Un certain état d’esprit

Une coupure ou un rétablissement d’électricité, en plein Paris, exige trois intervenants. Le premier agit, l’autre tient une pince tant il est vrai qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. Le troisième constate ce qui est fait par les deux autres. L’histoire est vraie et date de la semaine dernière. Est-ce suffisant pour imaginer que tous les services de l’entreprise en question obéissent aux mêmes règles ? Répondre par l’affirmative nous ferait rejoindre cette tendance qui voudrait que chacun soit à l’égal de l’autre dans les grandes entreprises, les collectivités ou parmi les fonctionnaires. Or, cela est d’autant moins vrai qu’il y a là, comme ailleurs ceux qui sont surchargés de travail et les autres qui “se la coulent douce”. A la sortie, l’usager – ou le client je ne sais plus – met tout le monde dans la même lessiveuse. Cela finit par donner une seule – voire une sale – couleur au linge. C’est indéniable et il faut le redire, “les planqués” génèrent des coûts inutiles, un manque à gagner pour l’intérêt général et surtout “un certain état d’esprit”.
Parallèlement, la vie quotidienne est de plus en plus organisée à partir ou autour de certains événements sportifs ou artistiques. Il est vrai que l’intense activité de tous les médias génère une espèce de frénésie des loisirs indispensables à une existence qui se résume parfois à un “j’y étais” ou un “je l’ai vu”. Rapportons la récente confidence de ce jeune chirurgien à sa patiente : Il ouvre son agenda et impose une date pour une prochaine intervention en lui disant, sur un ton docte et le plus sérieusement du monde : «Madame, ce sera, avant ou après le tour de France car durant cette épreuve cycliste, je n’opère pas. Je ne peux pas manquer un tour de roue, ni un commentaire. Je m’y consacre complètement du matin au soir». Là aussi l’histoire est vraie mais vous pourriez penser que ce chirurgien prend ainsi son temps de vacances. En réalité, le tour de France, s’ajoute au reste. Les exemples de même nature peuvent se multiplier à l’infini tout en étant conscient qu’il serait injuste, là aussi, de ne s’arrêter qu’aux exceptions. Au final, cela donne le sentiment d’un pays où chacun semble très occupé. Cela correspond aussi et surtout à un certain état d’esprit. 

 
Dernier de la classe

Cette saturation apparente est telle que l’année peut s’écouler sans qu’un moment ne soit trouvé pour fixer un rendez-vous à ce commercial qui souhaite présenter les produits ou services de son entreprise. L’année commence au 15 janvier car, avant cette date rien n’est possible. Février et Mars débutent à peine qu’ils sont déjà encombrés par les vacances de neige tandis que le mois d’avril arrive en plaçant Pâques et son concert de vacances étalées jusqu’en mai. Ne parlons pas de ce joli mois de Marie, amputé par de multiples fêtes, qui de son premier jour, jusqu’au fameux lundi de Pentecôte, casé début juin, laisse peu d’espoir à notre solliciteur. D’autant, qu’il faut savoir qu’avec l’arrivée de l’été, l’interlocuteur sensé le rencontrer conclura finalement par un fameux “on verra cela à la rentrée”. Par cette seule phrase, il raye d’un trait les mois léthargiques de juillet et d’août. On pourrait croire que septembre et octobre vont enfin permettre de fixer la rencontre. Ce serait omettre l’exclamation et la réponse habituelle du Directeur des achats ou du marketing qui contredit la promesse et, d’un ton las et nerveux, justifie sa position par un surcroît de travail qui se résume par : «le plan de charges de la rentrée est complètement délirant. Aussi il serait préférable de voir cela en novembre. C’est promis, juré». C’est à ce moment-là que des événements extérieurs s’en mêlent : Novembre, mois de la grippe et période choisie par les syndicats pour organiser les premières ou les dernières grèves de l’année, viendront ruiner l’engagement. Dès lors, il ne reste que décembre, mais c’est déjà Noël. Période sacrée où la France s’arrête du 15 décembre au 15 janvier ! C’est le fameux mois des confiseurs ! Une description exagérée me direz-vous ? Bien sûr que non car il faut y ajouter les RTT, les événements familiaux, et les pertes de temps invraisemblables. Celles liées aux attentes téléphoniques interminables, aux rendez-vous déplacés ou manqués, aux nécessaires périodes de formation etc. etc. Tout cela aussi révèle un certain état d’esprit, bien éloigné des exigences d’un travail constant, assidu et productif. Car, c’est chacun d’entre nous qui participe au résultat final. Quel dommage que d’oublier cette règle et de laisser notre pays se classer désormais, au niveau mondial, dans les derniers de la classe. Heureusement il nous reste le G7 et le G20… Pas pour longtemps.  

Gérard Gorrias


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