Violences urbaines ; « Des guerres de gangs à l’américaine »

Gilles Rouzies est secrétaire zonal adjoint du syndicat de police Alliance. Il revient sur les faits survenus la semaine dernière et évoque le quotidien des fonctionnaires toulousains et leurs revendications.

 
Gilles Rouzies, on parle de guet-apens tendu aux policiers dans le quartier du Mirail le 24 août dernier. Quel est votre sentiment sur les faits ?
Au départ, l’affaire a commencé par des coups de feu contre un particulier le mardi matin, qui s’est rendu dans la foulée au commissariat. La Brigade Anti-Criminalité a donc mis en place une opération de surveillance particulière le mardi soir, en cas de représailles éventuelles. Les fonctionnaires ont tenté de joindre la victime et ont croisé sur la route au même moment une Mégane, avec 4 à 5 individus à bord. Ils ont essuyé des tirs à deux reprises et après une course-poursuite, se sont retrouvés “par hasard” devant une trentaine de jeunes, pour un caillassage en règle. Nous pensons que les policiers se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment lors des coups de feu. Par contre, les jets de pierre étaient calculés et, en ce sens, on peut parler d’un guet-apens.

Ce genre d’agression est-elle fréquente dans les banlieues toulousaines ?
Les coups de feu à l’encontre des policiers sont extrêmement rares. A Toulouse, on se rappelle surtout de l’affaire “Pipo” en 1998, ce jeune qui avait trouvé la mort suite à une interpellation de la police. Ce décès avait mis le feu aux poudres et l’un de nos collègues avait été blessé. Par contre, on peut dire que le caillassage fait partie du quotidien des policiers la nuit.

Des jeunes de 12 ans

Vous parlez d’une «américanisation de la violence». Qu’entendez-vous par là ?
Nous sommes de plus en plus confrontés à des guerres de gangs comme l’on peut en trouver aux Etats-Unis. Les affrontements partent le plus souvent d’une histoire de drogue ou d’une querelle amoureuse. Et cela devient inquiétant pour les habitants qui ne vivent pas dans un climat serein. Deux jours après les tirs sur les policiers au Mirail, c’est une passante qui a eu beaucoup de chance : alors qu’elle récupérait son véhicule vers 4h du matin, elle a échappé à deux balles.

Que réclamez-vous au gouvernement pour travailler dans de meilleures conditions ?

Tout d’abord, les policiers souhaitent que les peines plancher soient appliquées quand il y a atteinte aux forces de l’ordre et aux pompiers. Récemment, à Paris, de jeunes voyous multirécidivistes qui avaient fait feu sur des agents n’ont pris que 6 mois fermes. C’est trop peu pour les dissuader. D’autant plus que le profil des délinquants change : ce sont de plus en plus de petits jeunes, influencés par des majeurs qui se servent d’eux et dont les parents ne s’occupent pas. On retrouve énormément de jeunes de 12-13 ans qui traînent dans les rues en pleine nuit ou qui battent leurs parents. Ces derniers se déresponsabilisent.

« Buter les flics »

Et qu’en est-il des effectifs de police à Toulouse ?
On ne peut pas nous demander toujours plus de résultats en diminuant sans cesse les effectifs ! Même si à Toulouse, nous ressentons moins les effets de cette baisse avec la création de deux nouveaux services : les Unités Territoriales de Quartier et la compagnie de sécurisation. Cependant, nous manquons de moyens suite à la chute des budgets de fonctionnement.

Vous évoquez également au sein de votre syndicat la volonté de punir les appels au meurtre de policiers diffusés par divers moyens de communication…
On parle évidemment des téléphones portables et d’Internet avec notamment des clips de rappeurs qui circulent et on peut entendre qu’il faut “buter les flics”. La liberté d’expression est un bien grand mot et il ne faut pas passer d’un extrême à l’autre.

Qu’attendez-vous de la justice concernant les auteurs des coups de feu au Mirail ?
Qu’elle fasse son travail et que la condamnation soit au niveau des actes commis. Il faut faire passer l’envie aux jeunes de faire des conneries.

Propos recueillis
par Sophie Orus


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