Toulouse mérite-t-elle toujours sa réputation de ville festive ?

Il est 23 heures, Toulouse s’endort… C’est en tout cas le scénario rêvé d’une partie des riverains qui tentent quotidiennement de tomber dans les bras de Morphée près des hauts lieux de la fête toulousaine. Le crépuscule de l’été a amené le Journal Toulousain à faire le point sur les soirées de l’été passé… et des autres.

« Les nuisances à Saint-Pierre ? On en a plus que jamais ! » clame René Palosse, président de l’association Saint-Pierre-Capitole. Et de rajouter « ça c’était calmé, mais la mairie a eu l’idée d’autoriser les bars à laisser leurs terrasses jusqu’à deux heures du matin. Ça a été un appel au meurtre ! Depuis c’est infernal. » Si la place Saint-Pierre est depuis des années le lieu de la troisième mi-temps et du “petit jaune”, elle devient aussi centrale dans la rixe qui oppose les cafetiers et les riverains. « On tient à maintenir l’aspect festif de Toulouse, mais c’est vrai que tout citoyen a droit à sa tranquillité », explique Jean-Paul Makengo, adjoint au maire chargé de la police administrative. Il explique que « les soirées ont forcément changé car Toulouse intra-muros compte de plus en plus d’établissements et de jeunes : la population augmente et les soirées toulousaines évoluent dans le même sens, elles ne sont plus ce qu’elles étaient dans les années 80. »

Les propriétaires ont du mal à louer dans les quartiers « festifs »

A ce jour, la ville regroupe 1500 établissements ouverts en soirée : les bars/restaurants, les discothèques et les bars dansants. « L’ambiance aussi est différente, le mode d’amusement a changé, on retrouve des comportements à risque avec l’alcool notamment et certains exploitants de bars ont une manière de tenir leurs établissements qui fait évoluer les choses en ce sens », ajoute Jean-Paul Makengo, « on a une vie nocturne très mouvementée. » Un constat que confirme René Palosse, habitant le quartier depuis 1952 : « Dans mes souvenirs, jusque dans les années 85-90, l’ambiance était sympa et bon enfant. Quand « le tonton » (le bar Chez tonton, place Saint-Pierre, ndlr) s’est mis à attirer du monde sur la place, ça a dérapé ! Les jeunes montent sur les voitures, ils se mettent à poil ou consomment de l’alcool au garage de Bologne où stationnent 260 voitures : le matin il faut les déplacer pour récupérer sa voiture et sortir ! » Quant aux taxis, nombreux sont ceux qui ne souhaitent plus passer par ce lieu dédié à la fête : « le soir, ils s’arrêtent au canal. » Et si Toulouse a longtemps fait figure d’exception, le décret du 20 janvier 2009 aura eu raison des fermetures tardives, car depuis, tous les établissements à l’exception d’une cinquantaine de discothèques doivent fermer leurs portes à 2 heures du matin en semaine et 3 heures le weekend.  « Mais les gens s’installent à l’extérieur avec leurs packs de bières », ajoute René Palosse. Aujourd’hui, le problème principal, ce sont les nuisances dues au caractère festif de la ville : « les établissements sont souvent victimes de leur succès et débordent sur la rue, alors la cohabitation entre établissements et riverains n’est pas simple. Il y a 15 ans, il y avait simplement moins de monde ! Les gérants de bars et restaurants font aussi face à une réalité économique : pour attirer la clientèle ou la garder, ils doivent proposer des choses un peu plus festives qu’avant : et l’on se retrouve avec une ambiance boîte de nuit dans beaucoup d’établissements qui ne sont pas faits pour… » détaille Jean-Paul Makengo.

« Certains voisins sont de bons coucheurs, d’autres moins… »

Les plaintes sont devenues le quotidien de l’Office de la Tranquillité qui en récense pas moins de 800 000 depuis sa création en 2009, dont un quart est lié aux nuisances. « On m’interpelle tous les jours pour me dire qu’il faut que l’association intervienne, les gens ne dorment plus » indique René Palosse, « il est courant que les gens quittent le quartier à cause de ça, les propriétaires ont du mal à louer… on a même des plaintes d’étudiants qui ne peuvent pas travailler ! » La mairie qui tente d’adoucir les mœurs sans « tuer » le centre-ville et sa réputation festive, a mis en place avant l’été une patrouille un peu particulière : « C’est une équipe mixte entre police municipale et Office de la Tranquillité dédiée au traitement des nuisances, elle va sur le terrain constater les nuisances ou se déplace à la demande de l’Office pour faire de la médiation. » Une patrouille qui peut aussi sanctionner si nécessaire. Autre proposition, la charte de la vie nocturne, la « dixième» selon les associations ; qui se révèle pourtant bien être une première dans la ville rose : « nous avons à ce jour 200 signataires, gérants d’établissements qui s’engagent à tenir leur établissement avec éthique. » Un chiffre qui paraît faible comparé au nombre de lieux dédiés à la fête mais « Les établissements les plus importants, ceux qui ont un réel impact sur la vie nocturne sont au nombre de 250 et regroupent 80% de l’accueil » déclare l’adjoint au maire ajoutant qu’une trentaine d’établissements pose réellement problème.

Du cassoulet tardif à l’apéro tapas ?

Car c’est là le fond du problème des soirées toulousaines : le degré de tolérance est propre à chacun. « Tout se concentre autour de Sesquières, Gabriel Péri, les Carmes et Saint-Pierre, là où il y a la plus grande concentration d’établissements. On sait par ailleurs que certains font beaucoup de bruit mais génèrent peu de plaintes, rue Bayard par exemple. A contrario, au Grand Rond, un établissement fait très peu de bruit et il est dans le top 5 des plaintes… » Un constat du côté du Capitole : « Selon la loi française, on n’a pas besoin de l’autorisation du maire pour ouvrir un bar, c’est purement déclaratif ; Le seul établissement qui a besoin d’une autorisation, c’est la discothèque et encore, simplement pour fermer au petit matin. » Beaucoup racontent aujourd’hui que les problèmes se sont multipliés avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Un ras-le-bol qui a amené à l’interdiction de consommer de l’alcool sur la voie publique et à la fermeture anticipée des établissements. Si nombre de jeunes Toulousains redoutent que l’on ne « tue le centre-ville et la tradition festive toulousaine », comme l’explique un groupe d’étudiants rue Pargaminières, on peut penser que ces nouvelles habitudes un peu forcées laissent entrevoir de nouveaux us et coutumes : et si Toulouse se rapprochait des habitudes de sa voisine ibérique pour commencer à festoyer après le travail autour de quelques tapas ?

Aurélie Renne

 

Le chiffre

500 c’est le nombre de procès-verbaux dressés par la police municipale depuis janvier 2013 pour consommation d’alcool sur la voie publique.

 

 

Combien coûte une soirée à Toulouse ?

Tripadvisor a récemment publié son étude « Tripindex villes ». Elle vise à faire un comparatif  des tarifs pour deux personnes, basés sur les tarifs pour deux personnes d’un cocktail, d’un dîner au restaurant, des taxis et d’une nuit d’hôtel. Toulouse se situe à la quatrième place des villes les moins chères, derrière Nantes, Strasbourg et Lille avec un total de 214,97€.

 



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