Vélo, ça déraille ?

Depuis quelques années, le nombre de vélos circulant dans Toulouse mais aussi sur l’agglomération a fortement augmenté. L’équipe municipale affiche une politique d’encouragement aux modes doux de déplacement et motive notamment à l’utilisation de la bicyclette. Mais partager la voie publique entre voitures, vélos et piétons n’est pas une sinécure. Comment se passe la cohabitation ? Parvient-on à mêler sécurité, code de la route et respect de l’Autre ? Aurélie Renne et Marie-Agnès Espa ont enquêté.

A Toulouse avec de plus en plus de cyclistes « du quotidien », la petite reine semble peu à peu mériter son charmant patronyme. Pourtant tout n’est pas si simple, car si le vélo est un belle alternative aux embouteillages il implique un nouvel usager de la route, qui s’ajoute aux voitures et piétons. « Toulouse est plutôt bien lotie en termes d’infrastructures destinées aux cyclistes », indique Sébastien Bosvieux, président de l’association Vélo Toulouse, « nous n’avons jamais été ni à la traîne ni en avance, les élus ont toujours eu une politique de suiveurs dont nous n’avons pas à nous plaindre ». Et pour preuve un classement sorti tout récemment dans le magazine Terra Eco qui a mis en concurrence les grandes villes françaises pour le titre de « ville où il fait bon pédaler ». Et contre toute attente la ville rose monte sur la troisième marche du podium. «Attention, car ce classement est essentiellement quantitatif. Nous avons beaucoup de kilomètres de piste mais cela ne fonctionne pas toujours si bien.» Après vérification, l’étude porte effectivement sur le pourcentage de voiries aménagées, nombre de vélos à la location, places de parking etc. Aucun avis,   ou témoignage n’a été recueilli et personne n’est venu constater la realité du terrain. Il est vrai qu’à première vue, la ville rose semble barbouillée de bandes vertes et de petits vélos brossés sur l’asphalte, mais a priori, ce décor ne suffit pas. Il n’y a qu’à se poster à un carrefour aux heures de pointe : cyclistes grillant les feux rouges, voitures se rabattant sur les deux roues, automobilistes pestant contre bicyclettes et inversement. « Il y a une espèce d’incompréhension entre les usagers de la route, les cyclistes sont vus comme les écolos militants qui refusent la voiture et inversement », explique Sébastien Bosvieux, « pourtant c’est en train de changer, car depuis l’apparition des Vélo Toulouse, le vélo se démocratise largement. La bicyclette devient une vraie alternative à la voiture, pour qui veut échapper aux embouteillages, gagner du temps et profiter du soleil toulousain… ».

La petite reine mérite-t-elle bien son nom ?

Ce début d’année a vu deux accidents mortels impliquant un vélo troubler la ville rose. L’occasion pour les élus et la police de se poser quelques questions. David Delattre, capitaine de police, explique que depuis, « des opérations spécifiques sont organisées aux feux rouges sur les axes majeurs du centre-ville ». Mais hors opération coup de poing, tous les 10 à 15 jours, des contrôles cyclistes sont de toute manière mis en place. La bicyclette n’est pas à l’abri du coup de sifflet. Depuis janvier 2013 on totalise déjà 122 PV pour feux rouges grillés, 20 sur feux orange, 2 pour téléphoner en roulant et 1 pour avoir emprunté un sens interdit. «Durant les quatre premiers mois de 2012 nous comptions 4 accidents impliquant un vélo contre 12 depuis janvier 2013, dont 2 mortels, soit 200% d’augmentation. Les cyclistes sont de plus en plus nombreux et respectent de moins en moins les règles, il faut agir ! » Un constat que font aussi Maryse et Daniel qui traversent le centre ville de Toulouse de part en part tous les jours en voiture : « Ils se croient tout permis, parfois on en voit débouler au milieu de rien, c’est effrayant ! » Sébastien Boisvieux a lui aussi remarqué que parfois les cyclistes exagèrent : « surtout sur les zones piétonnes. Mais la solution n’est pas dans la répression, il faut sensibiliser, ce que nous allons d’ailleurs faire avec la police municipale le 22 mai prochain à 17h30 rue Alsace Loraine. L’idée est « d’arrêter » symboliquement les cyclistes qui vont trop loin pour leur expliquer quelques règles de conduite. »

