UMP31; Les femmes ont-elles pris le pouvoir ?

Au lendemain de la douloureuse dégringolade aux législatives et aux municipales, le soubresaut de l’UMP aux élections européennes a décuplé leur volonté d’agir. Trois femmes de caractère ont pris à bras-le-corps, le pari de la reconquête par la droite de notre région et de Toulouse : Brigitte Barèges, député-maire de Montauban et tête de liste UMP aux régionales des 14 et 21 mars prochains, Chantal Dounot-Sobraques, secrétaire départemental de l’UMP31. Enfin, Christine de Veyrac, présidente depuis un an de ce même mouvement et député européen qui, sans renier les erreurs passées, en appelle à un renouveau politique.

 
Christine de Veyrac, les dernières législatives et municipales ont été un échec pour la droite locale. Les avez-vous analysés et qu’en avez-vous retenu ?
Un échec, c’est le moins que l’on puisse dire ! Il ne nous reste aujourd’hui sur la Haute-Garonne que deux conseillers généraux UMP sur 53, plus aucun député et nous avons perdu de nombreuses villes dont Toulouse, malheureusement !
De plus, les candidats que nous avions sur le terrain, y étaient souvent au dernier moment, face à des adversaires préparés, eux, de longue date. La fédération ne les a pas beaucoup aidés, puis quand ils ont été battus, on les a laissés tomber.
Par conséquent, quand on en arrive à ce stade, je considère qu’il faut vraiment faire les choses autrement, quitte à bousculer certaines habitudes. C’est la raison pour laquelle je me suis présentée à la Présidence de l’UMP31 il y a tout juste un an, pour essayer de remonter notre parti sur le département.

Quelle stratégie échafaudez-vous pour les prochaines échéances électorales ?
Ce n’est peut-être pas une mesure grand public, mais j’ai essayé à mon arrivée, de redresser nos finances qui étaient largement déficitaires. A la fin de l’année, nous serons proches de l’équilibre, ce dont je me réjouis mais il n’empêche que cette contrainte a entravé nos actions politiques. Nous avons ensuite relancé notre communication avec la création d’un vrai site internet, d’un journal dont le prochain numéro sortira dans quelques semaines et surtout le développement de notre présence dans les médias. Ce travail a été payant. En 2009, nous avons largement gagné les européennes et avec Chantal Dounot-Sobraques, nous travaillons à la deuxième phase du redressement local de notre mouvement, avec en point de mire, les régionales et les cantonales. Vous savez, on n’a rien sans travail et je ne crois qu’au travail d’équipe.

Vous en avez appelé à un “renouveau générationnel”. Où cela en est-il ? Pensez-vous mettre en avant, ces prochains mois, de nouvelles personnalités susceptibles de bien figurer à ces prochains rendez-vous évoqués plus haut ? Lesquelles ?
Je n’ai pas employé le terme de “générationnel” parce que pour moi, le renouveau n’a rien à voir avec l’âge. Le meilleur exemple, c’est Chantal Dounot-Sobraques, notre secrétaire départementale, qui ne s’était jamais impliquée dans un parti. Ce qu’il faut c’est proposer un espoir à nos concitoyens. Il faut des candidats nouveaux qui ne soient pas marqués par la défaite et capables de mouiller leurs chemises pendant la campagne car nous vivons dans une région difficile d’accès pour la droite.

 


La victoire n’est que collective

88 % des militants de l’UMP31 vous ont fait confiance. Mais que dire à celles et ceux qui n’ont pas voté pour vous ?
Il y aura toujours des gens qui ne seront pas d’accord et c’est heureux pour notre démocratie. En revanche, je ne peux pas cautionner que l’on veuille rester comme nous étions avant car cela nous a amenés à tout perdre. A un moment donné, il faut se poser des questions. Je suis pour l’union la plus large possible mais je ne cède pas sur le fait qu’il faille du renouveau, des gens capables de gagner.

Quels sont vos rapports avec le Nouveau Centre et Jean-Luc Moudenc ? Que pensez-vous de son action sur le terrain local ?
Nos rapports avec Jean-Luc Moudenc sont très bons. Chacun a compris qu’on ne pourrait gagner seul dans son coin. La victoire n’est que collective. C’est pour cela que je suis très attentive à ce que pour nos réunions, nous invitions les représentants des différents partis de la majorité présidentielle. Ce qui n’était pas le cas avant.

