Une commémoration sous le signe de l’émotion

Jeudi 1er Novembre, le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahu et le Président français François Hollande se sont rendus à Toulouse pour participer à la cérémonie commémorative en hommage aux victimes de l’attentat du 19 mars 2012 à l’école «Ohr Torah». Une cérémonie placée sous le signe de l’émotion mais également sous très haute surveillance.

C’est dans le calme que les familles convergent lentement vers l’école «Ohr Torah» qui s’appelait avant le drame : Ozar Hatorah. Le quartier est bouclé, les forces de police françaises et israéliennes sont en alerte, les mesures de sécurité prises pour la visite exceptionnelle du Président François Hollande et du Premier Ministre d’Israël Benyamin Netanyahou sont elles aussi exceptionnelles. 13h30, le balai des véhicules officiels commence, les personnalités sont déposées devant le gymnase, lieu de la cérémonie, puis se mettent en position «départ». 14h25, le Président François Hollande et le Premier Ministre d’Israël arrivent sous les applaudissements de la salle. Arié Bensemhoun, Président de la communauté juive de Toulouse, remercie les personnes présentes à cette cérémonie, les élus locaux dont le Sénateur Jean-Pierre Plancade Président du Groupe interparlementaire d’amitié franco-israélienne au Sénat, l’ambassadeur de France en Israël Christophe Bigot, entre autres. Il aborde aussi la longue amitié entre les villes de Tel Aviv et Toulouse, jumelées depuis cinquante ans. Après une introduction émouvante et un hommage aux victimes de la communauté juive : Gabriel Sandler, 3 ans, Arieh Sandler, 5 ans, leur père Jonathan Sandler, 30 ans et leur cousine Myriam Monsonego, 7 ans, le Président de la communauté juive de Toulouse tient également à associer cette cérémonie la mémoire des trois victimes militaires françaises Mohamed Legouad, 23 ans, Abel Chenouf, 25 ans et Imad Ibn Zlaten, 30 ans, car pour lui : «Ils étaient tous enfants de la République».

 

«Ils étaient tous enfants de la République»

Le Rabbin Monsonego, père de la petite Myriam et directeur de l’école endeuillée explique à l’assemblée : «J’ai connu le désespoir d’un père brisé et d’un directeur qui a perdu des élèves. L’absurdité s’est abattue sur notre monde». Un homme qui, avec une grande dignité, partage son émotion et sa tristesse. Après avoir remercié le rectorat, la communauté juive de France et toutes les personnes qui lui ont témoigné soutien et amitié, le Rabbin assure qu’«aujourd’hui la vie a repris son cours, notre regard est résolument tourné vers le futur mais la plaie restera béante». Samuel Sandler monte à son tour à la tribune pour rendre un hommage poignant à son fils, à ses petits-fils, à Myriam. L’émotion est vivace lorsqu’il évoque son fils et ses petits-fils «tués parce qu’ils étaient juifs». Samuel Sandler raconte la déportation, la Shoah à Versailles, une sombre période dont il témoigne. Puis Eva Sandler, prend la parole. Devant une assemblée particulièrement émue, la mère de Gabriel, d’Arieh et l’épouse de Jonathan, livre, elle aussi avec une profonde dignité, un message empreint d’une grande sagesse et d’optimisme : «l’épreuve peut et doit être utilisée pour construire. Un peu de lumière chasse beaucoup d’obscurité». Et de conclure : «Il faut réapprendre à se sourire les uns aux autres». S’ensuit un moment de recueillement, les Rabbins délivrent une prière pour les enfants, une prière pour Israël puis pour la République Française et les forces armées.

 

Lutte commune contre l’antisémitisme

C’est au tour du Président français François Hollande de s’exprimer : «Nos deux pays, nos deux peuples sont réunis autour de leur souvenir» assure-t-il. François Hollande tient à rappeler «la détermination de la République Française à combattre l’antisémitisme… dans les mots comme dans les actes». Il partage avec l’assemblée son souvenir du 19 mars, jour où, en pleine campagne électorale, il était venu exprimer sa compassion aux familles des victimes. Le Président assure aux juifs de France que la garantie de leur sécurité «est une cause nationale», invitant aussi l’assemblée à refuser «les amalgames» et précisant «L’islamisme radical n’est pas l’Islam». Le Président aborde aussi l’enquête et les failles dans l’organisation du renseignement français que la sombre «affaire Merah» a révélé assurant que «toute la vérité sera faite». C’est sur un message d’apaisement et après avoir rendu une nouvelle fois hommage aux sept victimes que François Hollande cède la parole au Premier Ministre Israélien. «Ici, ensemble, côte à côte à Toulouse, cela veut tout dire, merci monsieur le Président, merci la France» commence en français Benyamin Netanyahou. Pour le Premier Ministre israélien, trouver une explication aux drames du mois de mars 2012 est vain car «pour les gens haineux, la haine trouvera toujours une raison d’agir». Il affirme haut et fort que «rien ne justifie l’antisémitisme, le racisme, l’assassinat d’enfants comme le terrorisme» et de poursuivre «rien ne justifie que l’on s’attaque aux juifs de France». En campagne pour les élections législatives anticipées du mois de janvier prochain, Benyamin Netanyahou  explique qu’«aujourd’hui le peuple juif a son Etat, sa propre armée et les moyens de se défendre contre ceux qui veulent les rayer de la carte». Un Premier Ministre qui ne cache pas sa détermination à lutter contre l’antisémitisme. A la fin de son discours, les enfants de l’école Ohr Torah montent sur l’estrade à ses côtés. Le discours du Premier Ministre se termine sur «Am Israël Hày» (ndlr : le peuple d’Israël vit) répété jusqu’à devenir un chant repris par toute la salle.

La cérémonie se termine par les hymnes israélien puis français. Là aussi tout un symbole.

 

Un dispositif haute sécurité

Un dispositif de sécurité exceptionnel a été déployé le 1er novembre dernier à l’occasion de la visite à Toulouse du Président Français François Hollande et du Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou. 500 agents des forces de l’ordre françaises ont été mobilisés pour assurer la sécurité de l’événement. Le quartier a été bouclé, la rocade fermée le temps du trajet des officiels de l’aéroport à l’école Ohr Torah. Avant de parvenir au site, trois barrages de police. Puis sur place, un portique détecteur de métal, une fouille corporelle (palpation) et des chiens renifleurs policiers.

 

Marie-Agnes Espa



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