Un futur mais pas d’avenir ?

Au-delà du temps et du “ping-pong” des formules (de Michel Mercier le nouveau Garde des Sceaux à Brice Hortefeux à nouveau “épinglé” médiatiquement après son fameux «Il n’y a pas de pagaille» alors que la neige bloquait Paris et l’Île de France), au-delà des propositions que Bernard Tapie veut faire au Premier ministre pour aider les ménages surendettés («Quand on pense», dit-il dans une interview, «que plus de deux millions de familles sont privées de chéquiers, de cartes bancaires parce qu’ils ont eu un accident de parcours c’est insupportable») ; plus que la paix des familles obtenue par les avocats de Madame Bettencourt et de sa fille laissant seul Éric Woerth face éventuellement à ses juges en 2011 ; plus que le maintien au pouvoir de la famille Gbagbo (le Président Ivoirien sortant et son épouse poursuivant la “partie d’échecs” à Abidjan, Alasane Ouattara tentant de prendre le contrôle de l’administration) ; c’est dans une ambiance d’achat de sapins et de cadeaux, sous les chutes répétées des flocons (lors “d’épisodes neigeux” qui posent d’ailleurs le problème des moyens mis en œuvre pour éviter la paralysie et avec quel temps de réaction – mais Paris n’est pas Québec et la France n’est pas le Grand Nord canadien) que le match à trois se met en place pour les présidentielles de 2012 ; on retiendra du discours de la première secrétaire du PS deux idées forces : le Sarkozysme est mort, «disqualifié par ses excès» impuissant à résoudre «la crise de civilisation» qui secoue le monde.
Aux socialistes, lance-t-elle d’incarner “l’alternative” fondée sur «l’épanouissement individuel» et «l’égalité réelle». À noter que ce dernier concept reflète une évolution fondamentale du PS qui a longtemps raisonné en terme d’État-Providence et de droits collectifs et qui veut faire mieux (socialement) avec moins à cause de la crise qui selon Jean-François Copé disqualifie le PS et sert Nicolas Sarkozy. Le nouveau Secrétaire général de l’UMP souligne que le Président agit, s’adapte au monde et va dans le sens de l’histoire en osant les réformes difficiles. Au même moment Henri Guaino, le conseiller du Président fait assaut de républicanisme flamboyant dans une interview au Monde (12/13 décembre) : «La République c’est un projet d’accomplissement humain, une morale du mérite et de l’émancipation, une foi dans le savoir et dans la raison… depuis la fin des Trente Glorieuses tout concourt insidieusement à affaiblir notre modèle républicain» et de poser les termes de la future élection présidentielle avec cette affirmation : «Nous allons devoir collectivement répondre à la question de savoir si nous voulons ou non continuer avec la République et ses valeurs».
Mais le match à venir n’est pas binaire puisque rôde alentour un troisième larron : le FN et Marine Le Pen. La crise en effet est une «fabrique de populistes et de populisme». La fille Le Pen prône un État fort, défend les services publics, veut la mort de l’euro et fustige la mondialisation. J.-F. Copé invoque la menace du FN pour 2012, le politologue D. Reynié précise : «Marine Le Pen présente un danger pour Nicolas Sarkozy, elle peut fragiliser son score au premier tour et gêner le report des voix au second. Si le FN réalise un score élevé, cela signifiera qu’il aura pris des voix à la gauche. Celles-ci n’iront pas forcément vers le candidat de droite ensuite… Mais Marine Le Pen est aussi un danger pour le PS. On l’a vu le 21 avril 2002 qui a prouvé que l’essor du FN produisait des effets très mal anticipés». Mais Marine Le Pen doit d’abord battre Bruno Gollnisch pour prendre les rênes du FN.
Comme on le constate, le “match à trois” engagé pour la Présidentielle de 2012 a commencé. Il s’engage sur un credo républicain décliné haut et fort pour lutter contre un «sentiment sous-jacent de dégradation nationale» ainsi défini par l’historien Pierre Nora : «La France se sait un futur mais elle ne se voit pas d’avenir.»

Stéphane Baumont


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