 

Les accidents impliquant un cycliste se concentrent sur les grandes pénétrantes du Grand Toulouse

Pourtant s’ils sont montrés du doigt par les propriétaires de voitures, anciennes reines de la cité, les vélos sont la plupart du temps victimes des erreurs de ces derniers. On apprend notamment de la Carsat que l’automobile est responsable de plus de 70% des infractions au code de la route ayant causé un accident impliquant un vélo. Par ailleurs sur les trois-quarts de ces accidents, le cycliste circulait sur un aménagement dédié. « Il est donc important qu’en ville la vitesse des véhicules motorisés soit contenue afin de mieux appréhender les véhicules plus lents comme les cyclistes », explique-t-on à la Carsat. A priori, à Toulouse, la majorité des accidents impliquant un cycliste est le fait d’un refus de priorité ou d’une mauvaise prise en compte du vélo par un véhicule motorisé. A l’inverse, les chiffres de l’accidentalité vélo / piéton montrent que dans ce cas le vélo est majoritairement responsable.

Les accidents impliquant un cycliste se concentrent sur les grandes pénétrantes du Grand Toulouse, zones ciblées par les élus pour la réalisation d’aménagements. Sont particulièrement concernées les communes de Toulouse, Blagnac, Colomiers et Tournefeuille, qui concentrent 96% des accidents impliquant un vélo (81% pour Toulouse). Pour la plupart, les accidents « vélo » ont lieu en milieu urbain dense, où la multiplicité des carrefours, des entrées cochères, des accès aux commerces peut rendre difficile la lecture du déplacement d’un cycliste. Pour Sébastien Bosvieux, les points noirs de la ville rose sont « surtout les discontinuités de piste et les zones de franchissement de rocade : à la Cépière, vers les route de Castres, on peut aussi parler du Grand Rond et de la Halle aux Grains et de tous les ponts situés derrière. »

 

Des progrès malgré tout…

A l’inverse, il désigne à Toulouse de belles avancées : le nombre important de zones à 30km/h et la piétonisation en général, qui est une bonne chose pour les cyclistes. De même, les double-sens de circulation arrivés en 2010 et qui font tant pester les automobilistes. On note par ailleurs que la bande cyclable à contre sens n’est pas un aménagement accidentogène, puisqu’aucun accident corporel n’y est recensé. Dans la pratique, c’est un peu plus douloureux, comme l’explique Samuel, 27 ans qui se déplace quotidiennement à vélo : « je prends tous les jours les double-sens de circulation, notamment vers Victor Hugo et il ne se passe pas un jour sans qu’un automobiliste ne me lance quelques noms d’oiseaux car il pense que je suis en sens interdit ! » Un discours largement généralisé. Le problème ? Une méconnaissance des règles s’appliquant à l’autre usager. « On est à un moment ou à un autre l’automobiliste, le piéton ou le cycliste, il faut faire preuve d’empathie et de respect, propose Sébastien Bosvieux, par exemple, je m’interdis d’utiliser ma sonnette sur les zones piétonne ou 30, un petit « excusez moi » suivi d’un « merci » souriant et tout va bien ! » L’asso Vélo Toulouse lutte contre le cloisonnement des genres et pour le partage des voies : « la rue n’est pas extensible, il faut redistribuer l’espace. »  Irène, 46 ans, explique que se déplacer à vélo en ville « est un apprentissage ». D’ailleurs la Maison du vélo, une structure unique à Toulouse propose via sa Vélo école d’apprendre aux petits comme aux grands à connaître les rouages de ce mode de transport. « Nous formons près de 2000 élèves chaque année depuis 2010 : 1500 enfants pour 300 à 500 adultes. Aujourd’hui nous refusons du monde… » explique Nicolas Carrié, responsable de la Vélo école. Et de rajouter « réapprendre à faire du vélo est dans l’air du temps, cela devient tendance, et il ne faut pas oublier que lorsqu’on pédale, on coûte moins cher à la société car on travaille mieux, on est moins malade et plus heureux. »

Attention simplement à ne pas trop pédaler le nez en l’air… Car à vélo, en voiture ou à pied, on ne se déplace pas qu’avec ses jambes, comprendre l’Autre permet aussi d’éviter les accidents et tout un tas de querelles de chaussée.

