Toulouse; Tableau noir pour les écoles

Face à l’état de certains bâtiments scolaires, la municipalité a décidé de lancer un audit avant de prendre des mesures exemplaires en termes de travaux et de constructions.
 


Lors de sa conférence de presse de rentrée, Pierre Cohen n’avait pas masqué sa colère concernant l’état des écoles toulousaines : «La moitié est dans un état inacceptable ! Il faudra rénover et réhabiliter les groupes scolaires.» Chose dite, chose… presque faite. Le nouveau maire a planché sur le sujet avant de commander un audit du patrimoine scolaire de la ville dont les résultats sont attendus pour avril 2009. L’adjointe au maire en charge de l’éducation Gisèle Verniol n’avait pas mâché ses mots lors d’un précédent conseil municipal en sous-entendant que l’état de certains établissements rappelait «l’époque d’après-guerre». Aujourd’hui, la cloche a sonné pour la municipalité : «Nous avons besoin d’un état des lieux très précis des écoles pour pouvoir prendre les bonnes décisions. Les services de la Ville ont préparé un cahier des charges type, très détaillé, pour une école neuve. Il constitue un idéal. L’audit consistera à étudier le patrimoine bâti et à le comparer à ce cahier des charges.»

Mais Pierre Cohen reste prudent : «Il est évident qu’il s’agit d’un objectif à atteindre. Mais tout ne sera pas réalisable compte tenu du fait que certains établissements sont installés dans des bâtiments anciens.» Cependant, la municipalité espère valoriser le bulletin de notes des 200 écoles maternelles et primaires de Toulouse avec des priorités et une planification pluriannuelle des travaux. Cet audit intervient après le doublement de l’enveloppe éducation à 4,7 millions d’euros.

Politique globale de la ville

Du côté des parents d’élèves, la nouvelle a été accueillie avec satisfaction : «C’était une nécessité», déclare Mireille Borgetto, secrétaire générale de la FCPE 31. «Avec l’ancienne municipalité, l’école était le parent pauvre avec une organisation des services aberrante, un traitement au cas par cas et la priorité donnée à celui qui criait le plus fort. Mais la problématique de l’école s’inscrit dans une politique globale de la ville. Par exemple, le quartier Borderouge explose actuellement et les établissements ne peuvent pas recevoir tous les élèves.» Mais la fédération des parents d’élèves sera là pour l’inspection : «On a l’impression que la nouvelle équipe municipale a envie de s’investir dans la petite enfance. L’audit est un premier pas, après il faudra agir et nous y serons vigilants.»
L’opposition n’a pas manqué de protester face à toutes ces attaques : «Avec 78 millions d’euros par an consacrés aux écoles, on ne peut pas dire que nous laissions de côté cette mission», a déclaré l’ancien maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc lors d’une récente conférence de presse. «Je constate également que la construction de 9 nouvelles écoles prévues dans le calendrier ont été votées lors de mon mandat. Il n’y a aucune nouveauté de ce côté-là.»

La polémique du service minimum

Les parents d’élèves toulousains, ainsi que les habitants de la majorité de l’agglomération, ont pu constater ce mardi la fermeture des portes de l’ensemble des écoles. En effet, les maires socialistes emmenés par Pierre Cohen ont décidé de ne pas assurer de service minimum d’accueil à l’occasion de la grève des personnels enseignants. Dans une lettre adressée aux parents d’élèves, Pierre Cohen a expliqué ses motivations : «En tant qu’élu de la République, je suis respectueux de la loi. En tant que maire, je suis responsable de la sécurité et du bien-être des élèves accueillis dans les écoles de ma ville. Dès lors que les enseignants, en grève, ne sont plus dans les établissements, nous nous trouvons dans une situation où l’encadrement est insuffisant, ce qui peut donner lieu à de graves problèmes de sécurité. […] A l’évidence, la loi d’août 2008 doit être repensée pour qu’à la fois puissent s’exercer le droit de grève, droit fondamental de tout citoyen français, et l’accueil sécurisé des enfants que vous attendez du service public de l’Education Nationale qui est de la responsabilité de l’Etat.» Le groupe d’opposition Toulouse pour Tous a vivement réagi à cette initiative : «Pierre Cohen se met hors-la-loi et n’est pas à l’écoute des familles toulousaines, c’est inadmissible de la part du député-maire de Toulouse. Le groupe d’Opposition municipale, bien qu’il soit attaché au respect du droit de grève, regrette cette décision idéologique, dogmatique et illégale. […] La liberté de travailler des familles est entravée. Ce service est désormais un droit et il est inadmissible que le député-maire de Toulouse ne le respecte pas. Il soulève les risques d’insécurité dans les écoles pour se justifier de la non-application de la loi. Il s’agit d’un faux argument puisque l’un des bénéfices du service d’accueil est de permettre aux écoles, où le taux de grève important rend difficile l’exercice du travail des enseignants, de pouvoir continuer à fonctionner en toute sérénité grâce à des animateurs habitués à être en contact avec les enfants.» Malgré ce constat, les parents d’élèves restent solidaires avec la municipalité en place par la voix de Mireille Borgetto, secrétaire générale de la FCPE 31 : «Nous sommes d’accord avec Pierre Cohen. Le jour où l’Education Nationale assurera les remplacements, elle pourra se permettre de taper sur les maires. L’école n’est pas une garderie !».

Sophie Orus


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