[Edito] Un pari, rester « Charlie »

Thomas SimonianL’expression de l’émotion révèle souvent des moments de grâce. C’est ce que nous venons de vivre de nos allées Jean Jaurès à la place de la Nation parisienne … Un peuple debout face à l’adversité radicale, avec le slogan fédérateur « Je suis Charlie » en fil rouge. Mais derrière ce déluge de marches silencieuses, que cache réellement cette impression d’unité nationale ? Le désir de résister ensemble ou le besoin de se serrer les coudes en exprimant un mal-être collectif. Bien malin celui qui pourrait affirmer aujourd’hui avoir la bonne réponse. Ces terribles attentats seraient-ils finalement la conséquence de bien des maux ? Echec dans l’intégration, impossibilité de l’Education nationale à transmettre un certain nombre de messages, une nation qui perd son identité, une crise sociale et économique qui dure, des prisons en manque de place … Que de débats qui pour beaucoup sont restés tabous depuis bien trop longtemps, sauf peut-être chez « Charlie Hebdo. » Le discours ferme et rassembleur du Premier ministre devant la représentation nationale est allé dans ce sens … Répondre le plus vite possible à des enjeux cardinaux. Il ne reste plus qu’à passer des paroles aux actes. Avec un risque majeur sinon : le désenchantement.

« Passer des paroles aux actes »

Liberté d’expression ok, mais après ? Le sentiment général est aujourd’hui de défendre la liberté d’expression si chère à Voltaire. Comment aller à l’encontre d’un tel concept. Toute la rue est à l’unisson. Toute la classe politique est unanime pour soutenir ce droit fondamental si cher à nos démocraties occidentales. Mais au final, un constat s’impose … Quelle hypocrisie, non ? Les mêmes ont d’ailleurs souvent attaqué par le passé « Charlie Hebdo. » Pire, la réalité est que la presse est muselée par le pouvoir économique … Que la majorité des organes de presse appartient à de grands groupes industriels ou dépend des budgets publicitaires octroyés par les collectivités locales. Celles-ci s’amusant bien trop souvent à mettre la pression sur les rédactions pour éviter les papiers offensifs à leur encontre. L’affaire « Charlie Hebdo » a donc bien ce terrible avantage de poser le débat de la liberté de la presse dans ce pays. La chute est amère. Le pouvoir de la finance contrôle tout, bien aidé par une bienveillance politique qui ne trouve sa source que dans un électoralisme à courte vue . Il est temps de se bouger et de convaincre. Toute la presse doit rester « Charlie. » Aujourd’hui et demain. « Il ne suffit pas d’être inutile, encore faut-il être odieux ! » (Francis Blanche)

 



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.