Violences conjugales ; « Cette loi est une vraie avancée »

Le nombre de décès liés aux violences conjugales est sous-estimé en France. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée par la société Psytel. Alors qu’en 2008, le chiffre officiel fait état de 156 Françaises mortes sous les coups de leur conjoint, elles auraient été en réalité 460 en 2006. Mardi, le Parlement a définitivement adopté la proposition de loi relative aux violences faites aux femmes, au sein des couples et à leurs incidences sur les enfants. Françoise Laborde, sénatrice PS de la Haute-Garonne a été rapporteur du texte au nom de la Délégation aux Droits des Femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Interview.

 
Françoise Laborde, suite à l’adoption définitive de cette loi, pouvez-vous nous dire ce qu’elle représente pour vous ? C’est une avancée ?
Oui. Je suis ravie de cette adoption, même si cette loi n’est pas parfaite et qu’elle ne représente pour certains que de petits pas. Mais je considère que tout ce qui touche ces sujets de société, un peu difficiles, sont de véritables avancées ; comme d’ailleurs le fait que le gouvernement reconnaisse la violence faite aux femmes cause nationale 2010.

Pour quelle raison avez-vous manifesté de l’intérêt pour ce sujet ?
J’ai d’abord un côté assez féministe et j’estime que nous avons une chance énorme d’avoir obtenu l’héritage que nous ont laissé nos mères et nos grands-mères sur, l’autorisation de travailler, le droit de vote, à l’IVG. Mais il faut être vigilant, car de temps en temps, j’ai l’impression que notre société régresse sur des tas de sujets, comme encore une fois l’IVG ou la contraception. J’ai travaillé sur la question des femmes en milieu privatif. De même avec Valérie Létard sur les mariages forcés et les mutilations sexuelles. Si vous me permettez à ce propos cette parenthèse, je trouve dommage que l’on n’ait plus de secrétariat d’Etat ou de ministère vraiment dédié à la cause des femmes. Et puis, après ma rencontre avec Roland Courteau (sénateur PS de l’Aude, ndlr), qui est à l’initiative de la loi de 2006 sur les violences faites aux femmes, je me suis plus particulièrement intéressée à ce sujet.

 

« Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de marques, qu’il n’y a pas de coups »

Quelles sont pour vous les mesures les plus innovantes de cette loi ?

Il y a d’abord la création d’une ordonnance de protection des victimes. C’est une innovation majeure qui vise à assurer leur sécurité dans l’urgence. Pendant quatre mois renouvelables, la femme, ou l’homme, victime de violences, est protégé. Ce laps de temps lui permet de se retourner, de trouver un soutien, un accompagnement. Cela peut mener entre temps à une plainte au pénal, ou à un divorce. C’est un des points essentiels de cette loi.

Autre avancée, la reconnaissance pénale du délit de harcèlement et de violence psychologique dans la sphère privée…
Oui, la violence psychologique est sous-estimée à tort. Pourtant elle précède et accompagne presque toujours les violences physiques. Il était logique de franchir cette étape alors que le délit de harcèlement moral a déjà été reconnu dans le cadre professionnel. Une victime peut se dire aujourd’hui que ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de marques, qu’il n’y a pas de coups.

Qui dit couples, dit enfants. Leur protection est tout aussi capitale…
En effet parce qu’ils sont témoins à leurs dépens de violences et d’atteintes à la dignité du parent agressé. C’est le juge des Affaires Familiales qui sera le premier interlocuteur dans ces affaires douloureuses, qu’il y ait un enfant d’ailleurs ou pas, et qui pourra délivrer l’ordonnance de protection précédemment évoquée et statuer sur la garde des enfants.

 

Changer les mentalités

Un volet prévention est également prévu…
Oui en tant qu’enseignante de profession, je suis convaincue que la formation des adultes est importante : les enseignants, les médecins, les magistrats… Ce sont ces personnels qui encadrent les victimes de violences conjugales. Et puis il faut aussi assurer une sensibilisation à ces questions dès le plus jeune âge par l’apprentissage en milieu scolaire, des exigences de la vie en groupe, en famille, et le respect des autres. Les établissements scolaires devraient consacrer au moins 3 heures par an, à ces sujets, comme les violences, l’éducation sexuelle. Ce qu’ils ne font pas forcément. Les Suédois sont très en avance là-dessus et ce dès la maternelle.

Vous invitez le gouvernement à mettre en place un observatoire de la violence. C’est-à-dire ?
Oui un observatoire qui aurait pour objectif de mieux connaître ces violences, afin de pouvoir lutter contre elles et de répéter les expériences quand celles-ci sont concluantes. A Douai par exemple, il existe des groupes de parole d’agresseurs. En deux ans, la récidive a été de 2 %.

Ce texte ne fait pas de distinction dans la violence commise par des hommes mais aussi par des femmes. Certaines associations de femmes l’ont regretté. Quel est votre point de vue là-dessus ?
Oui il y a eu des grincements de dents. Mais même si j’ai défendu dans mon rapport plus spécifiquement les femmes, je considère que si l’on veut que les choses évoluent dans le bon sens, il faut marquer les couples et ne pas faire de distinction de genre. J’ajoute que si à court terme, cette loi va faire évoluer les choses, à moyen et long termes, il faudra vraiment changer les mentalités.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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