Willy Bardin ; « Il ne faut pas éteindre la ville »

Elu pour trois ans, Willy Bardin est Président du Synhorcat (Syndicat national des Hôteliers, Restaurateurs, Cafetiers et Traiteurs) Midi-Pyrénées Aquitaine. Il évoque notamment l’épineuse question des terrasses de cafés et restaurants toulousains et celle du réaménagement d’ici 2015 des hôtels en vue de l’accessibilité des personnes handicapées. Mais l’actualité, c’est aussi l’Euro 2016; événement auquel la ville de Toulouse ne participera pas. Un manque à gagner certain pour les professionnels du secteur, Interview.

 
Willy Bardin, pourquoi cet engagement au Synhorcat ?
Parce que, moi qui suis syndicaliste depuis dix-huit ans, j’y ai trouvé les valeurs qui me ressemble. C’est un syndicat dans lequel il règne une ambiance familiale, qui défend aussi les petits artisans, qui est proche d’eux. C’est vraiment un plaisir de travailler avec ces personnes.

Que voulez-vous apporter aux professionnels du secteur ?
Le Synhorcat est un syndicat comme n’importe quel autre à la différence que nous avons voulu aussi nous rapprocher de catégories de personnes, qui jusque-là étaient un peu en retrait. Comme les communautés orientale, gay, africaine et asiatique qui sont très présentes à Toulouse. Nous avons par conséquent mis en place pour chacune, un ambassadeur qui est un véritable lien entre elles et nous. C’est très important si l’on veut travailler dans de bonnes conditions. Depuis quelques années, les professionnels se détournent des syndicats. Ils ont une mauvaise image. Mais vous savez, il n’y a pas de secret : un syndicat doit s’occuper de ses adhérents, les faire bénéficier de tous ses avantages, sinon quel intérêt ?

Malgré les contestations, Toulouse ne participera vraisemblablement pas à l’Euro 2016. Votre réaction ?
Il n’est pas normal qu’une ville d’envergure comme Toulouse, ait perdu ce marché. Nous avons pourtant de sacrés moyens, non ? C’était l’occasion de remplir nos hôtels, nos bars, nos restaurants. Je ne comprends pas. C’est une grosse perte. A-t-on affaire à des incapables ?

 

Terrasses : Les règles ne sont pas claires

Sait-on ce que cela peut représenter comme manque à gagner pour les professionnels du secteur ?
Comme je vous le disais, ce sont bien sûr des événements très importants pour les commerçants. En 1998, pour la Coupe du monde de football, le centre-ville de Toulouse avait rejailli de monde. Les professionnels du secteur avaient doublé leur chiffre d’affaires.

Par ailleurs, cafetiers et restaurateurs toulousains rencontrent des problèmes liés à l’installation de terrasses. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Les règles dans ce domaine ne sont pas claires. Vous avez des établissements dans une même rue à qui l’on permet d’avoir une terrasse et d’autres non. Personne ne comprend la politique du “deux poids deux mesures”, de monsieur le Maire, y compris d’ailleurs, les services municipaux concernés. Aujourd’hui on essaie de restreindre les terrasses, alors qu’il faudrait faire le contraire dans une période de grande difficulté pour bon nombre de professionnels du secteur. Alors bien sûr, il faut respecter les règles mais nous répétons qu’il est possible de délimiter une terrasse, avec par exemple, de petits rivets dorés, à ne pas dépasser… En attendant, la saison estivale est là. Ceux qui ont de belles terrasses vont pouvoir travailler un peu, mais la majorité des affaires sans terrasses va passer un mauvais été, je vous le garantis.

Que préconisez-vous ?
Je souhaiterais que l’on parle de cette question avec les pouvoirs publics pour arriver à une politique correcte. Je sais bien que chaque cas est différent mais il ne faut pas éteindre la ville. Nous accusons déjà des baisses de chiffres d’affaires depuis qu’il est interdit de fumer dans les établissements, sans parler de la police, présente les week-ends à tous les coins de rues… Il y en a marre.

 

2015, c’est demain

En début de semaine, un jeune Toulousain a été retrouvé mort noyé dans la Garonne. Il avait apparemment beaucoup bu. Ce genre de drames n’engage-t-il pas la responsabilité des patrons de bars ?
Non. Seuls 10 % de l’alcool consommé en France, le sont dans les CHR (Cafés Hôtels Restaurants, ndlr) Tout le reste est acheté en hypermarchés, en épiceries de nuit, etc. Les jeunes sortent de là avec des bouteilles sans d’ailleurs qu’on leur demande leur âge. L’alcool est un vrai problème social. Mais la drogue l’est tout autant et il en circule beaucoup à Toulouse.

Que vous inspire le manque de touristes à Toulouse pendant la saison estivale ?
Il n’est évidemment pas normal qu’il y ait peu de monde l’été à Toulouse. Il faudrait par exemple créer un festival qui amènerait du monde entre le 14 juillet et le 15 août. Mais il faut aussi se préoccuper du bon accueil des touristes. Or, lorsque vous appelez l’Office de Tourisme de Toulouse, impossible de savoir ni où ni combien de chambres sont disponibles dans la ville. Comment satisfaire les touristes dans ces conditions ? A un moment donné, il faut se poser les bonnes questions.

D’ici 2015, les hôtels devront être réaménagés pour pouvoir accueillir les personnes handicapées. Vous avez récemment alerté les instances nationales de votre syndicat à ce sujet. Quelles sont vos inquiétudes ?
En effet. Je précise tout d’abord que je n’ai rien contre les personnes handicapées. Mais nous sommes là aussi en présence d’un grave problème. La loi handicap de 2005 prévoit notamment qu’en 2015, les hôtels devront être accessibles à toutes formes de handicaps. D’où des investissements coûteux, voire impossibles à réaliser pour certains établissements. Une catégorie importante de ces petits hôtels familiaux, de préfectures, va disparaître car ils n’auront pas les moyens d’engager ces travaux. Nous pensons que cela va entraîner au niveau national, une diminution du parc hôtelier de 20 % à 30 %.

Et à Toulouse ?
Nous estimons qu’elle sera de l’ordre de 30 %. Dans le secteur de la gare Matabiau par exemple, la plupart des hôtels est équipée pour recevoir ces publics. Alors pourquoi va-t-on embêter les petits établissements pour en plus, des réservations très hypothétiques puisque les personnes handicapées fréquentent malgré tout assez peu les hôtels ? Ces dispositions vont encore une fois profiter aux grosses chaînes qui ont les moyens et construisent des hôtels sans âme ou aux promoteurs qui récupéreront ces endroits pour en faire des appartements. J’invite donc les pouvoirs publics à réfléchir à des solutions commerciales à ce problème. Il faut s’en inquiéter dès aujourd’hui. Car 2015, c’est demain.

Propos recueillis
par Claire Manaud

Synhorcat Midi-Pyrénées/Aquitaine
4 boulevard Lascrosses 31000 Toulouse.
Tel : 05 61 228 228


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