Visite de l’Ambassadeur de Hongrie ; Toulouse reçoit la Présidence de l’UE

La Hongrie mène depuis le 1er janvier 2011, la Présidence du Conseil de l’Union européenne. Invité par le Centre d’Information Europe Direct ADEC-NS Midi-Pyrénées, SE Monsieur László TRÓCSÁNYI Ambassadeur de Hongrie était de passage à Toulouse il y a quelques jours pour présenter les enjeux de cette présidence.

 
Nous sommes à mi-mandat de la présidence hongroise du Conseil de l’UE. Pouvez-vous nous exposer brièvement les grands axes qui tiennent particulièrement à cœur à la Hongrie ?
Il faut préciser déjà que c’est une présidence qui se fait en concertation et collaboration avec l’Espagne et la Belgique qui ont assuré la présidence précédemment. L’établissement d’une présidence est une chose extrêmement difficile, parce qu’il y a «des choses visibles et invisibles». Parmi les choses visibles la gouvernance économique est un des plus gros dossiers. Même si notre pays n’est pas membre de la zone Euro, la protection de l’Euro est un sujet primordial pour nous. L’UE pose les directives et les Etat membres doivent respecter les critères budgétaires pour éviter que certains d’entre eux ne se retrouvent en difficulté. La présidence hongroise est aussi responsable de la préparation, avec les autres Etats membres, du document portant sur la modification du Traité de Lisbonne, afin de créer un mécanisme de sauvetage de pays en difficulté. À ces thèmes, il faut rajouter l’énergie et la protection de l’environnement, questions qui ont été abordées bien avant la catastrophe japonaise, et bien entendu le sujet brûlant de la sécurité des centrales nucléaires. Sans oublier la question des Roms, la Stratégie du Danube ou encore les questions telles que «Comment et à quel moment la Bulgarie et la Roumanie peuvent-elle intégrer l’espace Schengen ?» qui nécessitent beaucoup de réflexion et de négociations entre les Etats membres.

Au sujet du nucléaire dont vous parliez, les catastrophes récentes ont remis certaines interrogations au centre du débat. En effet, une des recommandations de l’Europe est qu’au moins 20 % de l’énergie provienne des énergies renouvelables. Quelle est la position de l’Europe et de la Hongrie sur ces questions ?
Tous les Etats membres sont dans le débat mais il n’y a pas de position européenne commune à ce jour. Chaque Etat membre a le droit de décider de fermer ou d’ouvrir une centrale nucléaire. L’UE ne peut pas décider pour eux. Bien sûr les événements récents ont marqué l’opinion publique. L’Italie vient de décider de reporter les réflexions concernant le ravitaillement des centrales nucléaires. L’Allemagne et la Hongrie sont devenues très sceptiques. Mais la construction d’une deuxième centrale nucléaire en Hongrie reste cependant en discussion car il nous faut diminuer notre dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Il est peu probable que nous changions notre programme car les énergies renouvelables ne peuvent pas remplacer l’énergie nucléaire en Hongrie qui représente 43 % de notre production électrique. Pour l’instant un certain nombre d’obstacles nous empêche de remplacer cette source énergétique, même si la tendance est au développement des énergies renouvelables. 

 

Il est étonnant de constater, lorsque l’on observe les principaux investisseurs étrangers présents en Hongrie, que la Russie est très peu présente. En tant qu’ancien pays du bloc soviétique, quelles sont les relations que la Hongrie entretient avec la Russie ?
Aujourd’hui le gouvernement entretient de nouveaux rapports avec la Russie. Comme je vous l’ai dit précédemment, nous sommes extrêmement dépendants de la Russie au niveau énergétique, surtout sur la question du gaz. Mais certaines entreprises commencent à investir en Hongrie. De ce fait, de nombreuses négociations sont menés avec les investisseurs russes de manière à établir des contacts économiques bilatéraux et à faire de la Russie un partenaire à part entière. Nous cherchons donc à établir des relations, à trouver de bons compromis.

Une question sur un sujet délicat, comment voyez-vous l’intégration de la Turquie, vous qui avez été occupé 150 ans par ce pays [NDLR : au XVIème siècle]?
Nous restons amis, 150 ans ce n’est rien ! (Rires). Bien sûr, de par son emplacement géographique stratégique et sa position de membre de l’OTAN, la Turquie est un pays clé. Le risque est que les Turcs attendent beaucoup de l’Europe et que l’on ne répond pas à leurs attentes, ce qui engendre des tensions. Mais la Turquie n’est pas vraiment un sujet d’actualité pendant cette présidence hongroise, l’attention est davantage portée sur la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie.

La Hongrie ne fait pas partie de la zone Euro, cela vous handicape-t-il au niveau européen ? Et cela a-t-il plutôt été un avantage ou un désavantage pendant la crise économique ?
Comme vous le voyez, cela n’empêche pas la présidence hongroise. Mais il y a beaucoup d’inconvénients à ce que la Hongrie ne soit pas membre de la zone de l’Euro. J’avoue qu’avec la crise, nous avons quelques incertitudes monétaires en Hongrie. En effet, notre monnaie, le Forint, n’est pas stable, car il y a beaucoup de spéculation autour de notre devise. D’autre part, Monsieur Orban, le Premier ministre a indiqué que la Hongrie ne pourra pas entrer dans la zone Euro avant 2020. Nous sommes en 2011 et je ne pense pas que nous pourrons remplir les critères en deux ou trois ans. Même si certains économistes sont plus optimistes, il existe encore plusieurs étapes et ce n’est qu’à partir de 2015 que l’on pourra se poser les questions réelles quant à l’intégration de la Hongrie dans la zone Euro.

 

L’extrême droite européenne est particulièrement marquante en Hongrie, n’y a-t-il pas là un sujet d’inquiétudes ?
Il faut toujours remettre les événements dans leur contexte pour comprendre le succès de l’extrême droite. Il y a eu en Hongrie une période politique très difficile où beaucoup de personnes ont perdu leur emploi, ont été déçues. En particulier au nord-est du pays, pas dans les grandes villes. On a là-bas un parti qui utilise au maximum 300 mots, et qui est donc extrêmement compréhensible : ordre, emploi, criminalité. C’est un phénomène que l’on retrouve dans beaucoup de pays. En Hongrie, c’est plus visible car ce parti a gagné du terrain au niveau du Parlement National et du Parlement européen. La meilleure protection contre l’extrême droite reste la bonne ligne de conduite du gouvernement. Et il en va de la responsabilité des partis démocratiques d’empêcher la montée de l’extrême droite grâce à une bonne gestion des différents dossiers et la prévention et la lutte contre la corruption.

Une question plus personnelle sur votre parcours, comment êtes-vous devenu francophone ?
En tant que juriste, j’ai toujours été sensible au fait que la France ait établi un droit très performant. Beaucoup connaissent les institutions françaises dans le monde. Mais pas seulement dans le domaine juridique. La culture, de manière générale, apporte à la France une solide exposition de par le monde. La vie politique, économique et culturelle française participe au patrimoine européen.

Les Français connaissent assez peu de choses sur la culture hongroise…
Pourtant je pense que la culture hongroise n’est pas si méconnue, beaucoup de gens connaissent la gastronomie hongroise, le vin de Tokaji, le lac Balaton, Bila Bartok, François Liszt… Le problème est qu’il y a plein de choses connues qui sont hongroises mais les gens ne savent pas qu’elles sont issues de ce pays.

S.I. & S.A.


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