 

Philippe Goirand

«  La sécurité du cycliste dépend de son comportement individuel »

Conseiller Municipal et Communautaire délégué à l’écomobilité à Toulouse Métropole, Conseiller syndical de Tisséo, administrateur du Club des Villes et Territoires Cyclables

Philippe Goirand, vous êtes en charge de la délégation écomobilité à la ville de Toulouse et à Toulouse Métropole, comment travaillez-vous la question du vélo, des pistes cyclables ?

Nous travaillons sur la base d’une étude, un schéma directeur avec différents niveaux de priorité. Nous avons réorienté la politique vélo car le schéma directeur n’était pas vraiment appliqué sous l’ancienne équipe. Elle faisait des pistes cyclables là où ça ne dérangeait pas. J’ai voulu remettre le paquet sur les projets structurants. Nous travaillons quatre axes prioritaires (délibération CUGT 22/04/11) et partout ailleurs, nous optons pour un apaisement de la circulation.

« Apaiser la circulation », pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie ?

Nous créons des Zone 30 et donnons la priorité à apaiser la circulation, les vélos peuvent y circuler à contre-sens lorsque la rue est à sens unique par exemple. Depuis 2008, nous avons aménagé 130 km de zone 30, et surtout 120km de double-sens cyclables généralement en zone 30. 97 km de nouvelles pistes cyclables. Nous atteignons, au niveau de l’agglo, un nombre total de voies cyclables de 508km. Je travaille à améliorer la qualité des aménagements, nous avons ainsi créé une charte technique (trajectoires, peintures…) utilisée par tous les techniciens de Toulouse Métropole.

Côté budget, cela représente…

Sous l’ancienne municipalité le budget était faible, nous l’avons augmenté et placé au niveau de l’agglomération. Toulouse Métropole consacre à la politique vélo 11 millions d’euros. Avec 15€ par habitants/par an, nous sommes en tête au niveau national. Mais cela reste toutefois infime si l’on compare à ce que l’on dépense pour les transports collectifs.

Le vélo semble être pour vous une réponse à la mobilité…

Oui, et il faut apporter une réponse globale. Une de mes idées fortes est un « service » vélo dans sa globalité, avec des actions mises en œuvre comme des vélos en location à la Maison du vélo, 30 stations Vélo Toulouse en libre service, la subvention à l’achat de vélos électriques, le vélo école à la Maison du vélo dont je suis très satisfait d’ailleurs car il a concerné 4750 enfants de CM1, CM2. L’idée c’est que chacun trouve la solution à ses besoins.

Avez-vous des solutions pour le problème du stationnement des vélos en ville ?

Oui, nous travaillons avec Vinci pour que le parking souterrain du Capitole puisse accueillir des vélos, cela représente 500 places. Des négociations sont aussi en cours pour du parking résident. La Région travaille à la mise à disposition de 670 places dans le parking Matabiau. Avant, on installait un arceau à vélo lorsqu’on recevait une demande. Nous avons fait une étude des besoins en stationnement, c’est à nous d’évaluer ce besoin et d’installer le matériel.

Les vols de vélo sont un fléau en ville, que proposez-vous ?

Il faut faire de la pédagogie car beaucoup de personnes ne savent pas attacher leurs vélos. Le mieux est d’attacher avec un antivol en U le cadre avec la roue avant sur l’arceau. Une roue arrière est plus difficile à démonter. Pour faire mieux, il existe des antivols de roue. Il y a des solutions pour sécuriser son vélo, à nous d’augmenter les arceaux. La moitié des vélos est volée sur le lieu du logement. On peut aussi se tourner vers le vélo pliant.

Sans généraliser, on ne peut pas nier que certains cyclistes ont des comportements plutôt dangereux, en ne respectant pas le code de la route…

Le nombre d’accidents a baissé, le nombre de blessés a été divisé par deux en cinq à six ans. En même temps, il est vrai qu’il y a des drames.Ce n’est pas dangereux de faire du vélo si on respecte les règles, la sécurité du cycliste dépend de son comportement individuel. Je pense que plus il y a de cyclistes, moins c’est dangereux de se déplacer à vélo. Puisqu’il y a du débat sur un second périphérique, faisons-le pour les vélos !

