So Sexy: Toulouse, ville de tous les plaisirs ?

On dit que l’accent toulousain est le plus sexy, que les filles sont aussi plus jolies à Toulouse que dans les autres grands villes françaises… Et plusieurs sondages montrent que la sexualité des Français est de plus en plus débridée. Toulouse rougit-elle aussi de plaisir ? Le soleil local fait-il vraiment grimper la température ? Coralie Bombail et Aurélie Renne ont enquêté sur le sujet.

 

Les pratiques libertines sortent progressivement de l’ombre et leur accès se démocratise, selon une étude Ifop de juin 2010 et réalisée pour le compte de netechangisme.com, numéro 1 français des sites de libertinage et d’échangisme. « Le libertinage est une pratique multi-partenaires qui concerne les hommes et les femmes, les hétéros, les homos et les bisexuels » explique Daniel Welzer Lang, sociologue spécialiste de la question1, « la nouveauté, ce sont les jeunes, à partir de 18 ans qui se veulent hédonistes, ils souhaitent s’amuser, faire des expériences, se sentir vivre plutôt deux fois qu’une », poursuit-il.

« L’échangisme, un fantasme plus répandu qu’il n’y parait »

L’étude Ifop révèle que les comportements sexuels sortant du cadre conjugal classique sont mieux acceptés, l’introduction d’un ou plusieurs partenaires dans la vie sexuelle d’un couple apparaissant comme « une forme de comportement extra-conjugal codifié dans lequel chacun est associé aux jeux sexuels de l’autre. » Pour preuve, le témoignage de Gaspard*, 30 ans, homosexuel et cadre à Toulouse : « Lors d’un voyage prolongé à New York, j’ai rencontré un couple sur un site de rencontres et tout s’est enchaîné. » Il raconte l’entrevue, brève et la transition tout aussi rapide vers la relation sexuelle : « un des deux ne disait pas un mot, l’autre était super bavard, on a bu un verre d’eau, et hop on a couché ensemble tous les trois très vite. Une expérience incroyable, ils étaient ensemble depuis des années, mariés, mais ils avaient l’habitude de « jouer » comme on dit là-bas (« to play »). Mais c’est un plan cul qui s’est transformé en « date », car on a beaucoup discuté, on a vraiment sympathisé. En principe moi je suis comme ça, c’est pas « sexe et salut », même en mode chasseur…»

Il raconte qu’un soir, il est tombé nez-à-nez avec un troisième homme dans le lit et évoque avoir pensé que leur comportement tenait de l’addiction, ce qui lui a fait mettre de la distance. Si les Français sont nombreux à admettre le pouvoir érotique du fantasme échangiste, seule une minorité d’entre eux est déjà passée à l’acte (voir encadré). « Selon leur âge -de 18 à 75 ans- la motivation est différente », explique Daniel Welzer-Lang : « prendre du bon temps, tenter une nouvelle expérience, ou bien raviver la flamme souvent. » C’est un peu l’histoire de Pauline* et Lino*, qui aiment à se présenter comme « des amoureux libertins ». Ce couple de Toulousains a découvert l’échangisme il y a quatre ans. Ensemble depuis une quinzaine d’années, une période difficile leur a fait prendre conscience qu’un renouveau serait bénéfique : « Le sexe devenait un passage obligé, et ces difficultés se répercutaient sur notre quotidien. » L’échangisme, ils y sont arrivés via internet et l’ont vécu comme une thérapie, pour raviver le désir, faire renaître leur couple.

