Une femme à la barre

Pour la première fois à Toulouse, une femme pilotera un bateau de commerce. Rencontre avec Laurence Pourquier, née sur le Canal du Midi, et fière de prendre la barre du célèbre Occitania.

 
Chez les Pourquier, naviguer est une question de génétique. Laurence, la petite dernière, n’échappe pas à la règle et avoue être “née sur l’eau”. Cette jeune femme de 33 ans fait partie de la 5ème génération de bateliers d’une famille pour qui la marine est une philosophie de vie. Avec son certificat de conduite de bateaux de commerce en poche, Laurence va désormais prendre la barre de l’emblématique Occitania, bateau de croisière toulousain.
Bercée par les remouds du Canal du Midi dès sa plus tendre enfance, à bord de l’automoteur construit par son père “L’Ariège”, Laurence Pourquier a toujours voulu faire de cette passion son métier. C’est pourquoi elle tente sa chance dans la marine nationale en 1996, «pour goûter à l’eau salée» comme elle se plaît à le rappeler. Durant six ans, la jeune batelière va œuvrer à la transmission puis à la timonerie. Dans un univers largement masculin, Laurence fait ses premières armes et s’aguerrit sur le Bougainville et le Foudre : «On ne compte que 5 à 10 % de femmes embarquées sur les bateaux de la marine nationale. Mais les mentalités évoluent et les appareils se modernisent pour être plus adaptés aux femmes et à leur vie de famille.»

 

Un rêve, le transport de passagers

Parvenue en fin de contrat, Laurence aspire à retourner à Toulouse, «sur mon fleuve, mes canaux.» Bien connue dans le milieu fluvial, elle tente de nouer de nouveaux contacts et la persévérance paie. L’équipe de l’Occitania la prend sous son aile et le capitaine Serge Grenouilloux la forme à la navigation de commerce. «J’ai dû passer un permis spécial et enregistrer 120 jours de navigation avant de valider la théorie à Paris et la pratique à Toulouse.» Aujourd’hui, chemise blanche et pantalon noir traditionnels, elle s’apprête à recevoir ses galons et à officier à partir du 21 juillet sur l’Occitania, en alternance avec son capitaine : «Quand on aime naviguer, on veut se diriger vers le transport de commerce et le transport de passagers, même si cette activité me donne une pression supplémentaire.»
Mais le plaisir de retrouver son cher Canal du Midi n’a pas de prix. Une à deux semaines par mois, Laurence Pourquier voguera sur les flots toulousains jusqu’au Port de l’Embouchure le midi et jusqu’à Ramonville le soir. Elle a même pu profiter de l’extrême privilège de convoyer les passagers de l’Occitania sur la Garonne le 14 juillet dernier. La jeune femme ne tient pas à évoquer son avenir pour l’instant, elle a décidé de vivre au jour le jour sa passion pour l’eau. Dans tous les cas, Laurence Pourquier semble avoir de beaux jours devant elle à la barre de l’Occitania pour une vie qui s’apparente à long fleuve tranquille…

 

Sophie Orus


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