Jean-Luc Moudenc ne vous fait-il pas un peu d’ombre ?
Non, je ne raisonne pas en ces termes-là. J’ai mon mandat au Parlement européen et c’est moi qui ai choisi de ne pas figurer sur la liste des municipales. Dans le département, il y a largement la place pour tout le monde. Tous les postes sont à prendre pour faire gagner nos idées et encore une fois, c’est grâce au travail que nous y arriverons. Si Jean-Luc Moudenc fait un travail de terrain, je dis bravo, tant mieux !

Vous semblez davantage intéressée par l’Europe que par Toulouse ?
Non, parce que je suis quand même Présidente de l’UMP31. Je suis à Strasbourg une fois par mois, du lundi au jeudi et un jour et demi par semaine à Bruxelles, pour les commissions législatives transport et environnement, et les séances plénières. Le reste du temps, je suis cinq jours par semaine à Toulouse.

Sur votre site Internet, on peut lire 100 % de présence au Parlement européen. On pourrait penser que cela signifie 0 % de présence à Toulouse ?
Non cela signifie 100 % de présence aux séances plénières. Quand on exerce un mandat, la moindre des choses est de l’exercer totalement. Et je peux vous l’assurer : Je ne fais pas 35h par semaine !

Brigitte Barèges, Chantal Dounot-Sobraquès et vous-même : 3 femmes aux commandes de L’UMP. Les femmes auraient-elles pris le pouvoir en Midi-Pyrénées ?
Oui et on pourrait en citer d’autres ! Ce n’est pas de la langue de bois et je ne suis pas non plus une féministe activiste mais hommes et femmes ne voient pas les choses de la même façon. Avec Chantal Dounot-Sobraques, nous formons un très bon tandem, nous sommes assez complémentaires.

 

Unis dans la diversité

L’une d’entre-vous pourrait-elle être candidate aux municipales en 2014 ?
S’il y a bien une chose qui m’exaspère, c’est que l’on parle des élections longtemps à l’avance ! Bien sûr il ne faut pas s’y prendre au dernier moment mais permettez-moi une petite énumération : on sort tout juste des européennes et avant les municipales de 2014, il y a les régionales, les cantonales, les législatives, les présidentielles et probablement des sénatoriales au milieu. Je comprends que les municipales intéressent mais elles ne sont que dans quatre ans et demi !

Comment voyez-vous l’action de Pierre Cohen à Toulouse ?

N’étant pas au conseil municipal, je ne la suis pas au jour le jour. Je vous répondrai donc en tant que citoyenne. J’ai été très choquée par l’épisode des éboueurs. On ne peut pas prôner le dialogue social et ne plus le faire, une fois que l’on est dans la majorité. Je suis choquée aussi par le fait de ne pas vouloir recevoir les enfants dans les écoles quand il y a grève. Je ne trouve pas non plus la ville propre. Enfin, il y a aussi un vrai problème d’insécurité et non un sentiment d’insécurité comme me l’a dit un élu l’autre jour.

Celle de Martin Malvy à la Région ?
Un pouvoir quel qu’il soit, s’il n’est pas renouvelé, s’épuise. La même équipe trop longtemps au pouvoir, n’est pas productive.

Brigitte Barèges est la candidate UMP aux régionales des 14 et 21 mars 2010. Comment voyez-vous sa venue en Haute-Garonne et comment comptez-vous la soutenir ?
Nous allons lancer la campagne probablement en début d’année et nous la soutiendrons de toutes nos forces. Il faudra que la droite et le centre sachent créer les conditions d’un authentique travail en équipe. Si nous voulons avoir une chance de gagner, nous aurons besoin de toutes les personnalités, de tous les talents en évitant l’exclusion de qui que ce soit.

Plus largement, que pensez-vous des prochaines modifications qui concernent les collectivités locales et en particulier l’élection du conseiller régional par un scrutin à un tour ?
Nous vivons dans un pays où les strates se superposent. De la commune, jusqu’à l’Europe, la France est un des seuls pays au monde à avoir autant de couches administratives différentes. Donc tout ce qui participe à la simplification, est une bonne chose. Dans le projet de loi, on garde à la fois le scrutin uninominal parce que les gens tiennent à ce lien avec leur élu et en même temps, une dose de proportionnelle afin que tout le monde soit représenté.

