes conditions. En général, la moitié du guérisseur se dessèche alors que l’autre pourrit. Il existe une variante avec de l’eau magnétisée qui arrose un lot de graines, sensé se développer plus vite qu’un autre. J’ai d’ailleurs fait ce test en condition de laboratoire avec le docteur Léon Schwartzenberg. Ça a marché de manière évidente et il a toujours refusé de se reconnaître. Il s’est retiré de l’expérience.

Avez-vous perdu en crédibilité à cause de vos recherches ?

On m’a toujours dit que j’avais fait une carrière classique mais pas brillante. On m’a fait comprendre que si je ne m’intéressais pas à ça,  tout serait plus simple y compris sur la grille des salaires… Cela ne m’a pas vraiment décrédibilisé mais pour la plupart, je produisais du vent.

Vous avez été publié ?

Certaines de mes études l’ont été notamment dans une revue américaine de parapsychologie et dans une revue de mathématiques française mais sans parler de parapsychologie. Cela a été la condition de la rédaction.

La parapsychologie a-t-elle vraiment une place dans la recherche scientifique ?

A l’étranger oui depuis 1850 ! Ça a commencé avec le spiritisme qui a interpellé la communauté scientifique et les premières institutions sont nées en 1880. Les précurseurs sont les Britanniques, qui ont fondé un premier groupe en 1881. Des laboratoires universitaires ont ensuite vu le jour en 1927 aux Etats-Unis. Résultat : aujourd’hui en Grande-Bretagne, on peut faire une thèse en parapsychologie dans une bonne dizaine d’universités alors qu’en France, si trois lignes apparaissent disant qu’une partie de la communauté scientifique considère que la réalité des phénomènes est établie, il faut réimprimer sa thèse ! Ici les recherches se heurtent à un blocage idéologique. Mais tous les courriers que j’ai reçus pendant 35 ans et toutes mes activités, me donnent à penser que cette idéologie si importante soit-elle, n’est pas majoritaire.

Vous avez créé le laboratoire de parapsychologie, à Toulouse…

En 1974, j’ai voulu former un groupe de recherche. L’idée étant de rester sous le statut de la libre association afin que chacun puisse venir étudier avec nous, poursuivre ou se retirer à tout moment. Nous avons enquêté sur le terrain, mené plusieurs enquêtes. Au cours des 20-25 dernières années, nous avons ouvert une centaine d’enquêtes sur les maisons hantées. C’était parfois résolu en un coup de téléphone ! Et nous avons été rapidement victime de notre succès, recevant plus de 600 courriers chaque année, de personnes pensant s’être faites avoir par des charlatans ou ayant vu quelque chose d’étrange… Mon objectif de départ était de créer une véritable institution en France au sein de l’université. Aujourd’hui le laboratoire reste une référence à laquelle les gens écrivent mais la recherche véritablement active se fait à l’Institut métapsychique international, à Paris, remis en activité depuis les années 90. Des esprits jeunes et qualifiés ont tenté l’aventure de le réveiller et de le faire fonctionner. Il est heureux aujourd’hui que je puisse passer le relai.

Votre espoir aujourd’hui ?

Je n’attends qu’une chose : que les recherches avancent, que l’on s’y intéresse. Cela va faire comme le mur de Berlin et craquer d’un seul coup. Quand les plus réfractaires seront tombés du cocotier, les gens auront le courage de dire que c’est un problème, qu’il vaut la peine d’être étudié.

Des anecdotes sur Toulouse en particulier ?

Il y a eu l’affaire des chirurgiens à mains nus en 1977, qui a marqué les esprits. Mais la maison hantée des allées Paul Feuga n’est qu’une légende urbaine. D’ailleurs, à partir du moment où elle a été rénovée, la rumeur s’est diluée. Par contre, en 1929, il y a eu dans le quartier d’Empalot, ce que je considère comme un cas authentique de maison hantée. Notre typologie me fait croire que les descriptions données dans les compte-rendu de presse de l’époque évoquent un cas authentiquement paranormal : déplacement d’objets, coups dans les murs, etc. Mais malheureusement le quartier a été détruit.

Vous avez récemment enquêté sur le Bugarach ?* 

Bien entendu la prédiction datée ne tient pas la route. Ceux qui ont parlé du 21 décembre sur le calendrier Maya, ne savent pas qu’ils n’avaient pas le même système de numération que nous. C’est un quiproquo mêlé à un joli concours de circonstances, car le Bugarach est un terrain favorable depuis longtemps ! Ethnologiquement c’est très riche : du point de vue historico-sociologique il y a des histoires de trésors, de fées, des contes mystérieux. C’est monté en puissance avec des charlatans du new age qui y ont organisé des stages. Et surtout, il faut le dire, le comportement du maire, a joué. Il a clairement jeté de l’huile sur le feu. J’ai creusé et démenti toutes les rumeurs liées au Bugarach une à une, et je peux dire aujourd’hui que le site n’a rien de paranormal ! La seule chose qui est à craindre c’est qu’un groupe fasse le coup du Temple solaire le 21 décembre.

Un nouvel ouvrage est-il en préparation ?

Je me penche sur la réactualisation du manuel Les phénomènes paranormaux, chez Milan à destination des adolescents. Et je prépare un livre intitulé La vie et après ? pour 2013. A partir du phénomène des NDE, je pose la question de l’existence d’une conscience non locale. Cet ouvrage va finalement poser la question de ce qu’est l’être humain : sommes-nous une simple mécanique biologique ou bien plus ?

Aurélie Renne

*(Ce village de l’Aude serait d’après plusieurs rumeurs le seul à résister à la prétendue fin du monde du 21 décembre 2012 ndlr)



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