Toulouse repère médiumnique ?

Ils sont des dizaines, une photo à la main à attendre l’ouverture des portes. L’heure venue, les clichés sont disposés telles des reliques sur l’estrade centrale, puis chacun gagne silencieusement une place dans l’assemblée. Nous assistons à l’une des fréquentes séances de médiumnité en salle, organisées dans la ville rose. Les photos ? Un support qu’utilise le médium pour rentrer en contact avec les défunts. Plongée dans un autre monde par Aurélie Renne.

Déjà dans les « thanatonautes », Bernard Werber, natif du pays et célèbre pour ses ouvrages entre science et fiction explorait avec aplomb le très controversé monde des morts. Hasard ou frénésie toulousaine ? « A Toulouse aujourd’hui il y a deux associations qui proposent ce genre de rencontres publiques, mais d’autres peuvent bien émerger, la demande est là ! » annonce Pascale Alemany, présidente de l’association Les Papillons. Les témoignages se comptent par centaines. Agnès, une habituée de ce rendez-vous à cheval entre deux mondes rapporte : « Mon fils décédé d’une leucémie m’a souvent transmis des messages : la première fois pour me dire de ne pas m’inquiéter, pour m’assurer qu’il est bien là où il est. Le medium a su décrire de manière détaillée le contenu de nos derniers contacts et l nounours que l’on a déposé dans son cercueil.» Petit à petit les mains se lèvent dans la salle, à l’évocation d’un prénom, d’un indice reçu par le médium. Le contact établi, interrogations et messages sont transmis, comme une passerelle formée entre deux mondes. L’émotion est palpable, le silence d’or, garant de la concentration du médium. « Les gens veulent des messages de reconnaissance, ajoute Pascale Alemany, des choses qu’ils sont seuls à connaitre, pour s’assurer que celui qui s’adresse à eux est bien d’une manière ou d’une autre en contact avec leur défunt ». La plupart du temps, ce sont des messages d’amour, des promesses d’attente, la description de cérémonies funéraires, ou bien des conseils à suivre, une guidance. L’humour fait parfois quelques timides sorties, les sourires se dessinent, mais la séance reste grave et l’ambiance lourde d’espoirs.

Un au-delà parfois signe de dérives

« J’ai toujours été plutôt sceptique vis-à-vis du paranormal, mais dès la mort de mon père, les messages que j’ai reçus ont été si précis que je n’ai jamais douté des talents des médiums rencontrés», ajoute Pascale Alemany. Elle dit ressentir une pression à mesure que les contacts s’établissent : « on me demande de faire des choses pour accroitre cette communication entre notre monde et le leur, ils veulent pouvoir rentrer en contact avec nous plus facilement, mais pour cela, il faut des esprits ouverts et réceptifs… » Un livre est en préparation pour témoigner et informer le plus grand nombre. Au-delà des rencontres médiumniques, les associations proposent de nouvelles techniques pour rentrer en contact avec les défunts. La TCI (transcommunication instrumentale) fait ainsi des émules et de plus en plus de témoins rapportent avoir reçu un message de l’au-delà via…les ondes électriques, télévisuelles ou radiophoniques : « On peut enregistrer des messages sur magnétophone, parfois sur des répondeurs, ou voir des images apparaitre sur un écran de télévision débranché ! » L’écriture automatique, semble aussi trouver son public : « il n’y a rien à faire, à part se concentrer et la pointe du stylo bouge seule, on peut ressentir des fourmis dans le bras tout au plus et le message apparait. » Comment distinguer le paranormal de l’escroquerie, ou du mirage créé par l’inconscient ? Se baser sur les tarifs des mediums est un bon point de départ : « au delà de 100 euros la séance c’est malhonnête ». Quand à la médiumnité en salle, une séance est généralement accessible à tout un chacun pour une poignée d’euros. En tout cas les rendez-vous avec l’au-delà font salle comble à chaque fois : « Les associations refusent sans cesse du monde. Il est si séduisant de réaliser qu’il est possible de retrouver ses disparus… Mon père m’a dit : je t’attendrai, je viendrais te chercher. Ce fut l’un de ses premiers messages, depuis je suis une fidèle de la sphère médiumnique».

Rencontre avec Christine Tercier, médium :

-D’où vous vient ce don ?

Je l’attribue au fait d’avoir perdu ma mère lorsque j’avais deux ans : nous nous tenions les mains lorsqu’elle est décédée. Il semblerait que le don existait aussi chez ma grand-mère et mon arrière grand-mère, mais personne ne l’assumait.

-Comment s‘exprime-t-il au quotidien ?

Très tôt je voyais passer des gens, en couleurs ou en noir et blanc. Parfois les corps entiers, d’autres fois seulement des visages. J’ai ce souvenir de dormir avec ma sœur et de distinguer au pied du lit plusieurs têtes qu’elle ne voyait pas. Le film « Le sixième sens » est assez réaliste, tous les médiums ont vécu des moments d’effroi comme ce petit garçon. J’ai l’impression d’être un canal, une porte sur l’autre monde.

Comment accepter ce quotidien si particulier ?

Au début la crédibilité nous fait défaut. Enfant on ne me croyait pas bien sûr. Et les manifestations étranges qui arrivaient dans la maison ont convaincu ma famille : lumières qui s’allument, coups dans les murs… Aujourd’hui j’essaie de différencier ma vie professionnelle de ma vie privée. Parfois des images surgissent mais je leur dit que ce n’est pas l’heure que je ne suis pas prête. Les asiles doivent être remplis de gens qui se croient fous alors qu’ils sont simplement médiums ! Il faut une sacrée force de caractère pour gérer le don de médiumnité.

-Comment expliquez-vous cette communication avec l’au-delà ?

Je me pose des tas de questions. Pourquoi moi ? Pourquoi ils viennent ? Qui nous parle ? Ils ont en général un message à faire passer. D’après ce qu’on sait il y a plusieurs paliers, il faut les aider à monter en vibration…

-Cette profession souffre d’un cruel manque de crédibilité…

Il y a beaucoup de charlatans, ce qui fait que notre métier fait rire ou peur mais n’est jamais reconnu à sa juste valeur. Pourtant on peut avoir une vie normale et être médium! Peut-être faudrait-il ouvrir une école pour légitimer la profession ? Cela existe déjà dans les pays anglo-saxons.

-Qui sont les personnes que vous retrouvez dans votre cabinet ?

J’ai de plus en plus de demandes. La crise aidant, peut-être les gens souhaitent-ils se raccrocher à autre chose ? Je vois de plus en plus d’hommes. Toutes catégories socioprofessionnelles, âges, et croyances confondues.

-Y-a-t-il des limites à la clairvoyance ?

Attention à ne pas devenir accro. Il faut respecter une mesure et un équilibre dans la communication avec nos défunts, sinon on ne peut pas faire son deuil. Je refuse les clients qui veulent revenir trop souvent, j’estime alors  qu’ils ont besoin de soins pour gérer la perte d’un proche.

-Vous « côtoyez » les défunts, que vous apprennent-ils sur l’au-delà ?

Ils nous disent que ce qui leur manque le plus c’est le côté « terrestre » : une bonne entrecôte, un verre de vin, une cigarette ! On sait aussi que là-bas chacun à un rôle, de guide, d’accueil ou autre. J’ai une telle image de l’au-delà qu’il me tarde ! C’est comme si les deux mondes étaient imbriqués et séparés par une succession de voiles, qu’il leur faut successivement lever pour communiquer avec nous.

Propos recueillis par AR



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