Vers la sondocratie ?

Au-delà de la sanglante journée de la femme à Abidjan et de la Côte-d’Ivoire qui s’enfonce pathétiquement dans le chaos, au- delà de l’évolution un peu floue de la “révolution libyenne” et des changements constitutionnels annoncés au Maroc et en Algérie pour anticiper au mieux toute contagion de “révolution de Jasmin”, plus que la décidément curieuse Affaire Renault, c’est le sondage Harris-Le Parisien et son stupéfiant résultat (Marine Le Pen en tête dans tous les cas de figure) et le report du Procès Chirac qui composent le paysage politique du moment, ordonnant tous les commentaires et autres chroniques autour de ces môles : puissance de la sondocratie ! Et interrogation des uns et des autres sur “l’impunité permanente” de Jacques Chirac.

 
Les sondages d’abord, ou plutôt LE sondage qui met Marine Le Pen en tête :
1) Il est contesté par celui de l’IFOP qui remet les choses (les candidats) en place dans l’ordre plus “politiquement correct” suivant : DSK (29) Sarkozy (23) Marine Le Pen (21 %) ;
2) La nécessaire interrogation qu’il faut avoir sur la surmédiatisation d’un résultat obtenu par internet en offrant des lots et des primes aux sondés comme s’il fallait désormais les payer ;
3) L’absence de sang-froid et la panique qui s’est emparée des acteurs politiques en confondant sondages d’un jour avec prophéties du lendemain avec le spectre du 21 avril 2002 récurrent ;
4) La nécessité de mieux décliner éthique de conviction et éthique de responsabilité avec le respect de la loi de 1977 sans avoir automatiquement besoin de voter une nouvelle loi pourtant adoptée au Sénat (qu’attend l’Assemblée nationale ?) ;
5) Le fait que ce sondage soit un avertissement et pour la gauche (divisions) et pour la droite (thèmes de campagne) et le système politique quand l’abstention prend le pouvoir !
Au cœur de ce maelström où l’irrationnel et l’émotion emportent l’opinion publique et font perdre leur sang-froid à certains observateurs comme à certains acteurs, le renvoi du Procès Chirac au nom d’une Q.P.C. (question prioritaire de constitutionnalité) jugée fondée donc entraînant le report du procès pour au moins trois mois. En la matière le droit est respecté, la morale républicaine, l’éthique démocratique un peu moins. Depuis 20 ans bientôt, Jacques Chirac bénéficie d’une forme d’immunité permanente : durant 12 ans elle était constitutionnellement un impératif pour protéger la Présidence de la République mais pas la personne ; depuis qu’il est redevenu simple citoyen (mais dès lors qu’il n’est plus en fonction l’ancien Président n’est pas tout à fait non plus un Français comme les autres) ses avocats ont su faire jouer toutes les règles de procédure. Certains veulent y voir une «démocratie à géométrie variable», d’autres un déni de démocratie ; d’autres considèrent que tout cela intervient si longtemps après les faits.
Au moment où le tome II de ses “Mémoires” paraît, Jacques Chirac est le premier Président de l’histoire de nos républiques à être au bord du statut – difficile à vivre et à gérer – de justiciable mais pour l’instant en dehors du prétoire. Ne pas le juger, est-ce rendre service à l’image sulpicienne de la République dont nous rêvons depuis le messianisme radical de la IIIème République ou à toutes celles et à tous ceux qui justifieront leur vote Le Pen en affirmant qu’il y a une justice pour les uns (les citoyens) et une autre (ou pas d’autres) pour les anciens leaders politiques, qui, dès lors les arrêtera dans leur récitation de Jean de La Fontaine : «Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir !»

Stéphane Baumont


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