Quels sont vos projets ?

Si je me projette dans l’avenir, je voudrais terminer les axes prioritaires, j’y consacrerai toute mon énergie dans l’année qui vient. Mais pour aller un peu plus loin, je dirais que l‘un des sujets qui va le plus me mobiliser, est le réseau « express vélo » c’est-à-dire une autoroute vélos où le cycliste pourrait être prioritaire aux intersections, en synchronisant les feux sur la vitesse des vélos et pas sur celle des voitures. Ce sera peut-être pour un prochain mandat !

 

Jean-Michel Lattes

« Aujourd’hui, les piétons sont clairement sacrifiés »

Lors de la précédente mandature, Jean-Michel Lattes était l’élu en charge de la circulation, à laquelle la politique vélo était rattachée. Il est porte-parole de l’association « Toulouse Avenir ».

Jean-Michel Lattes, sous la précédente mandature vous étiez en charge de la question, que pensez-vous de l’actuelle politique vélo ?

En 2007, nous avons fait une étude sur les discontinuités cyclables, et constaté qu’il y avait des ruptures. De cette étude nous avons établi un plan de résorption des discontinuités cyclables.  Un des bonus que l’on peut donner à Philippe Goirand, c’est qu’il a été fidèle à ce plan. Autre bonus, nous avons mis en place les vélos stations, la nouvelle équipe municipale a élargi les plages horaires, c’est bien. Le budget Métropole a été développé, c’est positif car il faut que la question soit vue à l’échelle de l’agglomération.

Et pour les points négatifs ?

Pour le reste, je suis moins convaincu et des problèmes demeurent. Ils n’ont pas trop soigné le détail. Des endroits annoncés « pistes cyclables » font 25 cm de large comme route de Seysses et à Gironis. A Casselardit, il y a encore des panneaux sur la piste cyclable. Il y a des choses plus politiques, qui traduisent des conflits dans la majorité comme par exemple la voie du Canal Saint Martory où la piste cyclable a été sacrifiée. Le fait que le tramway ne soit pas entièrement compatible avec le vélo, n’est pas non plus un point positif. Il y a également un défaut sur l’éclairage des pistes cyclables, il n’est pas soigné. Le problème des vols de vélos est aussi très fort, de même que les dégradations, les carcasses laissées à l’abandon ici ou là. Un autre point sur lequel je suis en désaccord : le gaspillage de la subvention pour l’achat de vélos électriques. Elle ne s’adresse pas vraiment à tout le monde et ne participe donc pas à la démocratisation du vélo.

Récemment il y a eu deux accidents assez graves…

Concernant l’accidentologie en ville, je pense que la manière de développer leur politique à la kalachnikov n’aide en rien. Cela favorise ce que l’on appelle le « vélo sauvage ». Lorsque l’on développe ou favorise un moyen de déplacement, il faut veiller à ne pas sacrifier les autres. Aujourd’hui, les piétons sont clairement sacrifiés, comme par exemple rue Alsace. Il ne faut pas forcer les choses et avancer étape par étape, par des temps de pédagogie, d’apprentissage. Lorsque nous avons, sous notre mandature, ouvert aux vélos les voies de bus, autant vous dire que les chauffeurs n’étaient pas contents. Nous avons expérimenté, avancé progressivement pour que l’adhésion se fasse.

 

 

Les chiffres

120km de double-sens cyclables

97 nouvelles pistes cyclables

508km de voies cyclables au niveau de l’agglo

 

Petit code à l’usage des cyclistes urbains

-respecter le code de la route

-faire preuve d’empathie et de courtoisie

-élaborer son parcours (http://www.geovelo.fr/ calculateur d’itinéraires à vélo par Toulouse métropole)

-prendre confiance

-avoir un vélo adapté

-éviter de penser qu’on est sur les routes du Tour de France

-Utiliser ses cinq sens



5 COMMENTAIRES SUR Vélo, ça déraille ?

  1. Raymond Schmorak dit :

    Deux grands “bémols” sur la vélomanie: les axes pour vélos dans les rues étroites sont une aberration et l’absence de lumière sur beaucoup de ces bicycles est une infraction dangereuse au code de la route que personne ne verbalise… d’ailleurs, il n’y a plus personne pour verbaliser…

