Transports; Un wagon de polémiques

La mise en stand-by de l’extension de la ligne B du métro et une jonction Est par la voie routière opposent fermement le Grand Toulouse au Sicoval et aux élus Verts.
Un accident bénin sur la rocade toulousaine et c’est le chaos : près de 50 kilomètres de bouchons et toute la boucle du périphérique congestionnée. De quoi s’arracher les cheveux et taper sur son volant en attendant de rejoindre son lieu de travail avec au moins une heure de retard. Ironie du sort, cet incident s’est produit quelques heures avant la réunion du conseil de communautés du Grand Toulouse (GT) jeudi dernier avec au programme le vote de plusieurs dispositions en matière de transports et de voirie. Ainsi, l’agglomération a décidé de mettre en place une concertation visant à la construction d’un boulevard urbain multimodal, support d’un transport en commun en site propre (TCSP), structurant le développement urbain et reliant l’A62 au niveau de l’échangeur de Saint Jory au terminus de la Ligne B du métro. Mais le sujet de discorde de ce conseil de communautés fut l’annonce de la poursuite de l’opération Jonction Est qui implique la construction d’un échangeur de type “losange éclaté” desservant la zone de la Grande Plaine et, encore une fois, la mise en place d’un boulevard urbain.
Ces décisions interviennent dans le cadre du Plan de Déplacement Urbain voté par l’ancienne équipe mais ne satisfont pas l’ensemble des élus du Grand Toulouse, notamment les Verts : «La Jonction Est soulève de nombreuses incohérences à commencer par des contraintes budgétaires liées à l’endettement de Tisséo. D’autre part, les gens sont en attente de transports en commun, hors le projet est purement routier et met en danger l’environnement», explique Antoine Maurice, membre du Grand Toulouse. «Nous sommes en plein dans le dogme des Verts, c’est-à-dire plus un sou pour les routes !», rétorque Pierre Cohen. «Nous avons besoin d’irriguer les territoires en voiture. On ne peut pas stopper tous les investissements sous prétexte qu’il faut privilégier les transports en commun.»

 

Panne sur la Ligne B

Mais ce qui anime tous les débats actuellement reste la décision surprise de Tisséo et du Grand Toulouse concernant l’extension de la Ligne B du métro jusqu’à Labège. En effet, le partenaire des transports toulousains a décidé de suspendre le lancement de la concertation sur ce projet, à la demande de la Communauté d’Agglomération et de Pierre Cohen. Le Grand Toulouse justifie son choix avant tout pour des raisons financières : «Il faut remettre à plat tous les projets», explique Joël Carreiras, vice-président du GT et président de la SMAT (société du métro de l’agglomération toulousaine). «Il va falloir hiérarchiser les priorités et faire le tri. Qui nous dit que l’extension du métro est la meilleure solution ? Il faut étudier toutes les possibilités, d’autant plus que Tisséo est endetté et que de tels travaux coûteraient entre 400 et 500 millions d’euros.»
Cet arrêt brutal dans le processus d’extension du métro a provoqué la colère du Sicoval, communauté d’agglomération du Sud-Est toulousain qui comprend notamment Labège et Ramonville-Saint-Agne. Son président François-Régis Valette ne cache pas son agacement : «Pour nous c’est inacceptable car la concertation est une étape indispensable dans le processus de prolongement mais qui ne présuppose pas les modalités de financement. La réalisation proprement dite ne devait commencer que fin 2009. Les arguments du Grand Toulouse ne sont pas recevables. S’il parle de bus ou de tramway, c’est qu’il ne connaît pas le dossier. Les bus devraient passer par le Palays et c’est impossible, de même pour le tramway. Les problèmes techniques et les coûts financiers sont énormes. Cet événement crée une situation de tension extrêmement forte.»

 

Les menaces du Sicoval

Le président du Sicoval ne comprend pas les hésitations à desservir une zone en pleine expansion : «Sur Labège Inopôle, nous avons 130 000 mouvements par jour et ce secteur compte 20 000 emplois. Il faut y ajouter un bassin de 50 000 habitants et des structures importantes comme l’INP ENSIACET, le Centre de Congrès Diagora, le Gaumont, la future Médiathèque Départementale, le centre de gestion de la fonction publique territoriale, l’Ecosite de la région, le Bikini… Nous considérons que dans le périmètre des transports urbains de Tisséo, desservir ce secteur est une priorité.» Le Sicoval a décidé lors de son dernier conseil de communautés d’interpeller à nouveau les décisionnaires : «Nous avons déposé une motion concernant le lancement de la concertation au prochain comité syndical de Tisséo. Par ailleurs, nous demandons au président de Tisséo de réunir les membres directeurs et le Conseil Général pour débattre du projet.»
Si ces doléances n’aboutissent pas, les conséquences risquent d’être rudes pour le Grand Toulouse et Tisséo : «Aujourd’hui, nous n’excluons rien du tout car nous sommes choqués par le comportement unilatéral du Grand Toulouse au sein de Tisséo. Cette situation ne laisse rien augurer de bon pour la suite.» La suite, c’est surtout le vote du prochain budget du syndicat des transports toulousains et le passage du Grand Toulouse en communauté urbaine début 2009 : «La communauté urbaine est le problème du Grand Toulouse et pas le nôtre. Il n’est pas question de la rejoindre actuellement !» Les négociations semblent donc encore au point mort…

Sophie Orus


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