« Le sud-ouest est bien couvert par les sites libertins »

 

« On remarque que des groupes vont jusqu’à se fédérer sur internet pour aller ensemble dans des lieux dédiés», ajoute Daniel Welzer-Lang. Pour le sociologue, en désacralisant la sexualité on déconstruit l’hétérosexualité : « On note de plus en plus de revendications non normatives, comme à la dernière marche des fiertés (gay pride, ndlr) à Toulouse où plus de 200 hétéros « libertaires » ont défilé, se revendiquant comme partie prenante de cette nouvelle génération d’hétéros « ouverts » qui ne veut pas être considérée comme réactionnaire. » Le plus gros changement qui en découle, c’est la massification : « Tous nos indicateurs empiriques ont explosé : les consultations en sexologie, le nombre de clients dans les établissements et le nombre d’établissements et une présence sur internet avec notamment des sites et blogs libertins. C’est très rentable en tout cas car les lieux sont pleins.» Et le sud-ouest semble être bien couvert. A Toulouse, on compte une petite dizaine de lieux libertins ayant chacun leurs spécificités : « Il y a beaucoup de saunas, ainsi les gens se rencontrent aussi en journée. C’est un héritage historique qui marche bien. » La côte méditerranéenne et notamment le Cap d’Agde attire aussi beaucoup de Toulousains. Et contre toute attente, l’échangisme est très codifié, « cela fonctionne selon des règles, le respect en première ligne, d’ailleurs les femmes seules qui viennent dans les clubs échangistes disent être moins embêtées que dans des lieux de sorties plus « conventionnels ». A l’entrée, une solide sélection est faite pour décourager ceux qui viendraient là chercher autre chose qu’un plaisir partagé.

 

1En septembre, parution de « Propos sur le sexe », par Daniel Welzer-Lang aux éditions Payot.

*les prénoms ont été modifiés

 

En chiffres

 

En couple, 1 homme sur 3 serait attiré par l’échangisme (35%) contre 16% des femmes

7% des Français ont déjà réalisé un fantasme échangiste

 

Strip-tease : has been ?

Parmi les loisirs érotiques, le strip-tease reste un grand classique. « Gilou », patron du club La Suitte (rue Bayard), dans le milieu de la nuit depuis 34 ans, a pu constater les évolutions en la matière. « Ce qui était tabou il y a quinze ans, ne l’est plus du tout aujourd’hui. On a connu une apogée vers 2005, où on offrait un strip-tease comme on offrait des fleurs. Aujourd’hui c’est presque devenu trop banal », regrette-t-il. Toutefois le « strip » reste « une activité lucrative ». La Suitte, club de « lap dance », danse contact littéralement, propose trois cabines intimes où le client est seul avec la danseuse. Une clientèle essentiellement masculine, pas très jeune, avec une moyenne d’âge qui avoisine « la quarantaine » indique Gilou. Il y a parfois « des jeunes qui se perdent, mais la majorité a entre 30 et 60 ans. En-dessous, ils viennent essentiellement pour les enterrements de vie de garçons ou filles. » Originalité de La Suitte, proposer des chippendales pour des soirées très « girly ». Une tendance née, « il y a exactement dix-sept ans à Toulouse » : « j’ai organisé la première soirée chippendales dans la ville », raconte le gérant du club. Et la gente féminine n’est pas forcément plus facile à gérer : « Quand elles sont en groupe, elles sont déchaînées ! Il est déjà arrivé lors d’une soirée en boîte de nuit qu’une vingtaine de filles montent sur la scène et se jettent sur un strip-teaseur. J’ai dû employer les grands moyens pour les sortir car il était asthmatique, on a dû lui un faire un massage cardiaque pour le réanimer », se souvient-il. Les hommes restent davantage sur la réserve, mais « on est aussi plus vigilants avec eux », reconnaît Gilou.