  2. theron dit :

    L’association vélo, dont Boisvieux est le président, est malheureusement la seule à trouver que ce qui est à Toulouse est suffisant. pour les cyclistes. Cette association ne voit que par le petit bout de la lorgnette :
    - l’accidentologie des vélos de location, pour moins de 10% des cyclistes (vélib+MDV) c’est 50% des accidentéEs.
    - les ateliers associatifs de vélo sont menacés ou expulsés par la mairie, qui dépense 15 millions par an pour faire des ghettos sans concertation avec les associations et ne donne rien aux ateliers : pas un local, pas une récup de vélo et aucune concertation.
    - ce sont les ateliers de vélo qui sont des associations d’usagers, à l’association vélo on ne trouve que des bobos ou des vieux croulants, ce sont les ateliers de vélo qui aident les cyclistes à être en sécurité, en les aidant à avoir des vélos en état, comment éviter les pièges de la rue, etc.
    - sur le vélo, la mairie ne fait que des effets d’annonce, en fait il n’y a jamais de concertation sur quoique ce soit. C’est pas grave, on va les mettre systématiquement au tribunal, avec les condamnations on se paiera des locaux !

    Certes, Toulouse est moins pire que Marseille, mais quel retards !

  3. Jean-Michel LATTES dit :

    « Ma réponse à la réponse de Philippe Goirand »

    Par

    Jean-Michel LATTES
    Porte parole de Toulouse Avenir

    Dans une longue réponse, monsieur Goirand responsable de la politique vélo de Toulouse Metropole répond à ma tribune publiée dans le Journal Toulousain. Il me demande, dans sa conclusion, ce que nous proposons.
    C’est donc une réponse à sa réponse que je lui propose dans ce qui constitue – et c’est bien – un échange démocratique sur un sujet de fond.

    Quelques précisions préalables…
    Je n’étais pas en charge du vélo à Toulouse sous la précédente majorité municipale, c’était mon collègue le docteur Dufetelle qui en avait la responsabilité mais je pense que vous le saviez. Pour autant, j’ai été très largement associé à ses travaux étant, de mon coté, à l’époque en charge de la circulation, des transports et du stationnement et, de fait, je me considère largement solidaire et responsable de ce qui a été fait.
    Vous critiquez l’expression « politique à la kalachnikov » utilisée dans l’article et vous avez raison. L’expression est excessive et il est parfois difficile dans une conversation avec un journaliste de toujours mesurer ses propos. J’ai par ailleurs eu l’occasion de le dire dans des échanges Internet publics.
    La journaliste responsable de cette intéressante étude pourra d’ailleurs témoigner du fait que je lui ai indiqué considérer que vous aviez fait avancer le dossier dans le bon sens.
    A l’inverse, à la lecture de votre réponse, on a le sentiment que rien n’avait été fait avant vous… Je préfère pour ma part la réaction équilibrée du Président de l’association vélo qui indique, je cite, « Toulouse est plutôt bien lotie en termes d’infrastructures destinées aux cyclistes », indique Sébastien Bosvieux, « nous n’avons jamais été ni à la traîne ni en avance, les élus ont toujours eu une politique de suiveurs dont nous n’avons pas à nous plaindre ». On retrouve dans votre réponse la tendance naturelle des élus de votre majorité à considérer qu’ils incarnent la vérité et que rien dans le passé n’était à conserver.
    Enfin, quand à mon cas personnel, je vous indique que mon épouse et moi faisons 80% de nos déplacements en ville à vélo et cela depuis de longues années. Jeune étudiant, j’ai adhéré à l’association vélo en 1984, et j’ai à l’époque participé à ses actions militantes. Elu à la Mairie de Toulouse, je ai, bien sur, arrêté de participer à ses actions tout en continuant à cotiser régulièrement. Pour autant, mon statut de cycliste ne m’empêche pas d’analyser objectivement les choses.
    Je vais donc vous répondre en deux temps… sur notre bilan afin de rappeler ce qu’est notre bilan … et sur votre action en soulignant ses avancées et ses carences.

