Vers le plan catastrophe ?

L’actualité semble remettre en scène une fois de plus “l’homo festivus” cher au regretté Philippe Muray avec la préparation du Onze de France pour la Coupe du Monde, la victoire du Stade Toulousain en Coupe d’Europe illustrant la prolifique descendance ovalienne de Dame Garonne, l’hypermédiatisation désormais coutumière de Roland Garros avec sa finale déjà annoncée (Federer-Nadal), le Festival de Cannes provoquant à nouveau le choc des mémoires avec le film “Hors-la-loi”, au moment même où Pierre Nora – dans la revue Le Débat – s’intéresse aux «avatars de l’identité française» et écrit notamment : «L’identité démocratique de la France consiste dans ce passage à une conscience de soi plus sociale que politique, plus mémorielle qu’historique, plus patrimoniale que nationale. Le problème de “l’identité nationale” ne se pose que dans un retour des identités nouvelle génération sur l’identité de la France».

 
C’est peut-être à l’aune de cette réflexion qu’il faut tenter de comprendre l’avenir de l’Europe : c’est «la fin de l’Europe de papa» pour certains (9 mai 1950 – 9 mai 2010) ; pour le politologue Pierre Hassner «le moteur de l’Europe s’est cassé depuis le début des années 1990, le trio Kohl-Mitterrand-Delors n’a pas été remplacé et l’esprit européen a disparu… L’Europe politique est au point mort, les traités constitutionnels n’ont pas séduit les peuples, la Commission est plus affaiblie que jamais… Ce que nous devons vendre au monde c’est notre modèle. Nous devons être les Grecs de l’Empire romain et tenter de faire rêver le reste du monde grâce à ce que nous avons de meilleur». Déjà d’autres questions se posent : «L’Allemagne s’isolera-t-elle comme les États-Unis, préférant ne travailler qu’avec le vieux noyau occidental et marginalisant les membres les plus récents» (selon Tom Gallagher) ; quant au Groupe des Sages qui vient de remettre son rapport sur l’avenir de l’Europe le 8 mai (soixante ans après l’emblématique Déclaration Schuman) il nous affirme que «les réformes sont urgentes et profondes» et que «pour la première fois dans l’histoire récente de l’Europe, il y a la crainte généralisée que les enfants d’aujourd’hui aient une situation plus difficile que la génération de leurs parents».
Occasion rêvée pour François Bayrou de redéfinir l’Europe comme «une famille d’États et de nations organisés dans un but commun choisissant, à l’ère des États-Continents de choisir de défendre ensemble leur modèle de société» ; occasion saisie par le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, ex-conseiller de Clinton de mettre en garde les Européens contre un plan coordonné d’austérité qui la conduirait au “désastre” et craignant que le scénario à venir soit «le défaut de paiement» ; occasion habilement détournée par le Président Sarkozy d’inscrire dans la Constitution (par le référendum de l’article 89 ?) la lutte contre les déficits ; occasion d’un nouveau livre de Jacques Attali au titre inquiétant (“Tous ruinés dans dix ans ?”) dans lequel est prôné non un plan de rigueur mais un “plan catastrophe” et des propositions de l’économiste Nouriel Roubini nous prédisant une «grande instabilité».
Et si nous vivions d’ores et déjà, au-delà des rebonds de la petite balle jaune, un moment décisif de l’évolution européenne ?

Stéphane Baumont


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