N’est-ce pas un danger pour la démocratie ?
Il y a une prime à la majorité, à celui qui fait le plus de voix. Le scrutin à un tour évite au moins tous les arrangements entre plusieurs tours.

Alors que le Président de la République lance un débat sur l’identité nationale, d’autres trouvent cette notion dépassée et préféreraient que l’on débatte sur l’identité européenne. Qu’en pensez-vous ?
L’identité nationale ne me choque pas du tout. Qui plus est, il faut faire très attention quand on parle d’identité européenne. La devise de l’Europe au moment de la constitution, c’était : unis dans la diversité. Il faut vraiment que chacun garde sa diversité, sa spécificité. Car à vouloir tout unifier, on crée automatiquement un rejet de l’Europe. Que l’on fasse des harmonisations qui rendent la vie pratique aux gens, d’accord, mais je tiens à ce que l’on garde notre culture et notre identité nationales.

 

Déterminer les frontières de l’Europe

Maintenant que le Traité de Lisbonne va pouvoir entrer en application, quelles sont vos attentes sur le nouveau fonctionnement de l’institution et sur les répercussions qui peuvent être attendues sur chacun des pays membres ?
Comme la constitution, ce Traité de Lisbonne ne va pas être une révolution ! Il permet simplement aux institutions de fonctionner à 27. Sous le traité de Nice, on fonctionnait avec des institutions conçues pour six états-membres. Quand une pièce est faite pour 50 personnes, on ne peut pas en faire entrer 400. Par ailleurs, l’Europe n’a pas de visibilité, pas de visage. Rares sont les personnes qui connaissent le nom du Président du Conseil de l’UE parce qu’il change tous les six mois ! Avec le Traité de Lisbonne, on aura un président élu pour deux ans et demi renouvelable une fois et un haut représentant de la politique étrangère qui représentera la diplomatie européenne, même si bien sûr, cela ne résoudra pas tous les problèmes. Et puis on aura surtout beaucoup plus de sujets qui se prendront à la majorité qualifiée et non plus à l’unanimité. A 27, ce n’est pas possible.

Vous êtes hostile à l’adhésion de la Turquie à l’Europe. Si toutefois ce pays entrait dans l’Union, que feriez-vous ?
Je pense qu’elle n’y entrera pas. C’est un sujet sur lequel je me bats au Parlement européen depuis 1999. Certains médias m’ont accusée de propos anti-turcs. Je le réfute. La Turquie est un grand pays avec lequel il faut avoir des relations privilégiées. J’irai même plus loin : il faut les aider dans leurs réformes administratives, économi-ques. Mais en aucun cas ce pays n’a vocation à entrer dans l’Union parce qu’il a 5 % de son territoire sur le continent européen. Je trouve à ce propos que le Traité de Lisbonne et la constitution européenne ont une lacune : il faudra un jour ou l’autre déterminer les frontières de l’Europe. Tant que ce n’est pas fait, il faut arriver à instituer une sorte de partenariat privilégié qui puisse servir à tous les grands pays voisins de l’UE, comme la Turquie ou l’Ukraine.
On dit souvent que le Général de Gaulle avait prôné l’entrée de la Turquie dans l’UE. Ce n’est pas vrai. Il avait parlé de l’entrée de la Turquie à l’époque où le marché unique n’était qu’une communauté économique. Il n’é-tait alors pas question que l’UE devienne une identité politique. D’autre part, je ne suis pas sûre que l’envie des Turcs d’entrer dans l’UE soit toujours aussi forte. Sans compter qu’il y a des critères à respecter.

On parle d’un éventuel remaniement ministériel au lendemain des régionales. Si vous étiez appelée au gouvernement, iriez-vous ?
On n’entre pas au gouvernement pour entrer au gouvernement. Je me refuse à ré- pondre à cette question.

Mais vous ne l’excluez pas ?

(pause) Je ne vous répondrai pas ! (rires)

Propos recueillis
par Claire Manaud


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