Vidéosurveillance à Toulouse ; Le flou artistique

Après avoir l’objet de deux débats en juin et septembre derniers, l’épineuse question de la vidéosurveillance à Toulouse a été débattue vendredi en conseil municipal. Alors que l’opposition demande désormais de l’action, le maire de Toulouse se prononce pour un «diagnostic territorial de la sécurité et de la tranquillité».

 
Une chose est sûre : il y a eu débat. Pour rappel, le 24 juin d’abord : une mission composée de seize élus de toutes tendances, avait auditionné sur le sujet sensible de la vidéosurveillance, divers experts européens : sociologues, universitaires, représentants de la sécurité urbaine, associations des droits de l’homme, avaient exposé leurs expériences par rapport à ce dispositif en abordant leurs différents aspects (juridiques, éthiques, fonctionnels, financiers, technologiques…). Le 10 septembre ensuite, date à laquelle le compte-rendu de cette réunion au sommet, a été présenté au Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD). Et vendredi dernier, en conseil municipal, qu’ils soient de droite ou de gauche, les politiques en ont tous unanimement salué, d’une part l’utilité, d’autre part, la qualité, la «richesse», «le sérieux.»
Mais pour qui s’attendait à des données précises (Combien de caméras à l’avenir ? A quel endroit ? Pour quel coût ?), de véritable mise au point, il n’y eut point. «Nous ne voulons pas tomber dans le piège de la solution unique face à des problématiques très complexes qui n’étaient pas réglées avant notre arrivée. La vidéosurveillance est un moyen parmi d’autres, qui doit être utilisé dans un cadre légal strict et selon des modalités bien définies. Elle peut être un outil efficace dans certaines circonstances exceptionnelles et sous certaines conditions» explique Pierre Cohen soulignant que «la sécurité est le résultat d’une coproduction, notamment entre l’Etat et les collectivités locales».

“Maintenant il faut agir”

Mise à part la voix dissonante et radicale des Verts Europe Ecologie, («Nous souhaitons l’arrêt des dix-sept caméras installées à ce jour sur l’espace public en l’absence d’impacts significatifs du réseau en place» réclame Antoine Maurice, Conseiller délégué à l’éducation et à l’environnement), la majorité municipale vocalise ainsi sur le “Je t’aime moi non plus”, s’appuyant notamment sur des conseillers de secteurs, «qui n’ont pas posé la question en ces termes : plus ou moins de caméras» ajoute Pierre Cohen.
Pour l’adjoint au maire aux sports et aux loisirs, François Briançon, il n’y a «ni sacralisation, ni stigmatisation de la vidéosurveillance. Mais il ne sera pas question pour nous de tomber dans la “vidéodépendance”. Sinon, nous n’aurons que de la technologie et plus de protection».
L’opposition fait elle aussi dans la nuance, même terminologique : «La vidéoprotection, (et non surveillance, ndlr) c’est nous qui l’avons introduite et nous la revendiquons avec prudence et pragmatisme» note Jean-Luc Moudenc, qui demande toutefois sa «généralisation et son implantation dans tous les endroits où cela peut-être utile. Mais elle ne sera jamais une baguette magique». Et l’ancien maire de Toulouse de réclamer dans le même temps «la réactivation du comité d’éthique que nous avions mis en place» ainsi que l’augmentation des effectifs dans la police municipale. «Les débats, c’est très bien» poursuit Jean-Luc Moudenc, «mais maintenant il faut agir.»

 

Développer la présence humaine

En guise d’actions, Pierre Cohen, qui s’est déclaré très «sensible au discours de la Ligue des Droits de l’Homme», prône un «diagnostic territorial de la sécurité et de la tranquillité» qui «définira les outils capables de répondre à chaque situation, quartier par quartier, parmi eux le recours à la police nationale et municipale, le renforcement de l’éclairage public, le réaménagement urbain…» A la question pertinente d’Yvette Benayoun Nakache (Conseillère municipale, groupe des élus Non Inscrits), sur la position de la mairie face à l’éventuelle installation d’une caméra par une association, de commerçants par exemple, Pierre Cohen répond : «C’est le vrai débat qui montre bien que le diagnostic territorial est nécessaire.» Certes, mais jusqu’à quand ? «Il se fera au fur et à mesure», ajoute P. Cohen qui annonce qu’il réunira «les élus concernés deux fois par mois», pour déjà, mesurer l’efficacité du dispositif existant. Le maire a également annoncé dans un communiqué «la création d’ici la fin de l’année d’une commission municipale des libertés publiques en charge du suivi de la vidéosurveillance qui présentera un rapport chaque année.» Il souhaite par ailleurs «intégrer ses propositions, en accord avec le Préfet, dans la convention Police Nationale/Police Municipale.»
La vidéoprotection/surveillance ainsi en suspend, c’est bien la présence humaine (police, associations…) qui a fait consensus au cours de ce conseil municipal. Pour Jean-Luc Moudenc, «il faut développer les moyens humains», idem pour le conseiller municipal communiste Pierre Lacaze, qui lui, s’insurgera contre les suppressions de poste dans la police. Pour Pierre Cohen, «la présence humaine doit être une constante dans notre projet urbain», faisant référence à l’Office de la Tranquillité et à l’embauche «d’une douzaine d’éducateurs» et de «six médiateurs» à venir.
Bon nombre de grandes villes françaises dirigées par le PS comme Lyon, ont adopté le système de la vidéoprotection/surveillance. A Toulouse, la pression des autres groupes politiques tels que les Verts ou le PRG, issus de la majorité, serait-elle trop forte ? Est-il si difficile de revenir sur des engagements de campagne ?

Claire Manaud


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