Une démocratie déceptive

Que peut-on attendre pour 2012, allons-nous vers des élections de conquête ou de stabilisation ? L’élection va-t-elle être gagnée sur un projet politique ou par la personnalisation de celle ou de celui qui en sera le héraut (héros) ? Autant de questions que chacun commence dès maintenant à se poser sur fond d’angoisse de la contagion nucléaire et d’effet “dominos” des révoltes arabes. Au-delà des scansions du temps politique (le temps des prétendants, “Borloo or not Borloo ?”, celui des primaires, celui de la campagne, celui de la victoire, des cent jours, de l’installation) ; au-delà du passage de “l’hyper-présidence” (notion plus médiatique que constitutionnelle) à la “bonne vieille” monarchie républicaine, nous allons vivre à nouveau l’hiatus entre l’émergence des problèmes de long terme, complexes, structurels, parfois mondiaux et des urgences économiques, sociales, démocratiques dont le non-traitement immédiat est perçu comme insupportable par les opinions publiques ; les candidats devront répondre aux grandes questions politiques du moment et de l’immédiateté médiatique : le climat (un effet Hulot-Fukushima ?), la dette publique, la régulation financière internationale, les inégalités mondiales, le vieillissement des populations qui met notamment en cause la pérennité des systèmes sociaux.

 
Une présidentielle qui va à nouveau se jouer entre urgences nombreuses et légitimes (coût de la vie, chômage, sécurité, crise du logement) et réponses à ces urgences (mais quelles nouvelles et crédibles réponses après un quinquennat de réformes ?) : responsabilité, délibération et idéologie constituent à nouveau le triptyque d’un discours et d’une action politique à réinventer à nouveau pour une élection de conquête ou une élection de stabilisation. Une vraie interrogation tant il est vrai que s’accroît la déconnexion entre l’aptitude à gouverner, à gérer du collectif et la capacité à être candidat, à incarner «un changement dans la continuité» (VGE en 1974) sans continuité tout en «force tranquille» (François Mitterrand en 1981) la fin des fractures notamment sociale (Jacques Chirac en 1995) la rupture (Sarkozy en 2007). Il ne faudrait pas comme le souligne Michel Marian que «le candidat-président brille de tous les mirages de la démocratie directe pour ensuite porter tous les maux de la démocratie représentative». L’élection présidentielle est “l’élection reine” : elle donne la pleine souveraineté décisionnelle au citoyen qui, malgré lui, et par son choix, donne longue vie à la “monarchie républicaine”. Elle rend cette élection populaire malgré les dangers de la personnalisation du pouvoir et l’impossibilité d’installer durablement (en dehors des périodes de cohabitation difficiles en période de quinquennat) un régime primo-ministériel. À chacun d’entre nous de relire l’histoire de la Vème République et de constater que les élections de conquête (1974, 1981, 1995, 2007) se sont intercalées assez régulièrement entre des élections de réassurance (1965, 1969, 1988, 2002), ce qui montre bien l’équilibre que le corps électoral semble naturellement donner à la Vème République, à condition que la démocratie de l’abstention ne s’installe pas. N’oublions pas selon l’expression de P. Rosanvallon que notre démocratie est “déceptive” dans la mesure où elle n’est pas une utopie réalisable mais un projet reposant sur des convictions civiques et toujours à reprendre.

Stéphane Baumont




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