Toulouse; Premier bilan pour la gauche

Après six mois de mandat, Pierre Cohen a dressé un premier bilan de ses actions et évoqué les projets à venir.
 Le grand ménage

«37 ans de droite, ça suffit !». Le mot d’ordre de la gauche lors de la campagne municipale prouve que la volonté de rupture n’est pas la chasse gardée du gouvernement. Même s’il affirme ne pas avoir pratiqué de «chasse aux sorcières» au sein du personnel, le nouveau maire n’est pas tendre avec ses prédécesseurs : «La droite a généré nombre de pesanteurs dans le train de vie, dans le fonctionnement du cabinet, la pratique du clientélisme… Le Capitole était organisé d’une manière insupportable et non adaptée. Par exemple, la seule salle de réunion digne de ce nom est en fait un couloir où passent les gens pour rejoindre la Salle des Illustres lors des mariages ! Nous mettons en place une nouvelle organisation, notamment dans le social qui était traité jusqu’à maintenant par petits bouts : dans le cabinet du maire, chez Françoise de Veyrinas, au CCAS…» Traduction la plus marquante de ce grand coup de balai, la mise sur la touche du directeur général des services Pierre Trautmann, réputé comme «l’homme le plus puissant du Capitole». Autre cheval de bataille de Pierre Cohen : la dénonciation de la soi-disant «dette zéro» de la droite toulousaine : «Ce n’est qu’une supercherie. Jean-Luc Moudenc a endetté Tisséo (1,4 milliards de dettes, ndlr) pour maintenir le mythe.»

 

Les priorités

Il en a fait le leitmotiv de sa campagne. Pierre Cohen compte rattraper le retard de la ville en matière de transports. Pour ce faire, le conseil municipal a déjà voté une provision de 15 millions d’euros pour ce secteur et l’ambition affichée est de la porter à 30 millions pour 2009. Vu l’état moribond des finances de Tisséo, le Capitole devra piocher dans sa caisse pour réaliser ses projets et espérer l’aide de la Communauté Urbaine et du Conseil Général. «Nous avons déposé des projets sur la table et ils seront tous soumis à débat. Les décisions prises comme l’extension des lignes A et B seront rediscutées.» Les propositions issues des Assises de la Mobilité seront prises en compte mais pour la grande promesse de la gauche quant à la gratuité des transports pour les moins de 26 ans, il faudra attendre : «Tisséo n’est pas en mesure de la financer. Mais dans les mois à venir, nous pourrions envisager cette gratuité pour les familles ou les étudiants boursiers.»
Autre priorité de Pierre Cohen, faire de Toulouse une ville culturelle par excellence : «Il faut capitaliser les forces car la culture est un moyen de donner de l’harmonie dans une population qui souffre de clivages.» Son équipe a selon lui «enrichi le dossier Toulouse 2013» et même si la Ville rose n’a pas été sacrée Capitale Européenne de la Culture, le maire donne rendez-vous aux Toulousains en 2013. Enfin, Pierre Cohen a évoqué comme action primordiale la réhabilitation et la rénovation des groupes scolaires toulousains : «La situation est inadmissible, notamment pour l’hygiène !» Du côté des universités, il s’est félicité de l’arrivée de nouveaux présidents qui «veulent faire de Toulouse un campus universitaire unique».

 

Les autres dossiers

Parmi les dossiers chauds de ces dernières semaines, le cas des SDF du Canal a permis à l’équipe municipale de prendre ses marques… dans l’urgence : «Nous voulions travailler avec l’Etat sur le problème de l’errance pour ne pas laisser trainer les choses jusqu’à l’hiver. L’actualité nous a obligés à prendre nos responsabilités. Nous avons prouvé qu’avec du dialogue et de la fermeté, il était possible de créer des liens avec des personnes en état de blocage.» A ce jour, une vingtaine de SDF aurait trouvé une solution à leur relogement.
Le logement sera justement l’un des dossiers sensibles pour le nouveau maire qui a relevé que «la densification est moindre au Mirail qu’avenue de la Gloire». «Je ne suis pas favorable aux tours que je préfère destiner à l’activité économique. Mais les immeubles de 5 ou 6 étages pourraient faire leur retour.»
Pierre Cohen a également évoqué «le défi du Cancéropôle» que Toulouse devra relever pour satisfaire «des acteurs toujours en attente d’une nouvelle gouvernance». Côté fiscalité, la municipalité promet de ne pas l’augmenter, contrairement aux déclarations de l’opposition : «Nous avons les capacités budgétaires pour investir et l’emprunt zéro n’est pas un dogme.»

 

Les interrogations

L’Office de la Tranquillité (standard téléphonique visant à régler tout conflit : violence, dégradation, nuisances sonores…), projet polémique présenté par l’adjoint à la sécurité Jean-Pierre Havrin, semble en stand-by mais Pierre Cohen assure qu’il sera présenté lors du prochain budget 2009. Autre gros point d’interrogation pour le maire, l’avancée de l’Aerospace Campus à Montaudran : «Tout doit être remis en débat car il n’y a actuellement aucun projet concret. Nous en sommes encore au niveau de la carte postale et je ne veux pas en faire un parc technologique bis.» Enfin, le maire promet de «mettre en place des moyens juridiques pour renégocier les contrats de concession» de l’eau et des parkings. «Des audits vont êtres lancés pour ne pas écarter la possibilité de reprendre ces secteurs en régie.» A noter que le projet de grande cité étudiante à la place de la Cité Administrative a été abandonné.

La ville de demain

Elle devra passer par «la définition d’un projet urbain». Pierre Cohen a d’ailleurs engagé un nouveau directeur stratégique issu de Mulhouse pour le prochain Grand Projet de Ville. «Il faut trouver un équilibre entre l’excellence et la stigmatisation de certains quartiers. Le GPV est un défi car il faudra rattraper le retard et rassembler toute la puissance publique. Il ne suffit pas d’apposer le nom de grands architectes internationaux mais de discuter avec les talents locaux. Toulouse est pleine d’endroits à investir : Montaudran, la cartoucherie, le CAT, Niel, la gare Raynal…» D’autre part, le maire mise beaucoup sur les prochaines Assises de la Démocratie pour donner la parole aux Toulousains : «Il faut rompre avec cette vision illusoire de maire de quartier et recréer le dialogue.»

Sophie Orus


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