    Notre bilan…

    Il serait absurde de dire que tout ce que nous avons fait durant le mandat précédent était parfait comme il serait absurde de dire que vous n’avez rien fait. Je note cependant que les réunions auxquelles je participais avec les associations en responsabilité du dossier étaient beaucoup plus équilibrées que votre propre analyse de notre bilan. Les multiples actions menées en commun témoignent, de ce fait, d’une relation constante.
    Si l’association vélo n’a jamais voulu se situer sur le terrain politique, elle a par contre parfaitement joué son rôle associatif, à la fois sans concession mais aussi sans excès. De notre coté, nous avons veillé à lui laisser la possibilité de développer son action en toute indépendance y compris lorsqu’elle s’est retrouvée privée de son local historique de la Daurade.
    De fait, nous avons été amenés à travailler avec eux en avançant sur de nombreux dossiers comme l’accès des vélos aux couloirs bus . Je vous invite d’ailleurs à comparer les kilomètres de couloirs bus – accessibles aux vélos – créés à Toulouse sous le mandat précédent et ceux créés sous votre mandat. Tout cela s’est fait dans la concertation pour faire accepter aux conducteurs cette mixité bus-vélo.
    De même, nous avons fortement développé les stationnements deux roues, vélos en particulier pour accompagner la montée en puissance de ces différents types de moyens de déplacements.
    Quand aux zones « apaisées » que vous évoquez, elles ont été lancées par nous et votre début de mandat n’a fait qu’accompagner les chantiers déjà programmés que vous avez ensuite élargis. On peut faire la même remarque pour les contre-sens cyclables dont j’ai assuré le lancement sur la ville.
    D’autres exemples auraient pu être évoqués comme la peinture verte sur les pistes cyclables … qualifiée à l’époque de gadget par vos amis, la création de la journée sans voiture, la piste du canal du midi aujourd’hui, hélas, très dégradée faute de surveillance et d’entretien, le Bike parc, et, à l’échelle de la communauté d’agglomération, le Fil vert permettant de préfigurer un réseau métropolitain…
    Concernant le cas particulier de la rue d’Alsace qualifiée par vous de biodégradable, vous faites semblant d’ignorer que cette mise en place provisoire a été immédiatement suivie par un appel d’offre que votre équipe a annulé en acceptant de payer un dédit et en prenant un retard qui fait de cette avenue une des plus lentes de France en terme d’élaboration. Ce dédit de 240 000 € a été d’autant plus dommageable que la seule différence notable aura été le square du Capitole… très minéral pour vous alors que nous aurions conservé beaucoup plus d’arbres remarquables. L’aménagement que vous critiquez ne l’avait d’ailleurs pas été à l’époque par les cyclistes eux mêmes.
    Je note, enfin, que tout le monde s’accorde à considérer que le dispositif vélo Toulouse aura été décisif dans la montée en puissance du vélo à Toulouse. Vous en avez étendu l’usage – c’est bien – mais force est de constater que vous avez ici largement bénéficié d’une action menée avant vous.
    Bref, insuffisante ou pas, nous avons eu une politique vélo à Toulouse et on ne peut que constater qu’une large partie de votre action se situe en fait dans notre continuité. Les analyses de l’Association vélo et de ses responsables en ont à l’époque témoigné avec honnêteté traduisant, à la fois, les avancées réalisées et les progrès nécessaires à programmer.

    Votre bilan…

    Je le répète, il serait peu honnête de ma part de dire que vous n’avez pas fait avancer la cause du vélo à Toulouse durant le temps de votre délégation. Alors qu’une ville comme Ramonville a longtemps été citée comme très en retard sur ce dossier, ce n’est plus le cas de Toulouse même si, en la matière, il reste et restera toujours beaucoup à faire.
    En relation avec les ingénieurs et techniciens de la ville avec qui j’ai eu la chance de travailler durant le mandat précédent, ceux ci m’ont indiqué que votre mandat avait été inscrit dans son début dans la perspective de l’étude de résorption triennale des discontinuités cyclables que nous avions fait réaliser par un cabinet d’étude sous contrôle de l’association vélo. Vous avez prolongé cette action et cela est à mettre à votre crédit même si le chantier prévu par l’étude aura duré, en fin de compte, plus de trois ans.
    De même, l’augmentation des crédits consacrés au vélo est une très bonne chose et vous pouvez la revendiquer.
    Enfin, le passage d’une logique de ville – Toulouse – à un espace désormais Métropolitain est une évolution que je considère comme majeure. Vous avez incontestablement accéléré le processus de mise en place d’un réseau intercommunal qui sera indispensable pour l’avenir.

