Un hyper-président désarmé ?

Au moment même où le Mondial de football vient d’éteindre les lampions d’une fête marquée pour la France par “l’insurrection” tranquille et condamnée des joueurs, par les premiers ouvrages sur le “roman noir des Bleus” et par le malaise – en fin de partie, presque “à la Breckett” – de Michel Platini ; plus que la greffe de visage opérant la “révolution métaphysique” du changement de paraître – ce paraître qui selon Renaud Camus dit «la vérité de l’être»… pourra-t-on jamais demander à un chirurgien de greffer cette vérité ; au moins autant que la canicule qui, sans atteindre les sommets de 2003, fait grimper les taux de vigilance et les “alertes-météo” comme si nous vivions tout le temps en guerre (la météo est le théâtre d’opérations combattantes de notre société civile et politique avec une foultitude de cartes de France) ; c’est surtout l’affaire Bettencourt-Woerth qui continue à faire la une des médias et à déchaîner la presse internationale – surtout helvétique – au point que certains n’hésitent pas à parler de crise de régime, de crise politique, de nécessité de dissolution de l’Assemblée ou de remaniement massif du gouvernement.

 
Manifestement, l’intervention du Président de la République sur France 2 ce lundi soir est un tournant à la fois dans l’affaire Bettencourt-Woerth (rappel des faits ; explications à nouveau sur le financement de la vie politique ; réponses peut-être relatives aux sommes annoncées ici et là dans journaux et magazines ; conflits d’intérêts publics et privés ; relations avec Éric Woerth et Mme Bettencourt) dans la politique de rigueur qui n’ose dire son nom (Mme Lagarde la nom-me “Ri-Lance” c’est-à-dire rigueur et relance) sa conception de la pratique du pouvoir (certains, après l’avoir porté, en le critiquant, au firmament de “l’hyperprésident”) le considèrent désormais comme un “hypoprésident” qui doit faire face à “l’hyperparlement” dont Jean-François Copé sait jouer pour avancer ses pions, moins en cas de vacance de candidature présidentielle (parce que Sarkozy sera candidat en 2012 et il n’est jamais plus combatif que dos au mur et tous contre lui (!)) que comme postulant enthousiaste pour Matignon ou un ministère régalien. À la veille du 14 juillet, Nicolas Sarkozy est-il capable de donner un nouveau souffle à la fin de ce quinquennat, une force politique au dossier des retrai-tes, une âme nouvelle à un parti politique (le sien l’UMP) ; est-il en mesure de reprendre la main ? Réponse, en partie ce soir. Même si la garden-party élyséenne est supprimée enlevant à la mémoire de chacun des participants l’illusion roborative d’avoir vécu un moment fort et unique de son histoire, même si les circulaires ministérielles laissent à penser que les excès à la Joyandet ou à la Blanc disparaîtront, même si l’absence de prononciation du mot rigueur n’empêche pas les classes moyennes d’être frappées de plein fouet par les réductions des niches fiscales, tout cela n’empêche pas le doute de s’installer dans l’électorat, convaincu à 64 % que les hommes politiques sont corrompus (!) persuadé que la France est en crise et en déclin alors qu’elle dispose de moyens et de savoir-faire et la contestation de gronder sans pour autant, pour le moment, envahir et occuper la rue.
Le temps est donc à ce changement dont le candidat Sarkozy avait fait son slogan et son leitmotiv. À un changement dans le changement ! Vaincre la défian-ce, définir le juste pouvoir, réduire les déficits publics, bien préparer la Présidence de l’U-nion Européenne, inverser les termes de l’opinion publique (la cote de popularité est au plus bas), gommer le paraître de l’hyperprésidence tout en gardant la réalité constitutionnelle et gaullienne de celle-ci, encourager la vie de “l’hyperparlement”, choisir une équipe ministérielle ramassée, concentrée et faire en sorte que le verbe comme la posture présidentielles contribuent à “re-sacraliser” une fonction qui a été désacralisée et banalisée (à sa manière) facilitant ainsi les attaques, critiques et autres calomnies contre un gouvernant qui n’en mérite pas tant. (VGE en désacralisant la fonction en a ensuite payé les pots cassés ; au contraire François Mitterrand, en fin historien, avait compris sa fonctionnalité et son impact politique.)
Dans moins de deux ans, les Français seront appelés aux urnes présidentielles. L’année prochaine le Sénat pourrait pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, basculer à gauche. À défaut de la réactivité attendue du Président-candidat, cet événement politique serait peut-être une réalité. Ce serait toujours moins dramatique que l’insurrection possible d’une société, par moments, au bord de la rupture ! Pas celle à laquelle rêvait Nicolas Sarkozy !



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