Y a-t-il encore des syndicats ?

Avec un taux de syndicalisation inférieur à 7 % contre 25 % en moyenne au sein de l’EU, le syndicalisme français fait figure de nain. Si depuis les années 70, ils ont perdu 70 % de leur effectif, descendant en dessous des 1,8 millions, dans la même période, leurs cadres ont vu leur effectif quintupler… grâce à la manne financière issue des lois de 82. On est en droit de se demander comment nos concitoyens peuvent encore accepter que des institutions qui n’ont aucune ou si peu de légitimité vis-à-vis du monde du travail soient les seuls interlocuteurs des pouvoirs publics… en matière d’organisation et de fonctionnement de notre économie ?

 
A l’origine

Le mot syndicat a d’abord désigné la fonction de syndic. Ce mot provient lui-même d’un mot grec (sundikos) qui a été repris en latin (syndicus) et qui désignait un défenseur devant la justice, ce que nous appelons aujourd’hui un avocat. De fait, un syndicat est une association de personnes dont le but est de défendre les droits et les intérêts sociaux, économiques et professionnels de ses adhérents. En France, les syndicats se distinguent des partis politiques, bien que des liens puissent exister entre eux, car leur but n’est pas de gouverner mais d’améliorer les conditions de travail. En droit du travail, il existe des syndicats d’employeurs et des syndicats de salariés. Le statut juridique des syndicats professionnels est régi par les dispositions des articles L411-1 et suivants du Code du Travail.

Principales organisations

On compte huit principales organisations syndicales (OS) en France, les cinq premières étant dites représentatives. Il s’agit de la Confédération générale des travailleurs (CGT), de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), de Force ouvrière (FO), de la Confédération française de l’encadrement – Confédération générale des cadres (CFE-CGC) et de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). Les trois autres sont l’Union nationale des syndicats autonomes (Unsa), la Fédération syndicale unitaire (FSU) et enfin, l’Union syndicale solidaire. La CGT est le premier et le plus important syndicat français. Chacune de ces organisations syndicales possède ses propres moyens d’actions.

Organisation pas très démocratique

Cofinancés depuis 1982 par les entreprises et l’Etat, nos OS ne comptent plus pour vivre sur les cotisations qui ne représentent qu’une faible partie de leurs revenus. Bardés d’une armée de salariés détachés de leurs obligations professionnelles pour tout ou partie, dotés de moyens logistiques (bureau, informatique, téléphonie, parfois véhicules…), bénéficiant de primes spéciales, nos syndicats vivent leur vie, nommant leurs délégués du personnels et choisissant celles et ceux qui seront présentés au suffrage des salariés lors des élections relatives aux CHSCH (Comité Hygiène et Sécurité et Conditions de Travail), DP (délégués du personnel) et les fameux CE (Comité d’Etablissement) enjeux de toutes les luttes de pouvoir car brassant des sommes rondelettes chiffrées à plusieurs centaines de millions d’Euros. Comme en politique, pullulent les cumulards, qui passent des dizaines d’années sans travailler, détachés à 100 %. Cette représentativité, très “cooptée” qui finit par créer des liens d’intérêt avec les patrons et qui est propice à ménager les susceptibilités a fini par lasser les acteurs du travail qui comme en politique pratiquent massivement l’abstention.

 


Les raisons de la crise

Tout d’abord, la modification du tissu économique a conduit à la disparition de pans entiers de l’économie (sidérurgie, mines…), bastions historiques du mouvement syndical, au profit de l’économie tertiaire (secteur qui, traditionnellement, se syndique beaucoup moins). Par ailleurs, le développement du travail précaire et la multiplication des statuts différents (CDD, sous-traitance, temps partiel) divisent les travailleurs. L’impuissance des OS face à la crise a entraîné une défiance des salariés similaire à celles qu’ils peuvent ressentir vis-à-vis des politiques. Enfin, les salariés en général, et les nouveaux adhérents en particulier, seraient porteurs d’attentes beaucoup plus individualistes et ne se tourneraient vers les syndicats qu’en cas de besoins personnels. Par ailleurs, la peur du chômage et de la stigmatisation des syndiqués rendraient frileux les salariés.

Quelles pistes pour demain ?

Un syndicat unique, de branche ? L’une des particularités du syndicalisme français est d’être morcelé en plusieurs organisations souvent calquées sur le système des partis politiques et représentant plutôt l’une ou l’autre des catégories socio-professionnelles (ouvriers, techniciens, cadres) : dans les pays à forte tradition syndicaliste comme l’Allemagne, il y a un syndicat unique, de branche. Les négociations sociales sont plus efficaces pour les partenaires sociaux. Une adhésion obligatoire ? Avec un choix annuel de son OS, le versement d’une adhésion abordable pourrait constituer un fond de solidarité permettant une compensation financière lors des grèves comme en Allemagne. En créant un lien entre les signataires d’un accord et leurs adhérents en terme de seuls bénéficiaires, obligerait les diverses organisations à plus consulter leur base. Tout cela conduirait à une massification des syndicats et à un besoin de dynamisme qui pourrait devenir ainsi un vrai contre-pouvoir du fait de sa réelle représentativité. On pourrait aussi envisager d’associer l’appartenance à un syndicat à des droits (en Belgique par exemple, le fait d’être syndiqué donne un accès privilégié à l’assurance chômage).
 
Avis d’écologiste et de syndiqué

Je ne peux faire autrement que de comparer la politique et le syndicalisme, frappés des mêmes maux. Manque de confiance des citoyens ou des travailleurs, abstention lors des échéances électorales, ont pour partie les mêmes causes, un déficit de renouvellement des cadres avec des “cumulards” professionnels, un éloignement de la réalité du terrain et la mainmise de quelques-uns sur des institutions détournées de leur vocation démocratique. L’adhérent de FO qui voit son organisation rester à l’écart des mouvements sociaux, doit assurément trouver la pilule aussi amère que le militant du parti socialiste qui voit le Maire de Paris, passer des accords avec l’UMP au profit de J. Chirac. «Plus personne ne nous représente», c’est le leitmotiv des citoyens, sur fond de présomption de conflit d’intérêt, de passivité de celles et ceux qui devraient porter l’étendard de la révolte, avouez qu’il y a de quoi déprimer et rêver de révolution… Certes Mme Bettencourt a financé l’UMP, oui, mais du temps de Mitterrand c’était pareil au profit du PS, alors nous comprenons mieux le mutisme de certains, il vaut mieux ne pas ouvrir les tiroirs. Peut-être faut-il repenser le mode de fonctionnement des partis politiques et du syndicalisme en instaurant un seuil d’adhérents en dessous desquels le financement public serait coupé ou du moins plafonné. Il faut vivre avec son temps. Pourquoi ne pas instaurer un mode de décision citoyen au travers d’internet, genre de référendum numérique, sur les grands débats nationaux à moins que les “élites” se méfient du bon sens du peuple… La démocratie a ses limites !



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