violences policières ; « La police a toujours tort »

Didier Fuziès est secrétaire régional et départemental de la CFDT Interco pour la police et ancien agent de la BAC de nuit à Paris. Il fait le point sur le rapport de la Ligue des Droits de l’Homme et s’explique sur l’image négative de sa profession.

 
Didier Fuziès, comment réagissez-vous à la lecture de ce rapport ?
Je ne suis pas surpris car on y retrouve un condensé de tout ce qu’on peut reprocher aux policiers, un ramassis de banalités sur les agents qui font mal leur travail. Dans tous les cas, c’est la police qui a tort alors que nous sommes des agents républicains qui obéissons à des codes stricts. Il faut bien faire la différence entre l’interpellé et le témoin. Ce dernier ne connaît pas les tenants et aboutissants d’une interpellation. D’autre part, si une personne se laisse faire, l’interpellation se passera bien mais on assiste de plus en plus à des rébellions et des gens qui prennent la fuite. Ce qui peut mal se terminer. Concernant les menottes, nous devons les utiliser si la personne représente un danger pour elle-même ou pour autrui. Les poignets sont faits de chair et d’os et il n’est pas rare qu’accidentellement ou non, les interpellés se blessent. Les menottes doivent toujours se mettre dans le dos pour une interpellation : sinon il s’agit d’une faute professionnelle.

Vous concevez tout de même que certains policiers puissent être les auteurs de bavures ?
La police est une microsociété où l’on retrouve de tout, alors qu’elle devrait être irréprochable. Je ne dis pas qu’il n’y a aucune personne violente ou raciste chez nous mais il s’agit d’une infime partie de la population. Malheureusement, c’est celle que l’on montre du doigt.

De nombreuses victimes estiment ne pas pouvoir porter plainte. Elles parlent de silence et de protection des policiers entre eux…
Il ne faut pas croire que l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) est une police de complaisance. D’ailleurs, rares sont les agents qui les apprécient ! L’esprit de corps et la solidarité existent mais les personnes qui veulent porter plainte peuvent le faire à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Les gens qui n’obéissent pas à la loi doivent répondre des faits reprochés. Mais lorsqu’une victime vient porter plainte, nous cherchons à en savoir plus. En aucun cas nous n’empêchons les gens d’agir. Nous sommes encore dans le fantasme des films policiers à la Belmondo où l’on distribue des gifles et des coups de pied ! Le policier qui fait une faute grave n’a pas une grande espérance de vie dans sa profession car les sanctions peuvent aller du simple avertissement à la révocation en passant par le blâme ou la mise-à-pied. La police est l’une des administrations les plus contrôlées et les conseils de discipline se réunissent une fois par mois dans chaque région.

 

Manque d’encadrement dans les quartiers

Le rapport évoque très souvent des problèmes avec la BAC. Cette police est-elle plus violente ou est-ce encore un mythe ?
Les officiers de la BAC travaillent en civil dans les banlieues car leur méthode, c’est le flag. Les personnes interpellées sont donc surprises et mettent toujours en avant les mêmes arguments : ils n’ont pas vu le brassard, les policiers n’ont pas décliné leur identité…

Justement, y a-t-il dans les banlieues un climat particulier qui amènent les policiers à être plus fermes ?
Dans les quartiers, ils sont jugés comme une bande rivale qui gêne le trafic souterrain. Le brassard est d’ailleurs considéré comme l’insigne d’un gang. Mais les policiers font aussi bien leur travail dans les banlieues qu’ailleurs.

Certains jeunes policiers se plaignent d’être envoyés dans des quartiers chauds trop tôt. Y a-t-il un problème d’encadrement ?

Les policiers sont de plus en plus pris à parti. Les jeunes sont bien formés mais il manque de l’encadrement dans les quartiers. Ce problème est en train de se régler à Toulouse avec la mise en place des Unités Territoriales de Quartier. Au sein des syndicats, nous réclamons des agents plus expérimentés car les jeunes n’ont pas toujours le sang-froid nécessaire pour gérer certaines situations. Les dérapages peuvent donc arriver.

 

Avez-vous envie de dénoncer des violences à l’encontre des agents de la police ?
Aujourd’hui, les forces de l’ordre et les gardiens de la paix ont une mauvaise image. Les violences envers les policiers se banalisent et les fauteurs de troubles font tout pour échapper aux con-trôles. Ils prennent des risques inconsidérés qui peuvent se terminer en drame. Quand on intervient, on ne sait pas à qui on aura affaire car le mot délinquant n’est pas écrit sur le front. Il n’est pas rare qu’une jeune femme ou qu’un homme en costard-cravate, bref des gens biens sous tous rapports, nous sortent une arme lors d’un contrôle d’identité.

Ce genre de rapport de la LDH vous est-il utile ?
Bien sûr car il permet de se remettre en question et surtout d’entrevoir la vision du public sur l’action de la police.

Propos recueillis
par Sophie Orus


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