    Pour autant, tout bilan se doit d’être amélioré et je me reconnais le droit d’évaluer, de critiquer et… rassurez vous… de proposer.
    Vous indiquez que l’ancienne équipe ne faisait des pistes … que la où cela ne la dérangeait pas. Je vous invite à relire l’intégralité des comptes rendus des CA de l’association vélo pour constater que vos critiques manquent de nuance. Lorsqu’il a fallu résoudre des difficultés ( ex. Port St Sauveur, avenue de Muret… ), nous avons pris les décisions qu’il fallait. Quand j’analyse certaines de vos réalisations comme, par exemple, la piste cyclable de la route de Seysses ou celle de la rue de Gironis de 25 cm de large et donc inutilisables en pratique, j’ai le sentiment que c’est plutôt vous qui avez tracé des pistes où cela vous arrangeait. J’ajoute que vous citez en exemple des axes d’agglomération où les élus n’ont pas changés et à qui vous ne reprochez pourtant aucun immobilisme. Je ne sous-estime pas cependant les difficultés urbaines pour les avoir traité en son temps mais cela tempère un peu votre autosatisfaction.
    Je regrette en outre que vous n’évoquiez pas les budgets de « l’ancienne municipalité » en vous limitant de les qualifier de « faibles », certains chantiers menés à bien par nos soins m’ont semblé au contraire très significatifs.
    D’autres manques me semblent devoir être relevés concernant le mauvais éclairage de pistes venant d’être créées, l’oubli du vélo dans les projets tramways tant sur la ligne en service que sur la portion de l’avenue de Muret, les vols de vélos et les carcasses accrochées aux barrières de la ville, … Je note aussi que vous n’avez pas dit un mot de l’aménagement de la Voie du canal St Martory où les vélos ont été clairement sacrifiés par les collectivités.
    Concernant les vélos à assistance électrique, je reste sur un désaccord complet considérant que vous avez subventionné des personnes qui ont surtout profité de l’effet d’aubaine alors que les coûts de ce type de véhicule les rendent inaccessibles aux foyers modestes.

    .

    Notre projet…

    Vous vous inquiétez de mes propres propositions… je vous rassure vous les connaitrez bientôt ! Dans le cadre de la préparation des élections municipales prochaine, l’association Toulouse Avenir créée par Jean-Luc Moudenc travaille depuis 5 ans déjà sur de nombreux thèmes intéressant les toulousains.
    Une de ses commissions traite du transport sous toutes ses formes pour aborder le sujet de manière globale et non moyen de transport contre moyen de transport. Nous avons, bien sur, l’intention de poursuivre le développement de l’usage des vélos dans l’agglomération mais en recherchant plus que vous ne l’avez fait une réelle cohabitation des usagers, en particulier en protégeant les piétons dont le vivre en ville est essentiel.
    Les vélos ont longtemps été laissés pour compte, leur valorisation doit se faire dans le respect de tous et l’expérience associative récente sur le partage de la rue Alsace va dans le bon sens.
    Je regardais récemment votre campagne de publicité municipale sur le vélo où vous vous glorifiez du bilan sur la base d’études de satisfaction parues dans la presse… je vous invite à regarder les campagnes réalisées sous notre mandature et vous y trouverez des stratégies de communication sur les risques partagés, sur la cohabitation piéton-vélo- bus- voiture…, sur la volonté d’aller vers une ville apaisée.
    Finalement cela résume bien notre débat.

