Une Réserve d’Etoiles au Pic du Midi

Lancement officiel de la Réserve Internationale de Ciel Etoilé du Pic du Midi. Reportage au cœur des étoiles et retour sur une labellisation unique en France et ses enjeux économiques, écologiques, sociétaux et de développement durable.

 

 

Jour de fête le 19 décembre au Pic du Midi où l’on célébrait l’obtention officielle du titre de Réserve Internationale de Ciel Etoilé (RICE) ! Un joli nom, promesse de nuits de contemplation au sommet et de magie étoilée ? Oui mais pas seulement car, du haut de ses 2877m, le Pic du Midi va désormais surplomber une zone labellisée RICE de quelque 3600 km2, impliquant plus de 250 communes, de grandes entreprises, de grandes villes, mais aussi des partenariats scientifiques prestigieux, les professionnels de la montagne, le Parc National des Pyrénées, le tout dans une dimension et une aura internationales.

 

De l’idée au label RICE

Situé dans les Hautes-Pyrénées, et connu pour son superbe panorama sur la chaîne pyrénéenne, le Pic du Midi est aussi célèbre pour son Observatoire, dont la création remonte à la fin du XIXe siècle et qui fut un site pionnier d’observation astronomique, mais aussi météorologique, botanique et de géophysique en son temps. Aujourd’hui rattaché à l’Observatoire Midi-Pyrénées, le Pic du Midi est un haut-lieu de l’astronomie et de l’observation du soleil, des planètes et des étoiles, grâce à la pureté de l’air environnant et à la stabilité de l’atmosphère. Mais depuis 2008, les chercheurs notent un accroissement inquiétant de la pollution lumineuse, qui s’incarne jusqu’aux halos lumineux de Toulouse et Barcelone ! Une association réunissant quelques passionnés d’astronomie et amoureux du Pic est donc créée qui va, sous le nom de Pirene (Pic du Midi REserve Nuits Etoilées), monter un dossier auprès de l’International Dark Sky Association. Officiellement lancé en juin 2009, le projet de création d’une Réserve Internationale de Ciel étoilé, qui a entre temps notamment rallié les collectivités territoriales impliquées, l’Université de Pau-Pays de l’Adour, EDF, Parc National des Pyrénées et même la ville de Toulouse, a été couronné ce 19 décembre avec ce label de RICE (la 6e au monde et la 1ere en Europe) décerné par la Dark Sky Association.

 

251 communes impliquées

la pollution lumineuse vue du Pic du Midi avec le halo de lumière de Toulouse au loin à droite

 

De quoi s’agit-il ? De préserver l’exceptionnelle qualité de ciel (la meilleure en France selon les locaux !) du Pic du Midi. Comment ? En éteignant la lumière ! Pas tout à fait même si 251 communes de la zone dite tampon (Pays des Vallées des Gaves, Communauté de Communes de Haute-Bigorre, Pays des Nestes, 85000 habitants concernés, plus de 40000 points lumineux) se sont engagées dans la réduction de la pollution lumineuse qu’ils engendrent et dans la mise en place d’un nouveau mode d’éclairage public durable et respectueux des étoiles. Le village d’Aulon est un site pilote, avec la mise en place pour un coût de 25 k€ d’un nouveau système d’éclairage. A la clef, une diminution de 85% du flux lumineux émis hors de la surface utile… et une économie d’énergie pour la commune de 35% ! 40 autres villages ont déjà amélioré leur éclairage et des Guides de l’Eclairage à destination des collectivités et du grand public ont même été conçus afin de sensibiliser techniciens et citoyens. Au centre de la zone tampon, la Zone Cœur de la RICE représente 600 km2 d’espaces naturels protégés dont le Parc National des Pyrénées qui eux ne contiennent pas d’éclairage public permanent.

 

Enjeux économiques mais aussi écologiques et sociétaux

 

Si le plan d’action de la Réserve du Pic du Midi s’articule autour de trois axes de fonctionnement (amélioration de l’éclairage, programme d’éducation et d’animation, mesure de la qualité de ciel étoilé), les enjeux sont eux multiples. Scientifiques tout d’abord afin de permettre aux chercheurs de poursuivre leur travail d’observation du ciel nocturne. Economiques en limitant le gaspillage de la lumière émise vers le ciel et donc sans intérêt pour la circulation et la sécurité. Touristiques en permettant de déployer une nouvelle offre de visite scientifique tout en promouvant une démarche intelligente de développement durable. Mais les enjeux sont aussi de nature écologique et de préservation de la biodiversité car la faune est au deux tiers nocturne et a donc besoin de la nuit pour se perpétuer. « La division du temps entre le jour et la nuit est un élément fondamental de la vie et de l’évolution des animaux et des végétaux » a rappelé l’astrophysicien Hubert Reeves, parrain de la RICE du Pic du Midi, qui voit dans cette opération de Réserve étoilée une façon de « rendre le ciel aux gens. » Et un enjeu quasi-philosophique car le temps, celui de la nature, celui de l’homme, celui de l’histoire, est rythmé par le jour et la nuit. La RICE du Pic du Midi va donc permettre, à l’échelle de cette portion des Pyrénées, de rétablir l’ordre des choses ! Et puis que ne ferait-on pas pour le plaisir d’observer la voie lactée…

 

Gardiens des Etoiles

 

Le Programme Gardiens des Etoiles, mis en place au cours des étés 2012 et 2013 et désormais perpétué, concerne les gardiens de refuge des Hautes-Pyrénées et les gardes-moniteurs du Parc National, qui se transforment la nuit venue en gardiens du ciel et en chercheurs d’étoiles. Munis d’instruments de mesure, ils enregistrent ainsi, chaque soir sans lune avec ciel dégagé et à un endroit fixe, la qualité du ciel. Grâce à eux, plus de 600 mesures ont déjà été faites au cours des deux premiers étés permettant de dresser un état des lieux.

 

 

 

Au plus près des étoiles : Une Nuit au Pic

 

Passer une nuit au Pic du Midi, pour mieux comprendre l’intérêt de protéger ce ciel unique. Montée en téléphérique, dîner au restaurant du Pic, nuit en chambre doubles, sobres mais design et refaites à neuf, pour profiter, le petit matin venu et après avoir admiré la voûte céleste nocturne et ses étoiles, du lever de soleil sur la chaîne des Pyrénées.

www.picdumidi.com/nuits-au-sommet

 

 

 

International Dark Sky Association

 

Il s’agit d’un organisme international qui s’intéresse aux problématiques soulevées par la pollution lumineuse. L’IDA compte plus de 11000 membres répartis dans 70 pays et a labellisé à ce jour six Réserves Internationales de Ciel Etoilé au Canada, en Angleterre, en Nouvelle-Zélande, en Namibie et la dernière au Pic du Midi en France.

 

Alexandra Foissac



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