Une “Ovni présidence”

Au-delà de l’actualité immédiate qui voit la médiatisation de la menace antiterroriste d’autant plus s’accentuer que cinq Français viennent d’être enlevés au Niger, le pape effectuer un voyage contesté en Grande-Bretagne (là aussi alerte terroriste), Jean-Louis Borloo (sondages aidant) poursuivre sa campagne pour l’hôtel Matignon alors même que l’Élysée est loin d’avoir tranché ; au-delà de l’utilisation provocatrice de l’histoire (avec notamment les statues de Lénine, Staline et Mao mais aussi Jaurès, Churchill, de Gaulle et Roosevelt), des propositions d’Hortefeux souhaitant l’élection du juge de l’application des peines (il y en a 650 en France), des deux ouvrages qui proposent une biographie de Carla Bruni-Sarkozy (qui s’y révèle aussi politique que son chef d’État de mari) ; au-delà de ces fragments d’information ayant souvent constitué événement, c’est l’image de la France en Europe et dans le monde qui, depuis le Discours de Grenoble, les affaires et surtout les expulsions de Roms, se dégrade fortement comme l’illustrent quelques extraits de la presse étrangère : «Quand il donne le meilleur, Sarkozy est un politique extraordinaire ; quand ses forces l’abandonnent, il n’est plus qu’un opportuniste sans scrupules» (The Economist) ; «A force d’aller pêcher les voix du Front National, le Président détériore l’image de la France» (Le périodique de Catalogne) ; «En France, l’ampleur des manifs décide des réformes» s’étonne un quotidien de Munich ; «Quand le problème des Roms se cantonnait à l’est de l’Europe, la France faisait la leçon à tout le monde. Aujourd’hui il en va autrement» (Journal de Bucarest) ; le New Statesman trouve que «la France vire à droite» avec à sa tête «Napoléon le faible» avec néanmoins cette citation de l’Empereur en guise de viatique pour 2012 : «Le pouvoir est ma maîtresse. J’ai eu trop de mal à la conquérir pour laisser qui que ce soit me l’enlever.»

 
Un Nicolas Sarkozy se retrouvant dans les sondages à ses plus bas niveaux d’après les Régionales (troisième plus bas score de satisfaction de son quinquennat et le second plus haut niveau de mécontentement, minoritaire dans tous les groupes sociaux et politiques sauf chez les sympathisants UMP. Une majorité de citoyens dénonce le caractère inapproprié de la politique conduite envers les Roms (Daniel Cohn-Bendit déclare avec raison : «Cela n’a rien à voir avec les camps d’extermination, c’est aberrant de comparer avec l’Allemagne nazie. Le problème actuellement c’est de savoir si la politique de la France est en adéquation avec la législation européenne») ; cette politique inquiète par ses généralisations ravive des souvenirs, suscite des interrogations sur la compétence du pouvoir, se trompe de bouc émissaire («il s’occupe des roms mais pas de l’émigration»). Même le milliardaire George Soros (qui a dépensé 150 millions de dollars par le biais de sa fondation “Open Society” pour améliorer la condition des Roms) appelle à prendre conscience des droits des Roms, dénonce «la violation des normes et des règlements européens» par Sarkozy et en appelle à un «New-Deal éducatif» sur le long terme, tout en affirmant (une leçon de morale donnée à l’exécutif ?) que «stigmatiser un groupe ethnique, le présenter comme collectivement menaçant pour la société, c’est l’inverse même des droits de l’homme». À la veille de l’ouverture du Sommet de l’ONU sur les objectifs du millénaire pour le développement, le Président pris en étau entre «urgences sociales et outrance sécuritaire» doit faire face à ce que certains appellent une «Berlusconisation» («il ressemble aux gesticulation du Président du Conseil italien» selon D. Cohn-Bendit) et repenser sa communication aux yeux de ses concitoyens mais aussi de l’Europe et du Monde, au moment où Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot sortent un livre sur “Le Président des Riches”, enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, où son épouse est chahutée par deux biographies, où François Hollande et Ségolène Royal (sans concertation) en appellent à dépasser l’anti-sarkozysme (Hollande soulignant que «l’omni-présidence qui caractérisait Nicolas Sarkozy est devenue une “ovni présidence”, extraconstitutionnelle, extralégale, extravagante.»)
«En 1968, au bout de la révolte il y avait de l’espoir. L’horizon était dégagé. Aujourd’hui il y a un sentiment de ras-le-bol mais aussi beaucoup de désespoir. Ce cocktail peut durcir les mouvements» affirme D. Cohn-Bendit. Le 23 septembre sera-t-il donc queue de comète d’une contestation qui se veut pérenne ou point de départ d’une grève générale rendant la contestation globale et mettant la démocratie française en dissidences ?

Stéphane Baumont


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