  4. Philippe Goirand dit :

    Monsieur Lattes,

    Vous me permettrez d’abord de mettre un lien vers le texte auquel vous venez de répondre.
    http://philippegoirand.blogspot.fr/2013/05/reponses-mr-lattes-sur-la-politique.html .
    La clarté du débat y gagnera…

    Vu la longueur de votre réponse, j’espérais y trouver des propositions. Il faudra encore patienter.
    L’autosatisfaction que vous m’attribuez est surtout un moyen de dérouler votre bilan et de critiquer ces 5 dernières années d’action pour le vélo. Ficelle un peu grosse…

    Alors oui, votre bilan n’est pas nul. Oui, plein de problèmes demeurent. Mais il est tout aussi clair que nous avons mis bien plus de moyens dans la politique vélo (11 M € / an sur la communauté urbaine en plus des VélOToulouse) et que la forte augmentation du nombre de cyclistes est visible.

    Mais c’est vraiment de l’avenir que j’aimerais parler avec vous. Après les décennies “tout voitures”, le vélo est de nouveau considéré comme un moyen de déplacement urbain crédible, parce que non polluant, économe en espace public et plein d’avantages pour ses utilisateurs (efficacité, économie, santé, plaisir…). Les besoins en infrastructures de qualité restent effectivement très importants. Alors, les prochaines voies cyclables, on les met où ? Pour moi, c’est clair : c’est sur les grands axes, alors que les axes secondaires doivent être apaisés en zones 30 ou zones de rencontre. L’espace public n’étant pas extensible, ça va induire de supprimer des voies de stationnement ou d’aménager des sens uniques automobiles sur ces mêmes grands axes. L’extension du Plan Local de Stationnement ou l’aménagement de parkings doit faire partie des réponses à étudier pour compenser les pertes en stationnement résident.

    Je serais curieux de connaître votre vision en la matière, alors que vos amis sont vent debout contre les projets de transports collectifs dès lors qu’ils amènent à supprimer du stationnement…… Alors pour des voies cyclables…

    Vous voulez protéger les piétons.… Nous aussi. La question est de savoir comment. Je n’ose imaginer que vous souhaitiez les équiper d’un pare-choc, d’une armure ou encore d’une caméra de vidéo “protection”… Relisez mon message précédent. Que pourriez-vous proposer de plus que d’organiser le partage de l’espace public en installant des zones 30 et des zones de rencontres sur l’ensemble de nos rues (hormis les grands axes) et d’associer communication, prévention et répression pour arriver à un meilleur respect mutuel des usagers de la rue ? Je suis toujours preneur de nouvelles idées…

    Dans un raisonnement curieux, vous semblez vouloir mettre en cause ma relation avec l’association Vélo. Je vous rassure, elle est très cordiale, respectueuse et constructive. Au point que notre travail commun sur un outil de remonté d’information sur les aménagements leur a valu un “Talent du Vélo” au congrès des villes cyclables !

    Au plaisir d’échanger, et d’avancer !

  5. Theron dit :

    Hier soir, c’était le “débat public” organisé par l’asso vélo sur le bilan cyclable des élus… Bien entendu tout était verrouillé en 2h, le public devant rester bien assis et ne poser qu’une question à la fois sur les sujets imposés. Plusieurs personnes ont essayé de donner leurs avis et réflexions, aussitôt le micro était coupé et les personnes voyaient des personnes de l’asso vélo les entourer, preuve que dans un “débat public” toute parole discordante, qui ne va pas dans le sens de la propagande municipale, doit être étouffée et entravée. Je suis donc intervenu une 1è puis une seconde fois pour dénoncer l’inexistence de dialogue et de démocratie locale, quelques minutes après les flics municipaux débarquaient, appelés par l’asso vélo sur consigne de Jean Charles Valladier, pour essayer de me faire sortir mais rien à faire je suis resté. Ils ont même essayé juste avant de faire sortir une personne qui levait le bras pour poser une question, en tentant de l’intimider. Les personnes de l’asso vélo noyautaient la salle, pas très nombreuse, et ont montré leurs collusions d’intérêts avec ces “élus” de “gauche” qui veulent des citoyenNEs obéissants et devant rester silencieux sur les mensonges distillés. A la sortie, je me suis tapé les quolibets des “responsables” de l’asso vélo, agrémentés de quelques menaces… D’ici quelques heures je mettrai en ligne la vidéo de ce débat, ainsi tout le monde pourra juger des méthodes particulièrement anti-démocratiques de l’asso vélo et des élus ayant participé à cette mascarade de “débat public”

    Olivier Theron, collégien de l’association “Vélorution !” et membre du CA de L’Heureux Cyclage

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