Universités toulousaines; Le feu aux poudres

Manifestations, blocages, grèves des enseignants, remise en cause des examens… Depuis deux mois, la communauté universitaire est mobilisée à Toulouse contre les réformes gouvernementales. Et certaines décisions relèvent du jamais vu, même lors des événements de mai 68.

 
Au Mirail, c’est bien connu, étudiants et enseignants sont prompts à quitter les amphis pour gagner la rue munis de banderoles revendicatrices. On y a droit chaque année mais, cette fois, le conflit dure depuis deux mois et les manifestants ne semblent pas prêts à rendre les armes, d’autant plus que les membres de l’Université Paul Sabatier ont rejoint les rangs des insurgés. A l’origine de la mobilisation, des réformes gouvernementales sur l’autonomie des universités ou sur le statut des enseignants-chercheurs. Au total, Toulouse a connu avant les vacances de Pâques des journées de manifestations depuis le mois de novembre dernier avec des milliers d’étudiants dans la rue, des assemblées générales sur les trois universités toulousaines et un blocage du Mirail et de Paul Sabatier depuis mi-février.

 


Face à cette mobilisation massive, les réactions sont diverses : certains ne prêtent pas attention aux manifestants, la grève des étudiants étant devenue une tradition dans la Ville rose, d’autres se montrent solidaires en ces temps de crise généralisée. Mais beaucoup d’étudiants sont également inquiets quant à leur avenir, à l’image de Hanane, 19 ans, actuellement en deuxième année d’anglais : «J’essaie de me tenir au courant car depuis un mois je n’ai plus cours. Mais je ne peux pas me rendre aux assemblées générales car je dois rattraper les cours et travailler pour payer mes études. Je pense que les blocages ne servent à rien même si je comprends les revendications. Je prévoyais moi-même de passer un Capes mais si le gouvernement entreprend sa ré- forme, je vais devoir changer de voie. Je suis inquiète pour le futur.» Marlène, 20 ans, a quant à elle eu la surprise d’apprendre la veille de son concours le blocage du Mirail : «Le 7 mars dernier, je devais passer le concours écrit d’auxiliaire de puériculture et j’ai appris la veille sur le site internet de l’Ifras (Institut de formation et de recherche en action sociale, ndlr) que la fac serait bloquée le lendemain ! Aucun frais n’a été remboursé, notamment pour les étudiants venus d’autres villes comme Marseille. Les épreuves ont été repoussées au 4 avril, retardant ainsi le concours oral. Ce dernier pourrait se dérouler en juillet et donc remettre en cause les boulots d’été des candidats.»

 

Une image écornée

Le président de l’université du Mirail, Daniel Filâtre, n’a pas caché son désaccord sur la forme à ses étudiants : «Je comprends vos inquiétudes mais je veux vous dire qu’il est possible de concilier ce mouvement de contestation avec une ouverture de l’université. Je condamne tout blocage, quand bien même je comprends le mouvement d’opposition à des réformes précipitées, non négociées. […] Il risque de pénaliser toutes celles et ceux pour qui réussir des études universitaires est un enjeu primordial.»
Et on apprend ces derniers temps que les examens pourraient ne pas avoir lieu. Le 1er avril dernier, une assemblée générale d’enseignants votait la validation du second semestre pour tous les étudiants du Mirail, sans aucun partiel à passer ! Une première en France qui n’a même pas vécu pareille décision lors des événements de mai 68. Pas de poisson d’avril mais un pavé dans la marre de l’université toulousaine qui a vivement fait réagir son président : «La direction de l’université rappelle que seule l’instance élue qu’est le conseil d’administration est à même de prendre une telle décision. Une chose est sûre : nous n’accepterons en aucune façon de délivrer de manière automatique nos diplômes. Un nouveau calendrier d’examens est à l’étude, en concertation avec l’ensemble des composantes. Nous l’expliquerons aux étudiants dès la semaine de la rentrée.»
En attendant, l’image de l’université et des diplômes qu’elle délivre se ternit. Les filières littéraires et de sciences humaines ont de moins en moins le vent en poupe pour des questions de débouchés et l’étiquette de “lieu contestataire” ne fait pas du bien au Mirail. Pour preuve, l’UTM a perdu 5 000 étudiants en 6 ans et pourrait passer sous la barre des 20 000 inscrits à la rentrée prochaine alors qu’elle reste compétitive dans le monde international de la recherche. Pourtant, le fait que les étudiants et enseignants de Paul Sabatier à Rangueil aient rejoint le mouvement de contestation et de blocage des cours ces dernières semaines n’est pas anodin. Il traduit un véritable malaise dans le monde de l’éducation.

 


Si Paul Sabatier a voté avant les vacances la reprise des cours au 20 avril, le mystère reste entier au Mirail qui pourrait de nouveau monter au front à la rentrée. Une telle décision mettrait en péril les partiels mais retarderait également les jobs d’été des étudiants. Le président du Mirail promet «des temps de réflexion et de débats sur la place et le rôle de l’université dans la société» dès la rentrée. La bataille ne fait donc que commencer…

Sophie Orus


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