Le strip-tease ne se pratique pas forcément en club. Manon, une Toulousaine qui a remporté le titre de meilleure strip-teaseuse de France, propose ses services à domicile. « Les gens me demandent de venir pour un anniversaire, un départ à la retraite, une mutation, et bien sûr pour les enterrements avant mariages », explique-t-elle. Sur ce dernier point, la tendance est au cours de strip-tease pour les filles : « Ca les aide à prendre confiance en elles, je ne pensais pas que c’était aussi thérapeutique », témoigne Manon. Dans le métier depuis plus de dix ans, elle met un point d’honneur à exercer son art de manière professionnelle. « On ne s’invente pas strip-teaseuse. Je fais du sport tous les jours, de la danse, j’investis dans des costumes, et les shows sont tous préparés à l’avance » avance-t-elle en pointant du doigt une nouvelle génération de « gogos venues d’Espagne ». A Toulouse, la concurrence espagnole est rude, comme le confirme Gilou de La Suitte : « Elles sont pleines de coke, et travaillent pour 50 ou 60 euros la soirée. Les pros se retrouvent sur le carreau. » Ce n’est pas le cas pour Manon, qui a une « clientèle fidèle ». Si le strip-tease change un peu de visage, il est loin de disparaître. Du « show festif » pour un groupe d’amis, il met aussi du piment dans un couple : « Il y en a beaucoup qui aiment voir un strip-tease à deux, ça a un côté sympa », témoigne Gilou. Ou alors la femme se lance dans l’art de l’effeuillage pour son conjoint : « Ce ne sont pas les hommes qui feraient ça ! », lance Manon. Les femmes, à l’affut des dernières tendances sexy ? Une théorie qui se vérifie avec les sex-toys et autres gadgets…

Sex toys : vers les nouveaux plaisirs à deux

Avec l’apparition de Sexy center, sorte d’hyper marché du sex toy, les derniers tabous sont tombés. Finies les petites boutiques glauques, dans lesquelles on n’ose à peine aller. Mais pour ceux, et surtout celles qui préfèrent une ambiance intimiste, la vente à domicile, lors de réunion type « Tupperware », explose. On ne compte plus les entreprises qui se sont lancées dans le créneau, comme Soft Paris ou encore Ana Paris. Toutes ont des « ambassadrices » dans la ville rose. Margarette, une pionnière d’Ana Paris dans la région, nous révèle les dessous du succès : « Les femmes sont décomplexées, elles veulent en savoir plus sur leur corps, comment plaire ou recréer une complicité avec leur partenaire. » Elles ont en moyenne entre 25 et 30 ans, « et pour la plupart, elles découvrent les accessoires lors de la réunion. » Elles se laissent facilement tenter par une nuisette et les cosmétiques (huiles de massage comestibles, crème stimulante…), voire les jeux érotiques. En ce qui concerne les vibro-masseurs, le canard est souvent le premier achat, mais « il arrive que certaines rappellent plus tard pour commander autre chose », révèle Margarette. Lors de ces soirées, la commande se fait toujours dans une pièce à part, de façon à ce que personne ne sache les achats des autres.

A côté des chaînes nationales, une société toulousaine, Blingtoys, s’est spécialisée dans le sex toy haut-de-gamme. Elle fournit des vendeuses indépendantes, qui organisent également ce type de réunions. « Il y a un bon marché à Toulouse, les gens sont ouverts, ils aiment faire la fête », estime Caroline, qui a créé la société avec son frère en 2008. Elle-même ambassadrice, touche une toute autre clientèle que ses concurrents : « Les femmes de 40 et 50 ans. Elles savent ce qu’elles veulent et ce qu’elles ne veulent plus. En plus elles ont de l’argent » remarque-t-elle. Le panier moyen varie en 30 et 50 euros, mais un vibro-masseur peut facilement dépasser les 100 euros. Des produits allemands, en silicone médical, « ça fait la différence avec ceux qui se fournissent en Chine… »

Et les hommes dans tout ça ? Si la cible de ces entreprises est essentiellement féminine, la plupart des accessoires est conçue pour être utilisée à deux. « Le but n’est pas que la femme soit dans son coin pendant que le mec regarde le foot ! », précise Margarette. Les hommes ne se sentent plus forcément « menacés », d’autant que les vibros « ont totalement changé de look depuis quelques années. Ils n’essayent plus d’imiter la réalité, ils sont très fun avec des couleurs flashy. » De véritables jouets, qui adoptent les codes de la mode : paillettes, strass, tons fluos… Ce qui était considéré comme « trash » est aujourd’hui glamour, voire mignon. Comment ne pas craquer pour la bouille d’un joli petit canard rose ?

 



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